Aimer en vérité… de Fr Jean-Marc Gayraud.

Aimer en vérité, le dernier repas du Christ.

Le dernier repas du Christ

La Cène (image partielle) – Léonard de Vinci.

Jn 13, 31-33. 34-35Jn 13, 31-33. 34-35
French: Louis Segond (1910) - SEG

301 Moved Permanently Moved Permanently The document has moved .

WP-Bible plugin

Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur :
 » Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

 

Homélie dominicale

 

de Fr Jean-Marc Gayraud.

 

-Version phonique:

                                                      -Version écrite:

Aimer en vérité…

     « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Lorsque Jésus prononce ces paroles que nous venons d’entendre, il vient juste de laver les pieds de ses disciples. Il s’est mis en situation de totale vulnérabilité. Ce geste de don et d’abandon total renvoie à sa mort sur la croix. Dieu s’est totalement livré à l’homme et ceci permet à l’homme d’entrer dans l’intimité même de Dieu. Aimer suppose une totale vulnérabilité à l’être aimé. Celle de Jésus à notre égard est sans réserve et sans retour, elle est absolue. L’amour de Dieu ainsi manifesté à l’homme n’est que l’expression parfaite de cet amour qui est en Dieu lui-même, qui est son être même. Par cet amour, nous entrons dans le mystère même de Dieu.

     Il y a de l’amour dès lors que peut s’établir entre ceux qui s’aiment une communion et une confiance réciproque sans limite, une « inhabitation mutuelle » dirait St Thomas. L’amour accomplit ainsi toute vocation humaine dans la joie, mais il est aussi ce qui peut engendrer les plus grandes souffrances s’il n’est pas vécu dans cette réciprocité, voire s’il est perverti. Aimer quelqu’un en vérité, c’est vouloir que l’être aimé devienne qui il est, dans son unicité radicale. Rien n’est donc plus contraire à cela que de ramener l’autre à soi-même, l’utiliser, l’asservir, voire le manipuler.

     Aimer, c’est commencer par accepter l’autre tel qu’il est, sans le juger, avec ses limites, ses qualités, son potentiel. C’est dans le même temps s’accepter et s’aimer tel qu’on est en vérité, sans culpabilité ni suffisance d’être qui on est. S’aimer en vérité et aimer autrui en vérité vont toujours de pair. Mais aimer, et s’aimer en vérité, c’est sans doute ce qu’il nous est le plus difficile de vivre !

     Nous sommes tous, dans un sens ou dans un autre, en difficulté de relation. Il n’est que de constater combien nous pouvons être sensibles aux variations du climat dans ce domaine, si je puis dire. Si la relation est harmonieuse, pas de soucis, mais si nous sommes contredits, remis en question, nous voilà déstabilisés. Nous sommes bons si l’on est considéré positivement et agressifs si l’on est critiqué. Nous sommes facilement agréables avec certaines personnes et en rejetons d’autres pas moins facilement, sans plus de raisons que cela. Nous nous trouvons généreux et avenants dans la reconnaissance, durs et refermés dans l’hostilité.

     Nous nous protégeons les uns des autres et nous nous affirmons les uns contre les autres, sans même nous en rendre compte bien souvent. Nous avons besoin d’être reconnu, d’exister au regard des autres, de nous rassurer par le pouvoir, l’argent, le travail, les certitudes, le statut social, la performance, que sais-je ? Mais derrière tout ceci peuvent se cacher en vérité bien des peurs tenaces et des angoisses profondes. Nous nous protégeons surtout de nous-même, de nos propres peurs. Peur que nos illusions s’effondrent, que nos failles et faiblesses se fassent jour, que notre propre vide nous engloutisse.

      Mais tout ceci est presque normal et il n’y a pas là de quoi s’affoler ! C’est tout simplement l’amour vrai qui nous manque et nous avons besoin de temps pour apprendre à aimer, et à aimer en vérité. Car c’est l’amour qui fait être, qui fait exister, tout comme l’amour est l’être même de Dieu. Nous avons besoin d’être aimé en vérité et d’aimer en vérité pour croire à notre vie comme à celle des autres. Et pour nous ouvrir mutuellement et inlassablement un chemin de vie et non pas de mort, nous avons d’abord besoin d’être pardonné et de pardonner. Car ce que nous sommes aujourd’hui compte bien moins que ce que nous sommes appelés à devenir, notre état présent compte bien moins que la vie nouvelle qui nous est offerte.

     « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Le voilà l’amour vrai en personne, l’amour en son fondement, en son accomplissement, et qui doit passer en nous pour y libérer l’amour vrai, pour que nous puissions nous aimer les uns les autres en vérité, cheminer ensemble vers la vie heureuse, la vie éternelle. C’est bien parce qu’il est absolument sans défense et sans péché, c’est bien parce qu’il est d’une absolue vulnérabilité que l’amour du Christ peut réaliser cela en nous. Il y transfigurera nos amours, nos relations humaines. Le Père est l’amour en sa source et il veut pour nous la vie éternelle. Cette vie de Dieu passe en nous à travers le don total et inconditionnel du Fils et dans l’expiration de l’Esprit d’amour. Que nos relations humaines, toujours plus ou moins aliénées, blessées, sclérosées, puisent dans cet amour de source ce qui tant leur manque. Abreuvés à cet amour, nous cheminerons chaque jour un peu plus loin sur la route de la vie. Amen.

Fr Jean-Marc Gayraud op, prieur.

Lien avec la décoration florale du jour: La dernière volonté de Jésus