L’Appel de Jésus… de Fr Benoît-Marie Simon

Accompagné par Jean, Jésus rencontre André et Simon – Mosaïque.

l'appel du Christ

Jn 1, 35-42Jn 1, 35-42
French: Louis Segond (1910) - SEG

35 Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples; 36 et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l`Agneau de Dieu. 37 Les deux disciples l`entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus. 38 Jésus se retourna, et voyant qu`ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi , où demeures-tu? 39 Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C`était environ la dixième heure. 40 André, frère de Simon Pierre, était l`un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus. 41 Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie . 42 Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l`ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas .  

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« Nous avons trouvé le Messie »

 

Homélie dominicale de Fr Benoît-Marie Simon: Appel irrésistible…

Version phonique:

Version écrite:

Appel irrésistible…

   Quel récit étonnant ! Pour deux motifs, au moins. D’abord, l’extrême sobriété des échanges. Ensuite, l’absence totale d’hésitation avec laquelle les disciples se décident à suivre le Christ.

   Vous l’avez remarqué : pas de grands discours, juste quelques affirmations lapidaires : « Voici l’agneau de Dieu » ou bien « nous avons trouvé le messie« . Et, aussitôt, les futurs apôtres lâchent tout, sans discuter ni tergiverser !

   Et pourtant, il ne s’agit pas simplement de perdre un peu de temps, ni d’occuper un après-midi, encore moins d’assister à quelque chose en simple spectateur. La preuve : à partir de cet instant, ces hommes ne retourneront plus jamais à leur vie d’antan. En clair : ils renoncent, définitivement, à toute carrière humaine et même à toute existence équilibrée.

   Comment prendre une décision aussi grave, si rapidement !

   Il arrive, c’est vrai, que sur un coup de tête on abandonne des situations florissantes. Mais, ou bien cela ne dure pas, ou alors c’est pour donner libre cours à un désir que, jusqu’ici, on refoulait. A moins, tout simplement, qu’on devienne fou.

   Mais, ici, ces hommes sont calmes, raisonnables et ils ne dévieront pas de leur choix. Or, encore une fois, il s’agit, pour eux, de tout perdre, sans savoir exactement où cela les mènera. La seule chose concrète, c’est la personne du Christ. Mais ses paroles et sa manière de vivre sont bien déroutantes et, surtout, pour quiconque veut s’installer sur cette terre, elles constituent un défi permanent.

   Décidément, il est difficile de comprendre ce qui s’est passé dans l’esprit et dans le cœur d’André, de Pierre et des autres disciples.

   D’autant plus qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main le problème, en prétendant que la réaction des apôtres est un acte isolé, c’est-à-dire une exception sur laquelle on aurait tort de s’attarder ! En effet, cette histoire c’est, dans son essence, ce qui se passe encore aujourd’hui, chaque fois que quelqu’un quitte tout et s’enferme dans un monastère. A condition, bien sûr, qu’il fasse cela pour le royaume des cieux.

   Une chose est sûre, ce n’est pas la conclusion d’un long raisonnement. Ce n’est pas non plus la dernière étape d’un cheminement intérieur. Alors ?

   Eh bien, le contraire d’un raisonnement, c’est une évidence ou une intuition. Le contraire d’un cheminement c’est un cœur qui s’effondre ou, ce qui au fond revient au même, se laisse toucher sans se défendre.

   Reste, maintenant, à dire quelle est cette lumière qui s’impose à l’intelligence comme une évidence indiscutable et qui emporte le cœur parce qu’il ne peut pas résister, dans un élan qui, cependant, est tout sauf aveugle.

   Sur la terre, il n’existe rien qui ait un tel pouvoir. En revanche comment résister à l’attrait de la béatitude du ciel ?

Et, il s’agit bien de cela. Jugez vous-mêmes : plus tard, le Christ interrogera Pierre pour savoir s’il veut Le quitter – ce qui revient à lui demander pourquoi il reste avec Lui. Et Pierre répondra précisément : parce que toi, et toi seul, tu as les paroles de la vie éternelle.

   Et puis, dans l’évangile d’aujourd’hui, les disciples ont suivi le Christ simplement parce qu’Il était le Messie. Or, le Messie n’est rien d’autre que Celui qui les introduira dans le Royaume de Dieu définitif, celui dont la terre promise n’était qu’une image.

   Tout dépend, par conséquent, de ce désir du salut, du ciel, de l’eau vive… appelez-le comme vous voulez. Et sainte Catherine de Sienne a raison d’affirmer que : « si vous voulez avancer, [ dans ce chemin du salut ] la première condition, c’est d’avoir soif. Car ceux-là seuls qui ont soif sont invités: Qui a soif, est-il dit, qu’il vienne et qu’il boive. Celui donc qui n’a pas soif, ne saurait persévérer dans son voyage, la moindre fatigue l’arrête, ou le moindre plaisir le distrait. » (Dialogue, c. 54)

Attention, si suivre le Christ est de l’ordre de l’évidence qui s’impose tout d’un coup, cela ne veut pas dire que pour que cet éclair déchire les ténèbres de notre cœur il ne faille pas passer par toute sorte d’épreuves. Mais, ne confondons pas les étapes qui ne font que préparer l’irruption de la lumière, et ce qui se passe lorsque celle-ci nous éblouit parce qu’on l’accueille dans un acte qui est forcément simple, immédiat et spontané, et, en même temps, plus réfléchi et plus profond que toutes les autres décisions que nous pouvons prendre.

   Encore faut-il être prêt à tout lâcher.

Car, vous l’aurez compris, la vie éternelle n’est pas d’ici-bas et il faut mourir pour voir Dieu face à face. Voilà pourquoi Dieu veut être tout pour nous. De sorte que, dans notre cœur du moins, Il soit le seul. Sans concurrence, aucune, ni celle qui provient de l’amour des richesses quelles qu’elles soient, ni même celles que constituent les liens familiaux.

   Avouons-le : ce radicalisme nous fait peur. Et nous qui sommes ici nous ne sommes sans doute pas tous prêts à répondre, donc à entendre, cet appel.

   Alors on préfère parler d’autre chose que du ciel. Du coup, on insistera surtout sur les valeurs humaines dont l’évangile est porteur, au risque de réduire l’évangile à une sagesse de ce monde, une parmi d’autres.

   En revanche, si on résiste à cette tentation de tricher avec ce à quoi nous sommes appelés, on suppliera humblement Dieu de nous donner la force d’âme nécessaire pour le suivre jusqu’au bout. Et qui peut croire qu’Il ne nous la donnera pas ?

   Une chose est sûre, en tout cas. Si, parce que nous ne sommes pas disposés à entrer par la porte étroite qui mène au salut, nous cessons d’en parler, le Christ pourra nous accuser de ce qu’il reprochait aux pharisiens : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le royaume des Cieux ! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient ! » (Mat. 23, 13Mat. 23, 13
French: Louis Segond (1910) - SEG

13 Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n`y entrez pas vous-mêmes, et vous n`y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.  

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).

Fr Benoît-Marie Simon op.

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