Lenteur du cheminement, fulgurance de la révélation… de Fr Sylvain Detoc.

Fulgurance de la Transfiguration du Christ

La Transfiguration du Christ

La Transfiguration – Pierre Paul Rubens 1605

Lc 9, 28-36Lc 9, 28-36
French: Louis Segond (1910) - SEG

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 » Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi :
écoutez-le ! « 

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Homélie dominicale de Fr Sylvain Detoc:

Version écrite:

     Lenteur du cheminement, fulgurance de la révélation…

     « Transfiguration » : passage d’une figure à une autre, d’un visage à un autre.

     S. Paul, dans la deuxième lecture, parle de « transformation » : passage d’un état à un autre. Viendra un jour, en effet, où le Seigneur fera passer nos corps de leur état terrestre, avec leur lot de misère, à l’état glorieux, un corps de gloire – notre corps, mais saisi dans la lumière éternelle, à l’image de celui de Jésus.

     Transfiguration, transformationPassage, donc. Passage de quelque chose à quelque chose d’autre, d’un lieu à un autre. Comme une transhumance. Un transport. Un transfert.

     Qui dit passage, dit mouvement, cheminement, à la manière du peuple hébreu qui avance dans le désert et traverse la Mer rouge. À la manière, encore – car c’est dans l’ADN du peuple de Dieu –, du patriarche Abraham, qui sort de son pays et se met en route pour entrer dans l’Alliance avec Dieu et pénétrer dans le pays de Canaan.

     Chaque année, au début du Carême, la liturgie nous invite, comme eux, à nous mettre en route. Elle nous invite à faire ce cheminement depuis la région de Jéricho, où le peuple est entré jadis en Terre promise et où Jésus a été baptisé puis tenté par le Diable – c’était l’évangile de dimanche dernier –, jusqu’au mont Thabor, où il révèle la gloire de sa divinité – c’est l’évangile d’aujourd’hui.

     Le Carême nous fait faire, autrement dit, un véritable « démarrage en côte ». Il nous saisit par ce que nous avons de plus bas, de plus terre-à-terre – cette pâte humaine qui sera bientôt couchée dans la cendre et qui entretient des complicités obscures avec les forces de mort qui la travaillent. Puis, d’un coup, le Carême nous soulève dans la Lumière de la Transfiguration.

     Que signifie ce transport si soudain, sinon que c’est cette humanité-là, cette humanité promise à la poussière et mordue par la tentation, que Dieu transfigure. C’est cette humanité-là, bien réelle, que Dieu sauve. Pas une humanité idéale – la femme, l’homme, que chacun rêve d’être – qui, par définition, n’existe pas.

     Pour faire ce passage de la poussière à la lumière, il faut du temps. Le Carême est long. Quarante jours, ce n’est pas de trop pour nous arracher à notre inertie quotidienne et nous faire entrer dans la Pâque du Seigneur. Et chaque année ça recommence. Carême après Carême, Pâque après Pâque… notre sortie de l’esclavage du péché et notre passage à la vraie vie en Dieu, ça ne se fait pas en un jour. Ça ne se fait pas en un an non plus. Comme les Hébreux dans le désert, nous avançons lentement, péniblement ; nous tombons souvent, nous nous relevons, nous retombons, nous nous relevons encore, et à travers cette croissance laborieuse, le Seigneur nous fait entrer, petit à petit, dans Sa Lumière.

     Bref, s’il y a une leçon à tirer de ces deux premiers dimanches de Carême, c’est qu’il nous faut consentir à ce que tout ne se fasse pas d’un coup. À assumer le fait que nous sommes des êtres en croissance.

     Et pourtant – seconde leçon –, la Transfiguration vient aussi trancher dans le vif de notre humanité. Une fulgurance, un éclair qui fend la nuit en un instant. Au fond, l’histoire de Jésus de Nazareth, c’est cela : une fulgurance qui a coupé l’Histoire en deux. Une Parole qui, à la manière d’un laser, a opéré une coupe incandescente dans notre calendrier.

     Quand la Parole de Dieu passe, comme la fournaise entre les moitiés d’animaux sacrifiés par Abraham dans la première lecture, quelque chose d’irréversible se produit. Il y a eu un avant et un après ce passage de Dieu dans la vie d’Abraham. Un avant et un après la flamme du buisson ardent dans la vie de Moïse. Un avant et un après le murmure d’une brise légère dans la vie du prophète Elie. De même, il y a un avant et un après le passage de Jésus sur la Terre.

     Beaucoup parmi nous pourraient témoigner d’un de ces passages de Dieu dans leur vie. Un passage brûlant qui a fendu leur cœur. Un passage qui a illuminé leur nuit. Pour les uns, c’est l’événement qui les a conduits à demander le baptême. Pour d’autres, celui qui les a amenés à entrer dans la vie religieuse. Pour d’autres encore, une occasion de raviver sa vie chrétienne, voire, comme l’écrit notre frère Hervé dans l’un de ses derniers livres, de « recommencer à croire ».

     Et nous nous mentirions à nous-mêmes si nous reniions ces passages de Dieu. Abraham se mentirait à lui-même s’il disait que Dieu n’est pas passé cette nuit-là pour faire Alliance avec Lui. Moïse et Elie se mentiraient à eux-mêmes s’ils disaient que Dieu n’est pas passé devant eux à l’ Horeb. Les disciples se mentiraient à eux-mêmes s’ils disaient que Dieu n’a pas fait éclater sa gloire en Jésus, au Thabor et, d’une manière plus mystérieuse encore, au Golgotha.

     Voilà donc, en somme, ce que la fulgurance de la Transfiguration nous invite à tenir ensemble en ce deuxième dimanche du Carême. D’un côté, le consentement à être une personne en devenir. De l’autre, le consentement à reconnaître des passages de Dieu qui sont des seuils de croissance irréversibles.

     Nous allons nous approcher de cette braise qu’est l’Eucharistie. Demandons au Christ de nous ressaisir en lui et de faire de notre célébration un seuil dans notre ascension vers Pâques.

Fr Sylvain Detoc. op

Lien vers la décoration florale du jour: Devenir autre… se transformer.

 

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