Se mettre aux pieds de son prochain… de Fr Hervé Ponsot.

La Cène – Léonard de Vinci.

La-Cène-Leonard-de-Vinci

Jn 13, 1-15Jn 13, 1-15
French: Louis Segond (1910) - SEG

13 1 Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux. 2 Pendant le souper, lorsque le diable avait déjà inspiré au coeur de Judas Iscariot, fils de Simon, le dessein de le livrer, 3 Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu`il était venu de Dieu, et qu`il s`en allait à Dieu, 4 se leva de table, ôta ses vêtements, et prit un linge, dont il se ceignit. 5 Ensuite il versa de l`eau dans un bassin, et il se mit à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. 6 Il vint donc à Simon Pierre; et Pierre lui dit: Toi, Seigneur, tu me laves les pieds! 7 Jésus lui répondit: Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt. 8 Pierre lui dit: Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit: Si je ne te lave, tu n`auras point de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit: Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. 10 Jésus lui dit: Celui qui est lavé n`a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur; et vous êtes purs, mais non pas tous. 11 Car il connaissait celui qui le livrait; c`est pourquoi il dit: Vous n`êtes pas tous purs. 12 Après qu`il leur eut lavé les pieds, et qu`il eut pris ses vêtements, il se remit à table, et leur dit: Comprenez-vous ce que je vous ai fait? 13 Vous m`appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; 15 car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait.  

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« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Homélie de Fr Hervé Ponsot: Se mettre au pied de son prochain…

Version écrite uniquement.

   Frères et sœurs, vous le savez sans doute, la relation des événements du Jeudi-Saint, autrement dit de la Cène, n’est pas la même dans les évangiles synoptiques et chez saint Jean : Matthieu, Marc et Luc nous rapportent tous les trois l’institution de l’Eucharistie, ce dont se dispense totalement Jean qui propose le lavement des pieds. Comme on a du mal à croire que ce dernier, qui d’ailleurs écrit après tous les autres, ait pu être mal informé, force est de penser que son « écart » fut volontaire.

   Il y a sans doute une première raison, c’est que Jean évoque longuement le thème du pain de vie, et donc de l’Eucharistie, ailleurs dans son évangile, au chapitre 6. En voici un extrait qui recoupe clairement le fond du récit des autres évangélistes : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau ».

   Mais il existe sans doute une autre raison, cette volonté très johannique de compléter, si c’est nécessaire, l’information transmise par les évangiles synoptiques. Dans ces derniers, comme nous le rappelons à chaque messe, Jésus partage le pain et le vin en affirmant devant ses disciples que ce pain est son corps, que ce vin est son sang : ce partage vient non seulement en rappel, mais plus profondément en actualisation de sa mort et de sa résurrection que nous proclamons et dont nous vivons alors jusqu’à ce qu’il revienne. Bien sûr, par ce geste, Jésus invite ses disciples, et nous-mêmes donc, à agir semblablement, à marcher sur ses traces, à donner leur vie au risque de la perdre.

   La leçon est claire, mais elle n’est pas facilement imitable, hors le cas du martyre que bien des disciples ont connu et connaissent encore aujourd’hui dans la monde, y compris près de chez nous. Mais la question se pose pour les autres : quelle leçon pratique, s’il m’est permis de parler ainsi, tirer de cette Cène dont nous faisons mémoire le Jeudi-Saint ? Vous le comprenez sans doute, à cet égard, le récit de Jean est très clair et je le résume ainsi : si vous vous lavez les pieds les uns aux autres, avec tout ce que ce geste pouvait comporter de renversement des valeurs mondaines, y compris d’humiliation à cette époque comme la réaction de Pierre en témoigne, alors vous êtes en communion plénière avec Jésus lors de la Cène, alors vous suivez le Christ dans sa Passion et jusqu’à sa Résurrection.

   Le lavement des pieds est une réalité qui s’offre à nous tous les jours, à condition bien sûr, comme là encore Jésus l’indique à Jean, de la comprendre dans sa valeur tout à la fois symbolique et réelle : se mettre aux pieds de son prochain, à tout le moins à son niveau à lui, avec tout ce que cela implique ensuite. Rejoindre le prochain là où il est, non pour lui reprocher sa situation, mais pour l’accompagner dans cette situation.

   Je vous invite ce soir à méditer deux passages du Nouveau Testament qui évoquent une telle attitude. Le premier est celui du Bon Samaritain, dont chacun sait ou sent qu’il s’agit d’une figure de Jésus qui va au-devant du prochain, le relève, le soigne. Le deuxième passage se résume en une phrase de saint Paul dans la lettre aux Galates : « Par la charité, mettez-vous au service les uns des autres » (Ga 5,13Ga 5,13
French: Louis Segond (1910) - SEG

13 Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres.  

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).

Fr Hervé Ponsot op.

Lien vers la décoration florale du jour: Mon corps, mon sang…