L’autre générosité… de Fr Denys Sibre.

 Les deux fils.

Les deux fils

Mt 21, 28-32Mt 21, 28-32
French: Louis Segond (1910) - SEG

28 Que vous en semble? Un homme avait deux fils; et, s`adressant au premier, il dit: Mon enfant, va travailler aujourd`hui dans ma vigne. 29 Il répondit: Je ne veux pas. Ensuite, il se repentit, et il alla. 30 S`adressant à l`autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit: Je veux bien, seigneur. Et il n`alla pas. 31 Lequel des deux a fait la volonté du père? Ils répondirent: Le premier. Et Jésus leur dit: Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. 32 Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n`avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui; et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour croire en lui.  

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Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.

Homélie dominicale de Fr Denys Sibre:

Version phonique:

Version écrite:

L’autre générosité.

Étonnante cette parabole ! Elle ne peut nous laisser indifférents !

   En premier lieu, un homme avait deux fils vient de nous dire Jésus. A chacun d’eux, il demanda la même chose: aller travailler à sa vigne. Les familiers de la Bible devinent dans cet homme Dieu Lui-même dont les gens d’Israël étaient les fils. Quant à la vigne, elle désigne le Royaume de Dieu. Et travailler dans cette vigne, c’est un honneur, une vocation, une marque de confiance.

   Le premier des deux fils commence par dire « Non! je n’irai pas ! » et il finit par y aller. Un « Non » qui deviendra un « Oui ». Et le second, lui, commence par dire « Oui j’irai ! » et finalement il n’ira pas. Un « Oui » sans suite.

   La plupart d’entre nous commencent très souvent par répondre au Seigneur comme le second des deux fils que cet Évangile vient de nous présenter. Effectivement, nous lui disons bien vite: « Mais oui, Seigneur ! » Comment pourrions-nous faire autrement. Nous nous sentons responsables et nous nous mettons parfois avec générosité du côté de ceux qui sont assez généreux pour s’engager devant le Seigneur et pour son Royaume.

   Disons les choses ainsi: il existe en nous, depuis toujours peut-être, comme un réflexe de générosité que nous tenons presque comme un bien héréditaire et qui nous autorise, semble-t-il, à nous classer du côté du bien, du côté de ceux qui se dévouent pour la bonne cause.

   Mais cette générosité-là ne suffit pas à Jésus. A cette droiture presque naturelle, il manque encore quelque chose. Parce qu’elle est peut-être trop consciente d’elle-même. Peut-être parce qu’elle est trop sure d’elle- même, trop pleine d’elle-même, qu’elle s’appuie trop trop sur elle- même. Pet-être parce qu’elle est trop prisonnière de ses œuvres, de ses réussites. Peut-être parce qu’elle en vient à se refermer sur elle-même. Peut-être parce qu’elle n’a pas encore fait le tour de ses impossibilités.

   C’est pourquoi Jésus préfère le premier des deux fils: celui qui a commencé par faillir et dont la vie est comme marquée par l’échec. Celui dont la générosité a été un jour blessée et qui a dû rentrer petitement, pauvrement par La Porte du Repentir. Celui qui un jour s’est rendu compte qu’il avait mal fait et qui en est venu à se tenir humblement devant Jésus, s’en remettant corps et biens à son pardon. C’est bien celui-là que Jésus préfère: celui qui a commencé par dire « Non » mais qui s’étant repenti (ce verbe se repentir est en quelque sorte le mot clef de cet Évangile), est allé quand même, tardivement, comme à la dérobée, travailler dans la vigne du Seigneur.

   Ceux qui ont trouvé La Porte du Repentir n’ont plus de générosité à eux. Désormais toute leur générosité vient du regard de pardon que le Seigneur, un jour, a posé sur eux. Et ceux-là, ils savent. Ils savent qu’ils doivent tout à Jésus, que leur générosité vient de Lui, que Jésus est venu leur donner ce que lui seul pouvait leur donner. Ils savent que ce Jésus à qui ils doivent tout n’a été que « Oui filial » à son Père. Désormais, c’est ce « Oui filial » de Jésus qui les mobilise, les entraîne. Alors, à leur tour, jaillit d’eux-mêmes un « Oui total », un « Oui vrai », un « Oui qui engage », un « Oui qui s’engage pour Jésus et son Royaume.

   Aux yeux de Jésus, et il nous le dit clairement, ce sont eux qui sont les tous premiers habitants du Royaume. Et ceux-là, on les connaît: c’est Zachée le publicain, c’est Marie-Magdeleine la pécheresse, c’est aussi ce merveilleux inconnu que nous vénérons dans le vocable du « Bon Larron ». Bref, des publicains et des prostituées d’hier… et d’aujourd’hui.

   Vraiment l’Évangile surprend, bouscule… Avec Jésus, c’est une toute autre vision… Elle est bien là la grande annonce de Jésus: il n’est jamais trop tard, quelle que soit votre trajectoire, pour se mettre activement à la suite de Jésus et de venir dans son Royaume.

  En conclusion Frères et sœurs, trouver La Porte du Repentir, ce n’est pas seulement un chemin parmi d’autres. Mais c’est le seul chemin. Il n’y en a pas d’autres. Il nous faut tous passer par La Porte du Repentir, tôt ou tard, sans quoi il n’y aurait pas de part pour nous au Royaume, comme Pierre qui s’entêtait à ne pas vouloir laver Jésus.

Fr Denys Sibre op.

Lien vers la décoration florale du 26ème dimanche du temps ordinaire.