Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église

Prédication du frère Jorel François pour le 21e dimanche (Mt 16,13-20)

église de pierre

Sœurs et frères, l’évangile de ce dimanche invite, me semble-t-il, à réfléchir sur l’identité de Jésus et sur le rôle de Pierre dans l’Église. Qui est ce Jésus qui a voulu que la barque de son Église soit dirigée par un pêcheur qui n’a pas fait d’études spéciales, un ignorant, qui plus est, un traître, un renégat…?

Pour beaucoup de contemporains de Pierre, Jésus n’est autre que le fils du charpentier. Ils connaissent sa mère, ses tantes et peut-être ses oncles (après tout il devait peut-être en avoir). Ils connaissent ses frères et sœurs : ses cousins et cousines, et savaient où il habitait. De Nazareth, rétorqua Nathanaël, d’un air méprisant, peut-il sortir quelque chose de grand?

Tout le monde n’était peut-être pas de l’avis de Nathanaël ni de celui de ceux et celles qui ne voyaient en Jésus que le Nazaréen, le fils de Joseph, encore que ce n’est pas tout à fait du côté de sa famille immédiate qu’il faut regarder : ils ne croyaient pas en lui… D’autres, dépassant leur mépris et leur morgue, se sont même émerveillés face à certaines de ses actions. Ils se sont demandé s’il n’était pas Jean Baptiste, Élie, ou un autre prophète, tel Jérémie, ce prophète établi sur Israël pour couper et arracher, démolir et construire, et donc manifestement quelqu’un qui avait de l’autorité ?

Élie, c’était, lui aussi, un prophète extraordinaire en prodiges et qui, croyait-on, était monté au ciel dans un char de feu, devait revenir annoncer la venue du fils de l’homme. Aussi, Jésus lui-même laissait-il entendre que Jean-Baptiste, ce prophète qui ne mâchait pas ses mots, était cet Élie qui devait venir. Mais pour Hérode Antipas, on s’en souvient, un mort, c’est un mort : Jean, je l’ai fait décapiter, argumentait-il. Il n’est donc pas question que Jésus soit ni Jean, ni Élie, ni un autre prophète revenu du monde des morts. Alors, puisque la question est dans l’air : qui est-il donc ce Jésus qui soulève tant d’interrogations et de réponses, des réponses aussi contradictoires les unes que les autres ?

Le mérite de Pierre, nous avons écouté sa réponse, n’est pas tant d’avoir pu aller au-delà de l’humain, du visible que de s’être montré docile à l’Esprit : heureux (makarios) es-tu, Simon, fils de Jonas, pour n’avoir pas opposé de résistance à l’Esprit, pour t’être laissé pénétrer par la grâce et avoir eu le courage de reconnaître par-delà l’homme de Nazareth, le Dieu fait homme, celui devant qui tout genou doit fléchir, celui qui, en tout, doit avoir la primauté, celui qui, par-dessus tout, doit être honoré et servi.

Parce que Pierre a confessé tout cela, malgré les faiblesses qu’il avait déjà et d’autres qu’on lui connaîtra par la suite, le Fils de Dieu fait homme a fait de lui le fondement de l’Église – tous les Apôtres avec lui, mais d’abord et surtout lui. Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné. Jésus n’a pas retiré la confiance qu’il avait faite à Pierre malgré sa trahison, d’où la scène que l’on sait après la résurrection où Jésus par trois fois lui fait confesser encore son amour pour lui, pour l’Église et ses frères. Nouvelle confirmation pour ainsi dire de ce qui avait déjà été dit: « Simon, tu es Petros/Pierre, et sur cette petra/roche, je bâtirai mon Église.

La réalité de l’Église, comme malheureusement toute communauté humaine, nous la connaissons, dans ses tensions, dissensions et déchirures, mais force est de reconnaître que l’évangile entend ici rappeler qu’il n’y a pas d’Église solidement constituée si elle n’est fondée sur la confession messianique de Pierre. Il n’y a pas d’Église authentique en dehors d’un ferme attachement à Pierre. Le Christ a voulu que Pierre soit le chef visible de l’Église, malgré sa faiblesse, qu’il soit le chef des apôtres, malgré son ignorance.

Nous ne sommes solidement ancrés dans l’Église et sa tradition que si nous sommes dans le sillage de la foi de Pierre. La barque elle-même n’est l’Église de Jésus Christ que dans la mesure où Pierre est la figure visible qui en tient le gouvernail. On peut faire ce que l’on veut de tout cela mais il reste que c’est bien cela le sens obvie, manifeste, immédiat de cet extrait. Bien sûr la réalité de l’Église transcende ce qui se donne à voir dans la chair, bien sûr l’essentiel du christianisme est dans la charité, mais en même temps on ne peut pas non plus faire comme si tout le reste importait peu ou pas du tout.

Alors que des communautés chrétiennes foisonnent et évoluent parfois dans la désobéissance et, à l’intérieur même du catholicisme, dans l’irrespect du pasteur de Rome, des Églises qui ne sont peut-être pas l’Église parce qu’elles ne sont pas travaillées par la charité, parce qu’elles ne rassemblent pas avec le Christ, alors que les gourous pullulent de toute part, de véritables loups pour les âmes, et que l’incroyance elle-même se conforte en raison de nos contre-témoignages, prions les uns pour les autres, pour le triomphe de la foi catholique, de l’Église de Jésus Christ fondée sur la foi de Pierre. Amen.

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