Dans un monde qui se croyait invincible…

Prédication du frère Arnaud Blunat le 3 mai, 4e dimanche de Pâques (sur Jn 10,1-10)


Dans un monde vulnérable

Notre monde se croyait puissant, il a découvert qu’il était fragile.
La crise que nous vivons nous rappelle que nous sommes mortels.
Chaque jour, des hommes et des femmes meurent pour des raisons diverses.
Nous avions trop tendance à l’oublier.
Mais voilà que la réalité nous frappe en plein visage.
Nous nous souvenons que durant son histoire l’humanité a connu d’autres épidémies.
Les hommes meurent aussi en se contaminant les uns aux autres.

Notre monde se croyait puissant, il a découvert qu’il était fragile.
Or les maladies qui nous frappent atteignent non seulement nos corps, mais aussi et d’abord nos cœurs et nos âmes.
La Parole de Dieu nous apporte une lumière que même la sagesse humaine n’est pas en mesure de nous donner. Mais elle n’est pas là pour servir nos desseins humains et nos désirs de réussite sur terre.

Car en dehors de Dieu, manifesté en Jésus le Christ, quel salut pouvons-nous espérer ?
Nous savons qu’un jour nous mourrons, mais nous croyons que c’est Jésus le gardien de nos âmes.
L’esprit de ce monde fait passer les croyants pour des illuminés, des êtres faibles, qui ont besoin de religion comme d’autres ont besoin d’opium, de stupéfiants.
Mais ce qu’il y a de stupéfiant, c’est que ceux qui nous promettent des succès et des gloires humaines, des rêves à bon marché, ignorent tout de ce lien qui nous unit au Christ, et de ce que nous vivons dans la foi.

Le Christ bon berger, que nous présente l’évangile de ce dimanche, n’est pas une belle image pieuse. Il faut bien comprendre l’enseignement de Jésus, lui en qui nous trouvons notre vraie liberté, cette liberté intérieure qui est un don précieux.
Jésus est le berger qui connait ses brebis et les appelle par leur nom.

Mais il est aussi la porte, la porte de l’enclos, la porte par laquelle il entre lui-même pour venir à notre rencontre, la porte par laquelle il nous fait sortir pour nous conduire vers la vérité qui rend libre.
Par cette porte, nous pouvons donc entrer et sortir, librement. Cette porte, c’est aussi notre cœur, ce lieu où Dieu nous rejoint et nous attend, au plus intime de nous-mêmes. Entre Jésus et nous, il y a une confiance qui s’établit, à condition que nous écoutions sa voix et sachions la reconnaître.
Le monde est rempli de loups et de faux bergers qui prétendent être les sauveurs de l’humanité. Mais ceux-là ne connaissent pas le Christ. Ils ne passent pas par lui, ils entrent par d’autres voies. Ils ne pensent qu’à assouvir leur soif de dominer, de posséder, de manipuler les événements autant que les hommes.

Le Christ n’est pas venu pour manipuler les consciences mais pour rassembler les hommes dans l’unité de la charité, pour leur faire connaitre l’amour du Père avec lequel il ne fait qu’un dans l’Esprit. Car Dieu est amour, et en dehors d’un Dieu d’amour, il n’y a que des visions trompeuses et des représentations mensongères de Dieu.
Nous voici face à un enjeu considérable : car nous découvrons que nous ne sommes pas parfaits. Ceux qui se disent croyants peuvent aussi se tromper, et agir à l’opposé de ce qu’ils enseignent et vivent. L’enclos a été contaminé par des brebis malades.

C’est aussi un défi redoutable que nous devons assumer, car nous vivons dans une société qui ne se fonde ni sur le Christ ni sur l’évangile, mais qui néanmoins s’efforce de rendre possible la vie en communauté et de faire que chaque personne soit respectée et protégée. A côté de belles aspirations, elle poursuit des orientations qui parfois nous interrogent, en particulier quand l’argent est au service de visées dominatrices et d’intérêts individualistes. Nous devons faire confiance aux hommes et pourtant nous savons que c’est Dieu seul qui est notre seul Salut, le Christ notre seul Sauveur.

C’est toute la difficulté d’être chrétiens au milieu d’un monde pluriel, démesuré, devenu incontrôlable, un monde incertain et qui cherche à construire un après.
Comment allons-nous vivre ensemble autrement qu’en posant des barrières de protection ?
Comment allons-nous évoluer dans cet univers de contrôle permanent, de surveillance et de méfiance ?

Immanquablement, nous serons obligés de faire des choix si nous voulons garder nos âmes et pas seulement nos corps. Dans certaines situations, nous devons avoir le courage de dire non, savoir reconnaître ce qui éloigne de la vie et conduit à la mort.
L’Eglise a été secouée récemment par toutes les affaires qui avaient été cachées jusque là. La société commence à regarder ses propres défaillances, ses dysfonctionnements. Ce travail de vérité devra se poursuivre.

Comment notre monde sortira-t-il de cette crise pandémique sans se réformer en profondeur, sans s’attaquer à tous ces mécanismes qui génèrent des flots d’injustices et de frustrations ?

Notre monde se croyait invincible, il a découvert qu’il était vulnérable.
Notre monde se croyait riche, il découvre qu’il est devenu pauvre.
Mais peut-être que dans cette vulnérabilité et cette pauvreté, il pourra enfin découvrir que sa vraie force et sa vraie richesse sont ailleurs…

2 commentaires à propos de “Dans un monde qui se croyait invincible…”

  1. merci frère,Arnaud pour cette homelie.
    Je souhaiterais savoir comment verser quelques monnaies trebuchantes pour remplacer la quete du dimanche?
    danielle

    • Bonjour,
      Certains de nos amis le font déjà, mais il n’est guère d’autre moyen actuellement que de faire parvenir un courrier au prieur, le frère Jean-Marc Gayraud, avec un chèque inclus. Un grand merci par avance.

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