Trois scènes de la vie de Jésus

7 février 2021
Cinquième dimanche du Temps Ordinaire, année B
Jb 7,1…7 ; Ps 146 (147a) ; 1 Co 9,16…23 ; Mc 1,29-39
Homélie du frère Joseph-Thomas Pini

La guérison de la belle-mère de Pierre – Enluminure sur parchemin, Codex de Hitda, vers 1020 – Darmstadt, Allemagne

Trois scènes brèves de la vie de Jésus : comme trois vignettes ou planches successives d’un illustré du catéchisme, « à l’ancienne », dans un continuum dramatique avec l’épisode du possédé de la synagogue de Capharnaüm, que nous avons entendu dimanche dernier. Trois moments qui ne sont cependant pas simplement juxtaposés, comme posés l’un à côté de l’autre par commodité. Car il y a entre eux une unité et une logique, au-delà de l’unité fondamentale de toute l’Écriture sainte.

Une progression dans le temps : de l’après-midi au soir et à la nuit, puis au petit matin et au jour. Séquence évocatrice, annonciatrice aussi de la Passion et de la Résurrection. Une cohérence dans les lieux : de la synagogue à une maison qui devient familière, par la réunion des premiers disciples appelés, que Jésus remplit de Sa présence et devant laquelle tous se pressent pour leur guérison une fois le sabbat terminé, à la solitude du cœur à cœur avec le Père, puis vers le monde. Ensemble qui parle de l’Église, constituée et rassemblée par le Christ, et vivifiée de Sa relation au Père et de la mission du Fils dans le monde. Des actes liés entre eux par le ministère de guérison et de libération de Jésus, et de proclamation de la Bonne nouvelle du salut pour le monde entier, ultime parole de l’amour miséricordieux de Dieu révélé. Ministère commencé par l’enseignement nouveau et d’autorité dont il était question précédemment, et par lequel le Christ commence toujours Ses guérisons, signes et miracles. Dans la belle-mère de Simon alitée, c’est en quelque sorte l’humanité blessée des origines, et aussi la première Alliance épuisée, que Jésus vient relever, réveiller (comme ressusciter), en la prenant par la main, et qui se met au service de Celui à qui tout la préparait. Au-delà, ce sont tous les hommes visités par Dieu, qui Le reconnaissent et sont guéris, alors que la puissance du mal est abattue et que prévaut la connaissance véritable de Dieu, dans la foi au Christ animée par la charité et à laquelle les démons ne peuvent accéder.

Tout est donc unifié entre ces trois tableaux, car ils forment un portrait : celui du Messie divin, le Fils unique de Dieu, le Verbe éternel venu dans le monde. Toutes les promesses de libération et de relèvement faites à Israël sont ainsi en train de s’accomplir en Jésus Christ, et le « programme » messianique se déroule, inattendu et déroutant sous sa forme, mais clair et inchangé depuis l’origine. Mais ceux qui reçoivent le Christ, la Parole, sont invités aussi à découvrir et réaliser que ce Messie n’est pas « seulement » de Dieu, mais qu’Il est Dieu et que, comme le proclame le prologue du quatrième Évangile, « en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn 1, 4). Cette vie qui est en Dieu, et qui est au principe et au terme de toute vie, par sa toute-puissance, vivifie toute la création, la maintient et la relève. Par sa pureté, sa simplicité, sa sainteté, qui excluent tout mal, elle repousse ce dernier et le soumet. Et l’Incarnation, la Passion et la mort du Christ, le prenant pour anéantir sa puissance, en font le lieu de la rédemption et du relèvement.

L’imploration de Job et, par sa voix, de tout homme et femme devant la souffrance, physique comme morale, a donc été entendu et elle ne cesse de l’être : « Seigneur, souviens-Toi ! ». Le poids écrasant de la souffrance et, derrière elle, du mal, au point de perdre le sens de la vie et l’intérêt de vivre, et de voir la nature humaine à ce point blessée, le Seigneur le prend sur Sa Croix, et c’est d’elle qu’Il relève et qu’Il triomphe du mal. Au cœur de l’angoisse, de la peine ou du désespoir, Dieu vient briller, éclairant un chemin et remettant sur la route où Il chemine en guide et compagnon. Au cœur de toute guérison, il y a à la fois une libération du mal qui, s’il ne disparaît pas, cesse d’être le maître ou d’y prétendre, et la toute-puissance de vie et d’amour inlassablement à la recherche de Son enfant depuis la chute d’Adam et irrésistiblement tourné vers lui pour le ramener à Lui-même.

A cette espérance finalement invincible qui nous est offerte dans la foi et par la charité, s’ajoute pour nous la mission lancée par l’invitation du Christ à Ses disciples : « Allons ailleurs », en réponse à leur relais de la question de tous ceux qui cherchent Dieu. L’élan créateur et sauveur de Dieu nous pousse et nous entraîne à la suite du Christ et à Son imitation. Tel est le sens des affirmations fortes de Paul, immenses et pourtant posées comme des évidences dans l’intelligence du mystère de Jésus Christ, dans lesquelles il donne, de manière bouleversante, le sens de toute sa vie, mais qui viennent et doivent venir bouleverser la nôtre, à nous qui sommes guéris et relevés, pour être donnés avec le Christ au monde qui attend en étant pour le monde Son visage, Sa voix, les collaborateurs de Son œuvre.

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