Humilité de saint Dominique

Maistre et Dominique

 

Ce samedi 26 mai, la communauté dominicaine de Montpellier fêtait saint Dominique.

Elle avait délégué à son doyen, le frère André-Pierre Maistre, bientôt 86 ans, le soin de présider et de prêcher : ce fut tout à la fois remarquable et émouvant.

Voici le texte de l’homélie :

 

 

Spontanément, pour parler de Dominique, notre père et tout autant notre compagnon et ami, il m’est venu de distinguer au milieu de tant de figures saintes :

  • Soit celles que l’on admire et celles que l’on aime
  • Soit encore celles en face desquelles on se tient et celles à côté desquelles on s’assied, à même le sol souvent
  • Soit encore celles qui parlent quand on se tait et celles qui écoutent quand on parle

Qu’il est alors facile de voir où demeure Dominique ! Sa demeure est l’humilité. Toute sa vie, il s’est effacé ; à aucun moment, il ne s’est intéressé à lui ; il n’a rien laissé de lui ; ce qu’il a choisi, c’est le moins sûr, le plus déstabilisant : l’aventure de Dieu. Oubliant l’idée même de succès, au-delà de la réussite apostolique, il a retiré jusqu’à ses chaussures, et il accueillit l’abaissement. Dépossédé de lui-même, il s’est engagé sur la route prise par le Christ, ce chemin qu’il appelle tous à suivre.

Ouvert ce chemin, oui, mais il ne s’agit pas d’une voie bien tracée. Il s’agit plutôt d’une sente malaisée : on ne peut y cheminer de front mais à la file, se guidant sur le dos de celui qui précède, tous à la fois, certes unis, mais seuls. Ce qui permet de ne pas se perdre, c’est la prière, saint et lumineux temps de prière, lieu de l’aboutissement et lieu de la plus humiliante des pauvretés, lieu où se révèle l’insaisissable et où s’étale la pire des indigences.

Ce chemin, Dominique l’a pris pour y conduire ses frères, jours de marche harassante pour les marcheurs de Dieu. Il perçoit comment faire vivre à ses fils la vie commune, leur enseignant la joie de la vie des apôtres et la soif de l’isolement érémitique. Sur ce chemin, il les appelle à aimer tout homme car il a l’humilité de ceux qui se laissent toucher par l’amour ; il en a cette joie car amour et joie ne font qu’un.
Il avance sur ce chemin, après Moïse et tant d’autres ; ce qu’il voit, c’est l’ombre vivante du Christ et sa trace. Avec Pierre, il redit : « à qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie ». Il atteint là la source de toute vérité et il le sait.

La vérité, c’est elle l’adjuvant sur ce chemin ; née de la parole de Dieu, elle se donne à nous et nous oblige à nous confronter avec elle comme Jacob face à l’ange. Cette lutte, Dominique a voulu que chacun de ses fils s’y astreigne ; il a voulu que s’exercent les dons reçus par chacun. Au fond, une vraie prédication doit conduire celui qui l’entend à s’étonner de voir où l’ont conduit sa peur et son égoïsme. Ce qui compte alors, ce n’est pas la célérité avec laquelle on s’élève, mais la certitude de tenir la bonne orientation. Oui, de cet équilibre,

  • L’évangile est le secret,
  • L’amour le dynamisme,
  • La vérité le fondement.

Dominique sait que la vie spirituelle se transmet, sur tous les plans. Appliquant les paroles de Jésus, chez saint Jean, il demande pour ses fils et ceux qu’ils rejoignent la fidélité à la Parole car elle est vérité et vie. C’est le lieu de l’unité « dans le nom que tu m’as donné », c’est aussi le lieu de la joie. Ce qu’il désire encore pour eux, c’est la sanctification, source de tout envoi dans le monde. Humblement, Dominique ne garde pas ses fils autour de lui ; très vite, il en fait des missionnaires de la Parole, laissant celle -ci les transformer et atteindre ceux qui se sont perdus. Il apprend à ses disciples à ne pas garder pour eux les richesses de la prière contemplative mais à les offrir comme le plus beau des dons.

Quand Dominique s’efface, c’est si humblement que sa mémoire fut quelque peu sous le boisseau durant près de douze ans…
Oui, comment ne pas l’aimer… Ainsi !