Solidarité et partage… de Fr Jorel François.

Organisation, solidarité et partage…

La multiplication des pains et des poissons

peinture par Alexandra Domnec – 2012.

Lc 9, 11-17Lc 9, 11-17
French: Louis Segond (1910) - SEG

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 » Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

 

Homélie dominicale

 

de fr Jorel François:

 

Version écrite:

      Organisation, solidarité et partage…

     Sœurs et frères, nous avons ici affaire à un texte rempli de symboles. Il y est question de désert, de foules à organiser en groupes par les disciples, il y est question de besoin de nourriture, de pains et de poissons, de tombée de la nuit, de bénédiction, de pain rompu… et des cinq pains et deux poissons douze paniers pleins de morceaux ramassés… Autant d’éléments qui nous renvoient non seulement à la pérégrination (du peuple d’Israël), à la manne mangée dans le désert, à Moise qui au pied du Sinaï transforme ces peuplades en peuple organisé…, mais encore à la Cène du Jeudi Saint, aux poissons boucanés au bord du lac de Tibériade lors de la pêche miraculeuse; on peut aussi penser au repas eucharistique que prenaient les premiers chrétiens au déclin du jour, à la tombée de la nuit… Mais prenons le texte au pied de la lettre.

     Il se fait tard, nous sommes dans un lieu désert, et nous n’avons que quelques pains et poissons. Renvoyez donc ces foules, qu’elles aillent elles-mêmes se trouver à manger…

  Que de fois n’avons-nous pas entendu des constats analogues. Les besoins sont là, évidents, criants. On n’a même pas besoin d’experts pour en faire l’inventaire, le diagnostic. Néanmoins, pour pouvoir les satisfaire, il en faut des moyens, il en faut de l’argent. Et de l’argent, on n’en a jamais assez. Alors on est souvent tenté de dire : que voulez-vous? On n’y peut rien; cela a toujours été comme cela, la vie est ainsi faite. Et l’on s’en lave les mains, on se baisse les bras en toute bonne conscience. Ou encore et d’autant plus quand on est peu ou prou religieux, on peut être tenté de dire: on va prier, ne vous inquiétez pas on va confier cela au Seigneur. Et quelques petites prières faites, tranquillement l’on s’en va dormir sur ses deux oreilles – sans trop songer à la parole de l’apôtre Jacques qui pousse à s’interroger sur la pertinence et l’opportunité de dire au prochain d’aller en paix quand il vous dit qu’il a faim ou encore qu’il est dans la misère ou la détresse.

     Sœurs et frères, l’abondance des moyens est, comme vous le savez, une situation plutôt exceptionnelle. Les sociétés d’abondance sont un phénomène récent – et l’on sait à quoi c’est dû. La condition normale est malheureusement celle de la précarité, de la pauvreté, de pénurie, de rareté. Le constat ne date pas d’aujourd’hui : l’humanité a toujours été et sera toujours en situation de manque. Les temps n’ont jamais été faciles.

     Mais face aux situations de détresse, et quand les temps se font terriblement difficiles et que la vie est devenue invivable ou presque, que faire, que faisons-nous pour que la vie reprenne, pour que la vie soit encore et toujours possible? C’est la question que nous pose l’évangile de ce jour.

    Ce que les disciples réalistes et comptables, pragmatiques et froids calculateurs viennent de dire à Jésus, témoigne d’une certaine gêne, d’une certaine angoisse face au dénuement, à la rareté, face à la souffrance et la détresse. Derrière ce masque de pragmatisme, cette apparence d’insensibilité, il y a probablement un profond sentiment de désaide, d’impuissance, de mal-être.

    Quand la faim, le dénuement et la misère ou simplement la peur de manquer poussent une partie de l’humanité à la prédation, à l’accumulation, à la violence, au chacun pour soi, à l’enfermement sur soi, il peut y arriver aussi qu’ils stimulent l’autre partie à l’ouverture, à la solidarité, à la fraternité, à l’ingéniosité ou une certaine débrouillardise.

     Face à la détresse des disciples et la faim bien réelle qui menace cette foule, Jésus invite à l’organisation, à la solidarité, au partage.

    Faites-les asseoir par groupes de cinquante. Commencez par partager le peu que vous avez, alors Dieu pourvoira au reste… Sa bénédiction vous accompagne, sa « main » est « posée » sur vous, c’est d’ailleurs elle qui vous permet d’être, qui vous permet d’exister.

     S’organiser, partager, c’est cela vivre en frères et en sœurs. C’est cela vivre en société, en communauté, à moins qu’il ne s’agisse d’une juxtaposition d’individus; c’est cela l’Église, dans le bon sens du terme. L’Eucharistie rassemble, fait l’Église et l’Église fait l’Eucharistie; vous connaissez la phrase, désormais classique.

    C’est à cette solidarité dans l’abondance comme dans le dénuement, c’est en vue d’elle, cette solidarité dans le bien, que nous sommes baptisés, c’est pour pouvoir la réaliser que nous sommes nourris du pain eucharistique. Repas pascal, communion à qui nous sommes et à ce que nous sommes appelés à être : corps du Christ; solidarité spirituelle mais aussi entraide matérielle. Entraide matérielle et solidarité spirituelle : deux pôles complémentaires pour traverser l’existence, cette vallée de larmes mais aussi de joies.

    Les premiers chrétiens, rapportent les Actes des Apôtres, mettaient tout en commun de sorte qu’entre eux personne ne se disait sien quoi que ce soit et par-dessus tout personne ne se trouvait dans le besoin.

    Distribution équitable, consommation responsable, raisonnée, versus accumulation frénétique, consumérisme, gaspillage compulsif.

    Le christianisme authentique n’est pas un culte de la misère…ni du gaspillage mais encore moins un s’enfermer chacun chez soi, dans son petit bonheur…solitaire, égoïste. Nous sommes fils et filles d’un Dieu créateur du Ciel et de la Terre avec tout ce qu’ils renferment, et toute cette richesse est à notre service, et donc pas seulement au service de quelques-uns qui se prendraient pour des privilégiés, qui dilapideraient et gaspilleraient : elle est au service de nous tous sans exception aucune. Nous sommes invités à un comportement raisonnable, nous organiser et rendre possible un partage équitable.

    À notre naissance, chacun de nous est déjà enfant de Dieu, mais par le baptême, nous reconnaissons, nos parents reconnaissent officiellement, symboliquement, et avec un certain réalisme, que nous sommes bel et bien enfants de Dieu, et souhaitent que nous soyons intégrés à cette grande famille : l’Église, corps mystique du Christ, avec le devoir de vivre cette communion, cette solidarité, ce partage dans la foi, l’espérance et la charité.

    Aujourd’hui fête du Corps et du Sang du Christ, prions pour le monde, pour qu’il y ait plus de solidarité, moins de gaspillage, moins d’égoïsme, plus de partage; prions pour les chrétiens, pour les efforts qu’ils font pour rendre ce monde plus humain, plus fraternel. Amen.

Fr. Jorel François op.

Lien avec la décoration florale du jour: Le véritable sens de l’Eucharistie…