Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Dimanche 14 juin 2020
Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Dt 8,2-3.14-16 ; Ps 147 ; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58
Prédication du frère Jorel François

Saint-Sacrement

Prenez et mangez, prenez et buvez… Ces paroles et les gestes qui les accompagnent sont de Jésus lui-même, et il demande aux apôtres de les refaire, de les redire en mémoire de lui. Gestes, paroles, dernière volonté, injonctions propres à Jésus, auxquels nous participons et communions, dans la mesure où nous aussi, envoyés comme les apôtres, nous sommes invités à faire comme Jésus a fait, et comme d’autres avant nous, à donner à manger, à nous donner aux autres, et refaire le « sacrifice » qu’il a fait pour chacun de nous, pour l’humanité entière. Corps broyé, sang versé pour la multitude… pour la rémission des péchés…

Dans les religions dites païennes, on mange et boit avec la statue qui rend présente la divinité, on offre des sacrifices de propitiation et de communion, et les réitère, mais jamais, fût-ce dans le cas de Dionysos/Bacchos dans le dionysisme ou l’orphisme ou de la déesse Mithra dans le mithriacisme, jamais il n’est question, jamais il ne s’agit de la chair, du sang du dieu en tant que tel mais de celui d’un bouc, d’un taureau…

Dans l’Ancien temps, les Hébreux ont mangé la manne. Dans les temps que voici, ce n’est plus la manne qui est donnée, mais la chair et le sang du Fils de l’homme : « vos pères ont mangé la manne et ils sont morts, mais la nourriture (bròsis) que je donne, c’est ma chair (sarks), et la boisson (pòsis) que je donne, c’est mon sang (aima). Ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson. Si quelqu’un en mange, si quelqu’un en boit, il ne verra pas la mort, ou même s’il meurt, il vivra ».

Vous comprenez, bien évidemment, que c’est de la mort spirituelle, éternelle dont il s’agit dans le cas où il est dit que celui qui mange le corps du Christ ne verra pas la mort, et dans celui où s’il meurt, il vivra, c’est de la mort biologique, naturelle et de la vie spirituelle, éternelle dont il s’agit… Jésus n’est donc pas en train de nier la réalité de la mort naturelle, mais affirme par-delà la mort biologique, naturelle l’existence d’une vie incorruptible, éternelle (aiònion).

Manger la chair, boire le sang de Jésus pour commencer à vivre de la vie qui n’aura pas de fin : affirmation scandaleuse face à laquelle se rebiffaient déjà ses contemporains. Affirmation qui, aujourd’hui encore, continue de faire scandale pour plus d’un. Mais à y bien regarder, c’est non seulement l’affirmation au sujet d’un sacrifice qui met fin aux autres sacrifices dont il s’agit, comme le rappelle d’ailleurs René Girard à la suite de Paul de Tarse, sacrifice fait une fois pour toute (hapax) dont il faut faire mémoire, mais encore d’un prolongement du mystère de l’incarnation.

Si nous croyons vraiment que l’enfant de Nazareth est fils de Dieu fait homme, alors nous pouvons tout aussi croire qu’il puisse, en tant que Dieu, se donner en nourriture et boisson, caché sous les espèces du pain et du vin.

Le Dieu en qui nous croyons n’est pas le Zeus des Grecs ni le Jupiter des Romains qui trônent au loin; il n’habite ni dans un Olympe ni dans les Nuées. Il est l’Emmanuel, le Dieu ami des hommes, qui fait route avec les hommes, qui épouse le vécu des hommes. C’est un Dieu incarné, compagnon de l’homme, qui non seulement mange et boit avec les hommes mais se donne en nourriture et boisson pour que les hommes aient en eux la vie. Et les hommes ne peuvent l’aimer, l’adorer qu’en aimant l’homme, qu’en s’engageant au côté de l’homme, pour faire en sorte qu’il y ait du pain et du vin pour tous les hommes, pour faire en sorte que la vie croisse et s’épanouisse…

Du pain supersubstantiel (epiousion cf. Mt 6,11 / Lc 11,3), du pain de vie, le pain des anges, lui, le Dieu de Jésus Christ s’en charge. Jésus nous enjoint de prier le Père pour qu’il nous le donne. Et en même temps, sans ambages, il nous a dit qu’il est ce pain de vie venu du ciel (Jn 6,51).

Demandons donc ce pain, et mangeons de la chair du fils de l’homme, et buvons de son sang répandu pour la vie du monde… et ainsi avoir en nous la vie éternelle. Amen.

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