Donner tout son sens à la vie et à la mort

Prédication du frère Benoît-Marie Simon le 10 mai (sur Jn 14,1-12)


Donner un sens à la vie et à la mort

Difficile, aujourd’hui, de penser à autre chose qu’au prochain déconfinement, tellement nous avons hâte que la vie reprenne… Et pourtant, grâce aux nouveaux moyens de communication, nous n’étions pas tout à fait dans la situation d’un naufragé solitaire échoué sur un ilot perdu en plein pacifique. Nous avions la possibilité de maintenir le lien avec les personnes que nous connaissions. Peut-être même avons-nous eu l’occasion de l’approfondir, car nous avions plus de temps et d’attention à y consacrer.

Il n’empêche, qui n’a pas eu, à un moment ou à un autre, le sentiment d’étouffer ? Et puis, surtout, bien plus concrète et obsédante que d’habitude, il y a la présence de la mort !

Bref, par la force des choses, nous sommes confrontés à ces deux questions : dans l’existence humaine où est l’essentiel ? Et : comment vivre en sachant que, de toute façon, comme l’écrit Qohélet : « demain nous mourrons » ? Lorsque nous sommes pris par le mouvement frénétique de la vie, par les multiples occupations qui remplissent nos journées, nous esquivons facilement ces interrogations. Mais, dans ces temps incertains, c’est devenu plus difficile. Et c’est tant mieux. Car nous ne pourrons pas éternellement les fuir. Ainsi donc, il nous faut les affronter résolument, faute de quoi nous aurons subi toutes ces épreuves en pure perte !

Peut-on se contenter, en guise de réponse, de souligner l’importance des liens d’amitié que nous sommes capables de créer et de faire vivre avec les autres ? D’abord, et le confinement a été certainement l’occasion de le redécouvrir, l’amitié vraie et profonde, n’est pas chose si facile que cela. Tous ces péchés d’égoïsme, de susceptibilité, d’orgueil, d’obstination têtue, qui nous enferment en nous-mêmes, nous en empêchent ! Et puis, en admettant que nous en devenions capables, est-ce que cela suffit à donner un sens à la vie, et surtout, à la mort ? Bref, avouons-le, livrés à nous-mêmes, nous tournons très vite en rond, et nous découvrons, à la suite de Qohélet, que décidément : « tout est vanité ! »

Eh bien, l’évangile que nous venons d’entendre nous invite à chercher la réponse à ces questions, non pas en nous-mêmes, ni non plus autour de nous… mais dans ces paroles inouïes, qu’aucun être humain, jamais, n’oserait prononcer : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Tout au plus, les meilleurs d’entre nous peuvent prétendre indiquer le chemin, aider quelqu’un à trouver la vérité, jouer un rôle important dans sa vie !

Mais le Christ n’est pas un homme parmi d’autres, « Il est dans le Père et le Père est en Lui ». Sinon il ne pourrait pas être « la Vérité et la Vie ». De même, s’Il est le chemin, c’est parce que, comme il l’explique à Philippe, « qui L’a vu a vu le Père ».

Vous l’aurez compris, la Vie dont il s’agit ici, c’est celle du Père qui est aux Cieux. Le Christ ajoute qu’Il est la Vérité, parce que cette Vie nous comble, comme seule la vérité peut le faire. A savoir : elle dilate notre esprit, au lieu de nous enfermer en nous-mêmes. Et, surtout, elle ne peut pas nous décevoir.

Mais, comment imaginer qu’une Vie si éloignée de la nôtre puisse être pour nous ? Pour Dieu, c’est évident. Pour les anges, à la rigueur, puisqu’ils sont purs esprits. Mais pour les êtres charnels que nous sommes, cela semble impossible ! Voilà pourquoi le Christ a tenu à rassurer les apôtres, en leur révélant qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, c’est-à-dire qu’il y a une place aussi pour l’homme, et pas seulement pour les Trois Personnes de la Trinité ainsi que pour les anges. Et c’est pour nous la préparer qu’Il est parti. Avant de revenir nous chercher, pour nous y conduire. A ce moment, comme le Christ l’a fait avant nous, il faudra quitter la vie d’ici-bas. Voilà qui donne son sens à la mort ! Voilà la réponse, ultime et définitive, à toutes nos questions !

Pourquoi, alors, nous éblouit-elle si peu ? D’abord, le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’agit pas comme un euphorisant. Elle est même, au sens propre, vertigineuse ! Et puis, pour traverser toutes les souffrances d’ici-bas, en courant, le cœur plein d’espérance et de joie, vers la Béatitude Eternelle, il ne suffit pas d’être convaincu de son existence, il faut encore qu’elle cesse d’être une vérité abstraite pour devenir un objet de désir.

Mais comment désirer ce qui est rigoureusement invisible ? Cela serait impossible si le Christ « ne nous montrait pas le Père » ! Ce qui, en clair, signifie ceci : en Jésus, le Ciel devient concret. A condition, bien sûr, d’avoir les yeux pour le voir. Ces yeux qui faisaient défaut à l’apôtre Philippe, enfermé qu’il était dans une vision purement humaine du Christ. Et il faudra que l’Esprit Saint fasse irruption dans sa vie pour qu’il soit arraché à son aveuglement. En effet, comme saint Paul l’explique aux Corinthiens (1 Cor. 2, 14) : « l’homme naturel n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c’est spirituellement qu’on en juge ». Et il conclut son raisonnement par cet avertissement, qui doit nous faire réfléchir : « Pour moi, frères, je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des êtres de chair… », c’est-à-dire, à des êtres qui ne sont pas pressés d’aller au-delà d’un horizon purement humain.

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