Billets évangéliques

Cette page est offerte « en temps de Coronavirus » : elle propose une courte méditation en lien avec l’évangile du jour. Pour disposer de la vidéo de la méditation, se rendre sur la page FB du frère Arnaud Blunat.
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Texte biblique

Méditation

Mercredi 8 avril (Mt 26,14-25)
En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit :
« Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »
Ils lui remirent trente pièces d’argent.
Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus :
« Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? »
Il leur dit :
« Allez à la ville, chez untel, et dites-lui :
“Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” »
Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
Pendant le repas, il déclara :
« Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »
Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour :
« Serait-ce moi, Seigneur ? »
Prenant la parole, il dit :
« Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui
par qui le Fils de l’homme est livré !
Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Judas, celui qui le livrait, prit la parole : 
« Rabbi, serait-ce moi ? »
Jésus lui répond :
« C’est toi-même qui l’as dit ! »
« Que voulez-vous me donner pour que je vous le livre ? »
Comment en est-on arrivé là ? Car enfin, Judas n’est pas n’importe qui. C’est l’un des douze. Il fait partie de ceux qui ont eu la générosité de tout quitter pour suivre Jésus. Ce n’est pas rien ! Et cela ne rend que plus mystérieux sa décision de livrer pour trente malheureux deniers celui pour qui ils avaient naguère tout quitté
On a écrit quantité de pages à ce sujet et même des romans. Inutile d’en inventer un autre. Reste ceci que l’on peut difficilement mettre en doute : Judas a beaucoup attendu de Jésus, et pour une raison ou une autre, son attente a été terriblement déçue. Judas a trahi Jésus parce qu’il est venu à penser que Jésus avait trahi l’espoir qu’il avait placé en lui.
Judas n’était certainement pas le seul éprouver ce sentiment. « En vérité, l’un de vous me livrera ». Or, fait stupéfiant, aucun des douze ne proteste. Au contraire : chacun à tour de rôle, rongé d’inquiétude, lui demande « serait-ce moi Seigneur » ? Pourquoi ? Précisément parce qu’en cet instant, chacun d’eux est terriblement déçu par le cours des évènements. Chacun sent bien que cette déception pourrait fort bien le conduire à la trahison.
Pierre le sait comme les autres. Ce n’est pas comme cela qu’il voyait la mission de Jésus. Seulement Pierre, lui, a eu le courage de traiter ce germe de trahison comme il convenait : en protestant ouvertement. Lorsque Jésus lui a annoncé sa passion et sa mort, Pierre a eu le réflexe salutaire de lui faire des reproches « non Seigneur, cela n’arrivera pas ». Et nous l’entendrons demain : il protestera lorsque Jésus s’apprêter à lui laver les pieds, il proteste encore : « toi Seigneur, me laver les pieds ? Jamais ».
Lorsqu’on est déçu par Dieu, il ne faut pas le garder pour soi, faire semblant d’être content de son sort. Il faut le lui dire, ouvertement, et pourquoi pas protester comme Pierre l’a fait. Car si l’on ne dit pas à Dieu sa déception, elle risque fort de se transformer en ressentiment, et le ressentiment prépare la trahison justement.
Protester est un moyen, et il faut parfois passer par là.
Mais il en est un autre : c’est celui qu’a trouvé Marie de Béthanie dans l’épisode qui précède immédiatement l’Évangile d’aujourd’hui. Elle aussi, à sa manière, a été déçue par le tour que prenait les événement : celui qui avait ressuscité son frère allait se laisser arrêter. Non, ce n’est pas cela qu’elle attendait de lui. Elle aurait pu protester elle aussi – car protester, elle sait le faire : « si tu avais été là mon frère ne serait pas mort » avait-elle dit à Jésus. Pourtant cette fois, au lieu de protester, elle verse sur ses pieds un parfum de très grand prix.
Et peut-être est-ce encore le meilleur moyen pour que notre déception ne tourne pas à l’aigreur et finalement à la trahison : lorsque Jésus ne nous donne pas ce que nous attendons de lui, donnons-lui le meilleur de nous-mêmes. Verser 300 deniers de parfum sur les pieds de Jésus est encore le meilleur moyen de ne pas le trahir pour 30 deniers. En somme donner encore plus au Christ est le plus sûr moyen de conjurer la tentation de le vendre.
Fr. Thierry-Marie Hamonic
Mardi 7 avril (Jn 13, 21-33.36-38)
En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit, et il rendit ce témoignage :
« Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera. »
Les disciples se regardaient les uns les autres avec embarras, ne sachant pas de qui Jésus parlait.
Il y avait à table, appuyé contre Jésus,
l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait.
Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler.
Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit :
« Seigneur, qui est-ce ? »
Jésus lui répond :
« C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. »
Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote.
Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui.
Jésus lui dit alors :
« Ce que tu fais, fais-le vite. »
Mais aucun des convives ne comprit pourquoi il lui avait dit cela.
Comme Judas tenait la bourse commune, certains pensèrent que Jésus voulait lui dire d’acheter ce qu’il fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres.
Judas prit donc la bouchée, et sortit aussitôt.
Or il faisait nuit.Quand il fut sorti, Jésus déclara :
« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.
Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous.
Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs :
“Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”,
je vous le dis maintenant à vous aussi. »
Simon-Pierre lui dit :
« Seigneur, où vas-tu ? »
Jésus lui répondit :
« Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard. »
Pierre lui dit :
« Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi ! »
Jésus réplique :
« Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas
avant que tu m’aies renié trois fois. »
Nous entendons un des épisodes les plus dramatiques de tout le récit de la Passion : le moment où Jésus prédit la trahison de Judas ainsi que le reniement de Pierre.
Comment arriver à comprendre que Judas, l’un des disciples les plus zélés, ait pu concevoir un plan si odieux ? Les disciples eux-mêmes ne comprennent pas ce qui est en train de se passer. Personne ne se doute du double jeu de Judas. Celui-ci agit seul, dans le secret de sa conscience obscurcie, enfermé dans une vision purement humaine du salut messianique.
De son côté, Pierre est une fois encore prêt à tout pour défendre son ami. Jusque là il s’est toujours montré si courageux, si intrépide, tel le meneur sur lequel Jésus pouvait compter. Mais lui aussi présume trop de ses forces. Comment a-t-il pu se montrer si fragile ?
Jésus, quant à lui, continue à marcher vers son destin, seul : « là où je vais, leur dit-il, vous ne pouvez aller ».
Là où Jésus va, ce n’est pas d’abord le Golgotha, le lieu où la croix sera élevée, mais c’est bien ce lieu intérieur où la volonté humaine ne peut plus agir par elle-même.
Nul autre que Jésus ne peut donner sa vie par amour et par amour de ses ennemis. Jésus ne pourra aller jusqu’à ce lieu que par un acte d’abandon total, lorsqu’il dira sur la croix : « entre tes mains, Père, je remets mon esprit ».La trahison et la lâcheté des disciples nous renvoient à nous-mêmes. Pourquoi est-il si facile de se détourner d’un ami qui vous déçoit, et qu’il est si difficile de donner sa vie pour ce même ami en qui vous n’avez plus confiance ?
Acceptons de nous poser la question si nous voulons une fois encore suivre Jésus dans ces jours de la Passion.
Personne ne peut marcher à la suite du Christ sans l’aide de Dieu.
Personne ne peut aller jusqu’au bout de ce chemin de croix sans la force donnée par l’Esprit.
Concrètement, nous ne pourrons surmonter nos déceptions, nos rancunes, nos haines, nous ne pourrons nous libérer de tous ces combats intérieurs qui nous habitent, qu’en allant implorer et recevoir le pardon au pied de la croix.
Il nous faudra nous dépouiller de nos mauvais prétextes, de nos vaines excuses, accepter de reconnaitre ces trahisons, ces lâchetés, en laissant l’amour du Christ nous guérir, nous relever.
On ne sort du péché que par l’amour. Le pardon est donné à ceux qui manifestent beaucoup d’amour.
Que la force d’amour du Christ nous soit accordée pour faire la vérité en nous-mêmes. C’est à ce prix que nous pourrons sortir de nos obscurités et entrer dans la lumière de la Résurrection.
Fr. Arnaud Blunat
Lundi 6 avril (Is 42,1-7 et Jn 12,1-11)
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts.
On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus.
Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus,
qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum.
Judas Iscariote, l’un de ses disciples,
celui qui allait le livrer, dit alors :
« Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum
pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? »
Il parla ainsi, non par souci des pauvres,
mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait.
Jésus lui dit :
« Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement !
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait réveillé d’entre les morts.
Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus.
Mes frères, chers amis en ligne, l’apôtre Paul rapporte dans sa première lettre aux Corinthiens une parole que Dieu lui a adressée : « Ma force se déploie dans la faiblesse ». Dans les temps que nous vivons, elle est d’actualité, et elle permet en outre d’éclairer les deux lectures de ce jour.
Dans la lecture du livre d’Isaïe, le prophète nous présente la figure de celui qu’on appelle « le serviteur souffrant » : nos frères juifs y voient le mystère d’Israël, et nous chrétiens le mystère du Christ. Le texte d’aujourd’hui, et qui sera suivie cette semaine d’autres plus sombres au sujet de ce même serviteur, nous montre celui-ci manifestant tout à la fois une très grande faiblesse et une immense douceur. Il est pourtant dans sa faiblesse la lumière des nations, le sauveur des aveugles, le libérateur des captifs.
Dans l’évangile, Jean nous présente deux figures, celle de Marie, aux pieds de Jésus qu’elle arrose, apparemment en pure perte, d’un parfum coûteux, mais aussi celle de Lazare, le relevé des morts que les autorités voudraient renvoyer dans son tombeau ! Rien de grandiose là-dedans, au contraire, deux humbles personnages qui prophétisent, chacun à leur manière, la mort de Jésus.
Mais pourquoi donc Dieu se complaît-il dans la faiblesse, celle des figures d’aujourd’hui, celle des pauvres de tous les temps ? Je vous en propose une interprétation : il est beaucoup plus difficile pour les forts d’accueillir la faiblesse que de déployer leur force. En d’autres termes, et pour paraphraser saint Paul, la vraie force se déploie dans la faiblesse.
Bien sûr, cette faiblesse ne va pas de soi, surtout lorsqu’elle nous atteint inopinément et douloureusement ; bien sûr, elle blesse ; bien sûr, elle oblige à passer par la croix. Mais lorsqu’elle est assumée et offerte, alors elle est le signe d’une vraie force, qui ne vient pas de nous mais de Dieu.
Voilà ce que nous méditerons et, je l’espère, comprendrons mieux au cours de la semaine qui vient. Pour le vivre pleinement ensuite.
Fr. Hervé Ponsot
Dimanche 5 avril (Mt 26,14-27,66)
Le texte biblique est aujourd’hui trop long pour être reproduit ici. Aujourd’hui, nous entrons dans la grande semaine, la semaine par excellence : la Semaine Sainte. Nous allons faire mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Semaine à la fois dramatique et magnifique, où nous allons fêter l’événement le plus important : le salut du monde. Cette semaine sainte s’ouvre par l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Pour une fois, il accepte d’être acclamé, ovationné. Assis sur un âne, il ne risque pas de passer pour un puissant de ce monde.
La foule accourt de tous côtés, palmes à la main, pour le voir. Pourtant cette même foule dans quelques jours va le conspuer. Oui, dans quelques jours, Jésus sera mis à mort par ceux-là même qui aujourd’hui le mettent au sommet de la gloire.
Dès le lendemain de ce triomphe éphémère des Rameaux, Jésus ira de dépouillement en dépouillement.
Dépouillé, il le sera quand son ami Judas le quittera pour aller le trahir. Dépouillé, il le sera quand les apôtres le lâcheront tous les uns après les autres. Dépouillé, il le sera de son honneur d’homme quand il sera présenté à la foule hurlante sous les traits d’un roi baffoué, moqué, rabaissé. Dépouillé, il le sera sera totalement lorsqu’on lui volera son corps et qu’on le fixera à la croix des condamnés.
Frères et soeurs, arrêtons-nous et regardons la croix. Si nous la regardons en vérité, nous comprendrons que nous sommes aimés et que la vie la plus misérable a du prix aux yeux de Dieu et qu’il porte sur nous un regard qui nous donne la force d’avancer dans les épreuves et les difficultés qui parfois semblent nous submerger.
Vous le savez bien, la croix, c’est tout autre chose qu’un objet de notre mobilier, de notre décoration, tout autre chose qu’un bijou, qu’un pendentif. Elle le le signe de la plus grande de toutes les victoires, la victoire de l’amour sur la haine, la victoire de la vie sur la mort.
Nous sommes les disciples d’un Dieu dépouillé. Durant cette semaine sainte, nous serons invités à aller de dépouillement en dépouillement : nous dépouiller de nos vieilles habitudes, de notre orgueil, de nos suffisances, de ces misères que nous connaissons bien et qui nous collent à la peau, et qui nous empêchent de revêtir la nouveauté de l’évangile, la nouveauté de Pâques.
Pour le moment, écoutons avec la plus grande attention le récit de la Passion du Seigneur, laissons-nous bouleverser une fois de plus par ce qui nous sera dit.
Fr. Denys Sibre