Offrir l’hospitalité… de Fr Jean-Marc Gayraud.

Offrir l’hospitalité…

L'hospitalité d'Abrham

Abraham servant l’agneau aux trois anges venus lui demander l’hospitalité.

Peinture de Francesco Fontebasso (1707-1769)

Lc 10, 38-42Lc 10, 38-42
French: Louis Segond (1910) - SEG

38 Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. 39 Elle avait une soeur, nommée Marie, qui, s`étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. 40 Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit: Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse seule pour servir? Dis-lui donc de m`aider. 41 Le Seigneur lui répondit: Marthe, Marthe, tu t`inquiètes et tu t`agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.  

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 En ce temps-là, Jésus entra dans un village.
Une femme nommée Marthe le reçut.

 

 

de Fr Jean-Marc Gayraud.

 

Version phonique:

Version écrite:

Offrir l’hospitalité…

      Nous sommes des êtres de l’attente. Notre vie est façonnée par une promesse qui attend toujours son accomplissement. C’est là une vérité universelle qui tient à la dimension inachevée, perfectible de la condition humaine, et qui tient également à la mystérieuse grandeur de notre vocation humaine. Aucune réalisation humaine, aussi sublime soit-elle, ne pourra jamais combler le cœur de l’homme. Pauvreté et richesse à la fois de cette condition humaine qui ne peut s’accomplir par elle-même et qui est appelée à s’accomplir bien au-delà de ce qu’elle pourra jamais mettre en œuvre et concevoir elle-même.

      Nous ressentons en particulier et très concrètement cette réalité constitutive de nous-même à travers l’expérience de l’hospitalité, je veux dire à cette capacité d’accueillir dans nos vies tout ce qui peut venir d’ailleurs que de nous-même et qui peut être vécue comme un cadeau, une surprise inattendue, une nouveauté soudaine et heureuse, quelque chose qui ne pourrait jamais surgir de nous seul. Les périodes de vacances sont propices à de tels événements, comme la découverte d’un lieu inconnu, d’une œuvre belle, de retrouvailles en famille, avec des amis, la rencontre inopinée de personnes nouvelles. La rupture des nécessités quotidiennes contribue aussi à visiter de manière renouvelée les réalités trop connues de notre propre vie. Une hospitalité nouvelle à leur égard peut nous les faire découvrir sous un jour nouveau. Il s’agit donc d’offrir l’hospitalité à tous ces événements que nous ne maitrisons pas et qui nous font signe. Et c’est toute notre vie en réalité qui est alors concernée.

      Les lectures de ce dimanche nous entretiennent de l’hospitalité, une hospitalité qui porte en elle d’heureux accomplissements. Que ce soit chez Abraham au chêne de Mambré ou chez Marthe, la maitresse de maison qui accueille Jésus chez elle, l’hospitalité offerte donne consistance et visage à une attente qui, sans cela, ne peut réellement se nommer. Quelque chose, quelqu’un qui nous visite fait écho à ce que nous portons de plus profond en nous et sur quoi nous n’avons cependant aucune prise. Au plus intime nous appelle soudain le grand large. L’hospitalité révèle cela en nous et lui donne vie, vitalité. Mais cette hospitalité ne met pas un terme à notre quête insaisissable, elle l’intensifie bien au contraire. Elle met en route, elle fait aller plus loin, elle mobilise joyeusement l’esprit et le cœur.

      Et c’est ici qu’il faut savoir être, savoir vivre, savoir-faire. Toute la mise en musique du récit du chêne de Mambré comme de la rencontre de Jésus chez Marthe et Marie n’a d’autre but que d’expliciter pour nous ce style qui va si bien avec l’étonnante aventure de l’hospitalité. Il faut avoir la disposition et la liberté de cœur d’Abraham, son empressement à faire de la place à ces trois mystérieux visiteurs venus d’ailleurs, à mobiliser pour eux toutes les ressources disponibles de notre vie. Il faut être prêt dans la foi à ne plus compter sur rien d’autre que sur la très pure gratuité de cette rencontre toujours aussi imprévue qu’insaisissable.

      Il faut savoir s’affairer, s’oublier, « se mettre en quatre » pour servir comme Marthe. Mais sans oublier que toutes les affaires de notre vie ne servent de rien en réalité si elles n’aménagent l’espace pour cet « unique nécessaire » qui change tout et dont on peut très bien se passer cependant. L’unique nécessaire, la source vive, c’est le Verbe du Père qui, dans le bruit extérieur, parle au silence intérieur. Il est si bien la vie de notre vie qu’il s’agit pour chacun de ne rien d’autre que de boire à son propre puits. Il faut savoir écouter activement cette parole bienfaisante, exigeante, décapante, déstabilisante parfois. Il faut être prêt pour elle aux remises en question les plus radicales sur notre façon de vivre, de servir, de ne rien faire. Prier est autre chose que ne rien faire, agir autre chose que s’agiter, vivre autre chose que faire. Alors, comme Marie au pied de Jésus, le Verbe du Père, nous pourrons patiemment devenir les disciples de Celui qui s’est fait l’hôte de nos vies.

      C’est toute notre vie en réalité qui est déjà portée et assumée par le Verbe, sorti d’auprès du Père pour venir jusqu’à nous. Il nous demande seulement la grâce de bien vouloir l’héberger. La grâce infinie qu’il nous fait, Lui, de pouvoir l’héberger reste, de notre côté, toujours à découvrir. Comme reste à découvrir en vérité que, depuis toujours et pour toujours, il nous a déjà hébergé en Lui. Amen.

Fr Jean-Marc Gayraud op.

Lien vers la décoration florale du jour : La meilleure part…

 

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