Clause de résiliation… de Fr Matthieu Gauthier.

Pierre renie Jésus

Pierre renie Jésus.

Mt 10, 26-33Mt 10, 26-33
French: Louis Segond (1910) - SEG

26 Ne les craignez donc point; car il n`y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. 27 Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; et ce qui vous est dit à l`oreille, prêchez-le sur les toits. 28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l`âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l`âme et le corps dans la géhenne. 29 Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n`en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. 30 Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. 31 Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux. 32 C`est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux; 33 mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.  

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 » Mais celui qui me reniera devant les hommes,
moi aussi je le renierai
devant mon Père qui est aux cieux. « 

 

Homélie de Fr Matthieu Gauthier: Clause de résiliation.

Version phonique::

Version écrite:

Clause de résiliation…
            Lorsque vous signez un contrat, il y a toujours des clauses de résiliation, souvent écrites en petits caractères, placés à un endroit imprévu. Je ne sais pas quand vous avez signé votre contrat avec Jésus, mais aujourd’hui, nous avons droit à sa clause de résiliation : « Celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux ! » C’est plutôt sec ! Au point où on peut se demander où se trouve la miséricorde…
            Nous avons entendu Jésus. Maintenant, regardons-le. Comment se comporte-t-il avec ceux qui le renient ? Le personnage emblématique du reniement, dans les évangiles, c’est saint Pierre. Pourquoi a-t-il donc renié ?
            L’explication la plus immédiate, c’est la peur. Devant une simple servante, Pierre renie son Maître par peur d’être dénoncé et de subir la même chose que lui. C’est une explication tout-à-fait possible. Il peut y en avoir une autre, issue du parallèle chez Saint Luc de ce que nous venons d’entendre chez Saint Matthieu : « Celui qui a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire, la sienne, celle du Père et des saints anges. » Il aurait eu honte !
            Saint Pierre fut un des premiers à confesser Jésus comme Messie, Christ, Fils du Dieu vivant, avec grand enthousiasme. Juste après, lorsque Jésus annonce sa passion, il a cette réaction : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. ! » Jésus réagit aussitôt : « Passe derrière, Satan ! » Et saint Pierre, obéissant, passe derrière. Mais il n’a encore rien compris. Lorsqu’il se trouve en train de se réchauffer au feu, et qu’il déclare : « Je ne le connais pas ! », peut-être veut-il dire : « Je ne le reconnais pas ! Ce n’est pas celui que j’ai suivi. Il a changé. Ou je me suis trompé : il ne peut pas être le Messie. Un Messie, ça ne peut pas échouer ! » Pierre a honte de Jésus, ou honte de s’être trompé.
            Eh bien, qu’il y ait eu peur ou honte, Jésus a pardonné à saint Pierre, et saint Pierre lui a demandé pardon. Jésus ne l’a ni renié, ni eu honte de lui. Vraiment, avec lui, nous ne sommes pas sous le régime du contrat, et heureusement. Pas plus que dans le premier péché, qui lui n’a pas été commis sous l’effet de la crainte ou de la honte, mais sous l’effet de la méfiance, de la jalousie et du désir d’autonomie absolue vis-à-vis de Dieu. Et pourtant ce péché était associé à une malédiction terrible : la mort. Saint Paul nous le rappelle : face à ce péché, la réponse de Jésus, c’est la grâce. Le don gracieux de sa vie.
            Il y a une figure que j’aime beaucoup dans l’Évangile, qui est le contre-exemple magnifique à la méfiance, à la jalousie, au désir d’autonomie, à la crainte et à la honte, c’est le bon larron. Il a l’audace de déclarer publiquement : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume. » Il y a pourtant quelque chose de dérisoire dans cette situation : Jésus ne ressemble plus à rien. On le bafoue et le ridiculise : puisqu’il semble incapable de se sauver lui-même, comment pourrait-il sauver quiconque ? Et bien ce larron-là s’en moque éperdument. Il consent à prendre en partie sur lui ce ridicule. Car reconnaître que nous avons besoin d’être sauvé par Jésus est une chose. Accepter qu’il nous sauve par ce moyen-là en est une autre. Dans ma vie spirituelle, ça a été un point d’achoppement pendant très longtemps, et ce n’est probablement pas encore tout à fait réglé !
           Alors, nous aussi, laissons-nous plonger dans l’antidote à la méfiance envers Dieu et au désir d’autonomie qu’est le mystère pascal de Jésus. C’est en particulier ce qui s’est passé à notre baptême. Laissons-nous marquer par l’antidote à la crainte et à la honte, comme le furent les apôtres à la Pentecôte, qui proclamaient sur les toits ce qu’ils avaient entendu au creux de l’oreille. C’est aussi ce qui s’est passé à notre Pentecôte personnelle : notre confirmation. Et laissons ces deux sacrements être irrigués par l’eucharistie que nous célébrons maintenant.
Fr Matthieu Gauthier op.

 

Lien vers la liturgie florale: Soyons sans crainte.