Jésus pleure sur Jérusalem

Jeudi 19 novembre 2020
Férie de la 33è semaine du Temps Ordinaire
Ap 5,1-10 ; Ps 149 ; Lc 19,41-44
Homélie du frère Jean-Marc Gayraud


Nous venons d’entendre une lamentation caractéristique du genre prophétique, genre qui atteint ici son paroxysme. Jésus pleure de voir Jérusalem devenir la proie des ennemis et de ne plus rien pouvoir faire pour l’éviter.

Jérusalem représente le lieu de convergence de tous les peuples de la terre, appelés qu’ils sont à vivre dans la paix, entendez, en harmonie plénière avec Dieu. Mais Jérusalem « n’a pas reconnu le temps de sa visite ». Le temps du salut devient le temps de la perdition. Et il ne saurait y avoir d’autre occasion offerte par Dieu maintenant puisqu’il s’est donné Lui-même absolument et une fois pour toutes en nous donnant son propre Fils.

Vue sur Jérusalem par la baie du Dominus flevit

En cause le refus obstiné, obsédé d’accueillir le don de Dieu et de se convertir. Et parce qu’il s’agit de don, aucune contrainte ne saurait l’imposer jamais. Il n’y a donc plus aucune issue désormais et, osons le dire, Dieu Lui-même n’y peut rien, car il ne peut renier ce qu’il a créé en créant l’homme dans la redoutable grandeur de sa liberté.

Il faut aller jusqu’au bout de ce drame absolu pour entrevoir, dans sa ténèbre même, une lueur qui y apparaît pourtant impossible. Quelle lueur ? Celle qui perce précisément des larmes mêmes du Christ, tout comme elle percera à la croix. Là s’exprime définitivement et absolument l’amour de notre Dieu, un amour blessé à mort à cause de nos péchés. Un seul homme pourrait-t-il jamais ne pas entrevoir l’horreur de son refus devant l’amour confondant, bouleversant, crucifié de notre Dieu ? Un tel amour ne serait-il pas capable de retourner le cœur le plus endurci, le plus impénétrable que cette terre ait jamais enfanté ? L’impuissance absolue de la croix ne pourrait-elle pas être la puissance définitive du salut de tous ?

La foi, l’espérance, la charité nous imposent ce questionnement mais la réponse ne nous appartient pas. Le mystère de Dieu autant que de l’homme nous l’interdit. Il ne m’est pas moins interdit d’affirmer sans plus le salut de tous que la damnation d’un seul.

Il faut s’engager sur cette voie sans réserve car elle ne concerne pas seulement le cœur le plus endurci, mais bien toute l’humanité, et donc chacun de nous. C’est bien sur Jérusalem que pleure le Christ, lieu symbolique du rassemblement universel. C’est bien l’universalité du salut qui est en jeu ici et par conséquent, celui de chaque homme en particulier, à commencer par nous-mêmes. Car personne n’a le droit de se placer dès ici-bas du bon côté. Et celui qui fait, aussi peu que ce soit, cette expérience du salut pour lui-même, sait qu’il a encore moins le droit de ne jamais désespérer du salut de personne. Amen.

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