Il est vraiment ressuscité…, de Fr Matthieu Gauthier

Vigile pascale, Christ ascensionnel de la chapelle des Dominicains.

Christ ascensionnel

Mt 28, 1-10Mt 28, 1-10
French: Louis Segond (1910) - SEG

28 1 Après le sabbat, à l`aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l`autre Marie allèrent voir le sépulcre. 2 Et voici, il y eut un grand tremblement de terre; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, et s`assit dessus. 3 Son aspect était comme l`éclair, et son vêtement blanc comme la neige. 4 Les gardes tremblèrent de peur, et devinrent comme morts. 5 Mais l`ange prit la parole, et dit aux femmes: Pour vous, ne craignez pas; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. 6 Il n`est point ici; il est ressuscité, comme il l`avait dit. Venez, voyez le lieu où il était couché, 7 et allez promptement dire à ses disciples qu`il est ressuscité des morts. Et voici, il vous précède en Galilée: c`est là que vous le verrez. Voici, je vous l`ai dit. 8 Elles s`éloignèrent promptement du sépulcre, avec crainte et avec une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. 9 Et voici, Jésus vint à leur rencontre, et dit: Je vous salue. Elles s`approchèrent pour saisir ses pieds, et elles se prosternèrent devant lui. 10 Alors Jésus leur dit: Ne craignez pas; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée: c`est là qu`ils me verront.  

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« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts »

Homélie de Fr Matthieu Gauthier:

Version phonique:

Version écrite:

Il est vraiment ressuscité
            Le brave Clavius aspirait à un repos bien mérité, après une campagne militaire bien menée. Eh bien ce sera pour une autre fois. Pilate vient de lui confier une enquête à mener rapidement : il s’agit de retrouver le cadavre d’un condamné que Claudius avait fait exécuter deux jours avant. Le voilà donc en train d’interroger une série de personnage de tous genres, faisant connaissance avec quelques apôtres, des disciples, Marie-Madeleine, les gardes du tombeau, et même des grands prêtres. Lui le sceptique se trouve confronté à une diversité d’opinions religieuses tout à fait fascinante. Mais l’enquête se révèle plus complexe qu’il ne pensait, et finit par piétiner. Va-t-il réussir dans les délais impartis ?
            Question capitale jusqu’au moment où il se trouver nez-à-nez avec ce Jésus qu’il avait vu mort et enseveli. Un Jésus bien vivant et plutôt sympathique, souriant et bienfaisant, qui fait des grandes accolades fraternelles à ses disciples, voire un petit miracle en passant. Un Jésus comme avant ! Alors le sceptique devient croyant : il croit en une vie après la mort, il croit en Dieu, il croit en l’Amour, il croit en sa possibilité de changer de vie. Et il change de vie, quittant tout pour approfondir son nouvel idéal.
            En sortant du cinéma qui projetait ce film (La résurrection du Christ) l’année dernière, j’ai reçu deux confidences : celle d’une vieille dame très pratiquante qui voyait le film pour la troisième fois avec enthousiasme, et qui finit par me dire : « C’est dur, de croire à la résurrection ! ». Et celle d’un agnostique : « Ça fait quarante ans que je me pose la question, et ce soir, je n’ai pas plus de réponse. »
            Comme je les comprends ! Tout simplement parce que le film aborde à mon avis la question de la résurrection à l’envers : Chez Clavius, c’est la constatation que la vie est possible après la mort qui entraîne la conviction que Dieu existe. Bien sûr, l’itinéraire spirituel de Clavius, découvrant le sens de l’Amour dans sa vie, mérite d’être souligné : qu’un homme soit capable de remettre en cause sa carrière pour un objectif grand et noble, ça n’est certainement pas banal. Mais nous qui n’avons pas vu Jésus ressuscité, que pouvons-nous en dire ?
            Pour ma part, le réalisme m’a imposé d’abord une constatation : ce qui arrive à tous les morts, c’est qu’ils ne reviennent pas, qu’ils soient enterrés ou incinérés. Je ne parle pas des expériences proches de la mort, avec le tunnel et la lumière : ces expériences sont suffisamment courantes pour qu’on les considère en quelque sorte naturelles. Une fois l’expérience faite, on retourne à la vie comme avant. Ce n’est pas le cas de Jésus : il ne s’agit chez lui ni d’un retour à la vie comme avant, ni de la survie de son âme quelque part au ciel. Il est vu avec un corps, mais qui a de nouvelles caractéristiques qui ne sont pas naturelles. Alors deux questions me viennent.
La première : Est-ce possible ? Si ce n’est pas naturel, qu’est-ce que ça peut être ? Quelqu’un est-il capable de réaliser quelque chose en dehors des lois de la nature ? Si Dieu existe, il me semble que rien ne l’empêcherait de le faire. C’est ce qu’on appelle le surnaturel. Mais vous voyez que ce n’est pas la résurrection qui me fait croire en Dieu. Chez moi, il y a en premier la conviction que Dieu existe. Je dois établir d’abord cette conviction. Qu’il soit capable de ressusciter Jésus est une conséquence de son existence.
            Deuxième question : L’a-t-il vraiment fait ? Ou autrement dit : Pourquoi Jésus et pas les autres ? Car j’en reviens à ma constatation de tout à l’heure : normalement, ça n’arrive pas. Si quelqu’un me disait avoir vu une personne qu’on avait enterré trois jours avant, je ne le croirais pas ! Alors, pourquoi je le croirais pour Jésus ? Une des scènes les plus intéressantes du film est le dialogue entre Clavius et le soldat chargé de garder le tombeau de Jésus : il ne croit pas à ce qu’il a vu ! Et les disciples ? Avant même de se poser la question de la fiabilité de leur témoignage, nous pouvons nous demander comment ils ont pu croire ce qu’ils ont vu ! L’Évangile de saint Matthieu nous dit même que jusqu’à l’Ascension de Jésus, certains témoins ont douté.
Pour croire, les apôtres eux-mêmes ont dû compter sur deux témoignages, ou plus exactement deux annonces, qu’ils n’avaient jusque là pas comprises : celle de Jésus lui-même et celle de l’Écriture, autrement dit, l’Ancien Testament. Regardez donc les arguments que saint Pierre utilise le jour de la Pentecôte pour amener à la foi en la résurrection de Jésus des gens qui n’ont pas vu Jésus ressuscité ! Les prophètes ont annoncé de la part de Dieu la victoire du Messie sur la mort, pas de manière explicite, il est vrai, mais de manière crédible. Jésus aussi a annoncé sa mort et son relèvement d’entre les morts. Le Père promet la résurrection. Le Fils annonce qu’elle se fera en lui-même. Et c’est l’Esprit Saint qui finalement l’accomplit.
            Voilà pour le fait : il est raisonnable et crédible que Jésus se soit relevé d’entre les morts.
Mais quel sens y trouver ? Quel changement cela peut-il apporter à notre vie ? Là, je ne vais qu’amorcer rapidement quelques pistes, à partir des lectures de l’Ancien Testament entendues tout à l’heure.
Dans la Genèse, Dieu veut-il nous enseigner en combien de jours la création a été faite ? Ou plutôt que cette création bonne est l’annonce d’une recréation, encore meilleure que la première, le premier jour de la semaine, un dimanche ? Recréation de l’humanité entière blessée par le péché et rachetée par Jésus ?
            Dans l’Exode, Dieu veut-il à ce point montrer sa puissance pour faire périr Pharaon et toute son armée ? Ou nous annonce-t-il que dans la Pâque de Jésus, un Pharaon bien plus redoutable est vaincu au sein même de son empire, la mort ? Jésus mort pour nous afin de nous faire vivre avec lui ?
            Dans le livre d’Isaïe, avons-nous la promesse d’un monde nouveau où l’argent n’aura plus de valeur ? Ou Dieu nous promet-il sa propre vie ici-bas, gratuitement, sans rien payer, grâce au don que nous a fait Jésus ?
            Ézéchiel nous fait-il part de ses désirs pieux de rétablissement d’un état originel alors que tout semble aller de mal en pis ? Ou Dieu nous promet-il de faire du neuf avec de l’ancien sans forcément faire table rase, comme nous aimerions souvent qu’il fasse ? Grâce à Jésus ressuscité qui conserve quelques plaies de son supplice ?
            Voilà ce qui peut nous engager à changer de vie. Une vie nouvelle dans le Christ. Une vie où nous n’avons plus rien à nous prouver à nous-mêmes. Dans laquelle nous accueillons ce qui nous est donné pour le faire déborder sur les autres, malgré nos pauvretés. Cette sainte Veillée veut nous introduire dans cette vie nouvelle : chez certains, d’une manière renouvelée comme chaque année, pour d’autres, peut-être pour la première fois. Affirmons donc ensemble, si telle est notre foi : le Christ est ressuscité. Il est VRAIMENT ressuscité.
Fr Matthieu Gauthier op.
Lien vers la liturgie florale de Pâque : Est-ce bien toi Seigneur ?