Le Christ, Roi de l’univers

Dimanche 22 novembre 2020
Solennité du Christ-Roi de l’univers
Ez 34,11…17 ; Ps 22 ; 1 Co 15,20…28 ; Mt 25,31-46
Homélie du frère Arnaud Blunat


La fête du Christ Roi conclut notre année liturgique. Cette année aura été très chaotique, perturbée par la crise sanitaire, cette pandémie mondiale dont nous ne sommes pas sortis. Du coup, quelle résonance peut avoir aujourd’hui pour nous cette fête du Christ Roi ?

Les textes que nous avons entendus montrent très clairement que le Christ se présente d’abord comme un berger, un pasteur, au service de ses brebis. Il connait chacune d’elles, et prend soin de celles qui sont blessées. Durant sa vie sur la terre, Jésus n’a cessé de montrer cette capacité d’attention au plus faible, au plus petit, au plus pauvre. Il accueille ceux qui sont rejetés, il soigne ceux qu’on repousse et met à l’écart.

Dans la parabole du Bon Samaritain, l’intention est claire. Il ne s’agit pas de passer à côté de celui qui est blessé, il faut prendre le temps de s’arrêter et de s’occuper de lui. Jésus invite d’ailleurs ses interlocuteurs à faire de même pour servir ainsi son prochain.

Telle est la manière dont Jésus se présente devant les hommes. Face à ceux qui veulent le faire roi, il préfère se retirer dans la montagne pour prier. Même s’il laisse les foules l’acclamer lorsqu’il arrive à Jérusalem, il sait bien que d’autres veulent l’éliminer. Les notables religieux n’ont rien à faire d’un messie-roi, qui n’entre pas dans leur vue du pouvoir. Jésus est un perturbateur. Il n’est pas venu pour accorder des récompenses, il ne cherche nullement la reconnaissance et l’approbation, il fuit les groupes de pression, les lobbys, les coteries. Toutes ces manigances humaines l’insupportent.

Voilà donc la royauté qu’il présente aux hommes : rien moins que le service humble, l’accueil de tous les hommes sans réserve, le pardon pour les pécheurs, l’amour des ennemis, la tendresse pour les pauvres. C’est en chacun d’eux qu’il se laisse voir et reconnaitre.

Ainsi dans la grande parabole du jugement dernier, que nous propose l’évangile de Matthieu, nous reconnaissons dans ce fils de l’homme, ce Roi-berger, Jésus lui-même. A la fin des temps, il viendra juger tous les hommes. Mais il est probable que ce jugement final reprendra ce qui aura pu déjà se passer lorsque nous rencontrerons personnellement le Seigneur sur le seuil de la mort.

Que se passera-t-il alors ? Manifestement, le Christ nous mettra face à la réalité de notre vie. Il nous demandera simplement si nous avons su l’accueillir et le reconnaitre dans ceux qui avaient faim, soif, qui étaient étrangers, nus, malades ou en prison. Il nous demandera si nous avons su nous arrêter et prendre du temps pour celui qui était dans la gêne, le besoin, le manque. Il ne considérera pas d’abord nos prouesses intellectuelles, nos talents artistiques, nos qualités d’organisateurs ou d’animateurs, nos succès et nos réussites. Non, il regardera d’abord les moments où nous aurons ouvert notre cœur, ou nous aurons donné de nous-mêmes, où nous aurons agi concrètement pour venir en aide, soulager, consoler.

Évidemment, il est possible que dans la somme incalculable d’actions que nous aurons accomplies durant notre vie, il y ait bien l’un ou l’autre de ces événements, que nous aurons peut-être oublié, parce que nous l’avions accompli sans aucune intention particulière, sans la recherche d’une reconnaissance, dans la plus grande simplicité. Heureux serons-nous, car c’est sans doute cela que le Seigneur recherche en priorité.

Néanmoins l’avertissement est quelque peu cinglant. Car nous pourrions penser nous en tirer à bon compte avec quelques petites bonnes actions. Le propos de Jésus veut en fait attirer notre attention sur une situation récurrente. Nous sommes trop souvent indifférents à la misère de notre prochain, trop préoccupés que nous sommes de nous-mêmes, quelque peu accablés par la situation dramatique dans laquelle évolue notre humanité et pour laquelle nous ne savons pas que faire.

La situation que nous vivons actuellement met en lumière la générosité et la disponibilité d’un grand nombre de nos frères et sœurs en humanité. Il met aussi en exergue l’égoïsme et la méchanceté d’une autre partie de l’humanité. Voulons-nous avoir part à ce Royaume que le Christ nous propose et nous promet ? Il ne suffit sans doute pas de le désirer et de le demander. Encore faut-il accepter de vivre ce que le Christ lui-même a vécu. Notre mission est d’être d’autres Christ, en nous tenant au plus près de nos frères, à chaque fois que se présente une occasion de faire le bien. En ces temps difficiles, les occasions ne manqueront pas, ne serait-ce qu’en ayant le souci de prendre des nouvelles de ceux que nous connaissons, de prier pour ceux qui vivent dans la pauvreté, le désarroi, la solitude, mais peut-être aussi de répondre à une sollicitation, un appel, un cri de détresse.

Puisse le Seigneur nous aider à ouvrir les yeux, pour nous mettre réellement au service de nos frères, et ainsi exercer cette royauté dont nous avons été revêtus à notre baptême. Alors le Christ viendra habiter en nous, il sera déjà tout en tous. Et nous serons disposés à vivre pleinement la réalité de ce royaume de justice, de paix et d’amour. Amen.

Le Jugement dernier – Fra Angelico, tempera sur bois, vers 1431 – Musée de San Marco, Florence

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