L’étranger a-t-il encore une place dans nos vies ?

Prédication du frère Hervé Ponsot le 16 août 2020 (Is 56, 1.6-7 ; Rm 11, 13-15.29-32 ; Mt 15, 21-28)


Frères et sœurs, l’étranger a toujours représenté une menace dans n’importe quelle société, surtout s’il ne s’intègre pas. Il en va ainsi dans la tradition biblique avant Jésus et jusqu’à lui. Mais heureusement, dans la tradition biblique, son intégration lui offrait un statut propre avantageux, à preuve les paroles du prophète Isaïe que nous venons d’entendre : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière ». L’étranger n’en restait pas moins marginal parce que le plus souvent porteur d’une religion différente : globalement, il était vu comme un païen.

Et Jésus est précisément le témoin de cette vision des choses : par trois fois, il repousse la demande de la Cananéenne, les Juifs n’ayant pas à frayer avec les païens. On dira qu’il teste la foi de cette femme, et c’est possible, mais je n’en suis pas si sûr : Jésus est aux débuts de son ministère, et son champ de vision dépend encore largement des traditions qu’il a reçues plus que de la pensée de Dieu son Père. Car Dieu, lui, ne fait pas acception des personnes comme le rappellera Pierre dans les Actes des Apôtres après la Pentecôte, ou Paul en écrivant aux Romains.

Pour nous aujourd’hui, frères et sœurs, ne nous voilons pas la face, l’étranger est moins notre voisin suisse ou espagnol que l’immigrant, et il se présente encore comme une menace. D’autant plus que lui aussi, même s’il recherche la meilleure intégration possible, n’en reste pas moins aujourd’hui le représentant d’une autre religion, musulmane le plus souvent. Laquelle ne fait pas toujours le plus grand cas de la religion chrétienne !

Acceptons donc que Jésus ait d’abord « calé » devant l’étrangère : ce n’est pas du mépris, juste l’influence persistante de la Loi strictement appliquée. Plus tard, en revanche, il n’hésitera pas à vanter la foi du centurion, et à reconnaître dans un Samaritain qui vient à la rencontre d’un blessé le modèle de celui qui sait se faire proche. Oui, la rencontre de l’étranger, dans toute son étrangeté, ne va pas de soi : elle n’a vraiment lieu que si les deux protagonistes font chacun un pas l’un vers l’autre, quelle qu’en soit la forme.

Ce pas ne consiste pas nécessairement à supprimer l’étrangeté, à se convertir naïvement aux convictions de l’autre, mais à reconnaître en lui un frère ou une sœur en humanité, une « personne » que Dieu aime et qu’il respecte dans toutes ses dimensions, y compris religieuses.

Faire un pas n’est pas facile et vous pourriez m’objecter : « Pourquoi devrais-je être le premier à le faire ? » L’attitude du Samaritain telle que vantée par Jésus est déjà une réponse : le prochain est celui dont on se fait proche. Mais la deuxième lecture en apporte une autre : faîtes miséricorde aujourd’hui, demain, on le fera pour vous. Ce que je vais résumer à l’aide d’une parole de Jésus dans l’évangile de Matthieu : « de la mesure dont vous mesurez, on mesurera aussi pour vous ».

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