Uniquement par amour. de Fr Denys Sibre

Chemin d'amour

Lc14 25-33
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il  ne peut pas être mon disciple. »

 

Enregistrement et texte de la prédication:  
   
Uniquement par amour…
Ce que nous venons d’entendre a de quoi nous faire trembler.
     Quelle audace, quelle exigence de la part de Jésus !
     Ce qu’il dit risque de jeter de l’ombre sur nos vies, nos projets, nos désirs, tout ce à quoi nous sommes attachés. Cependant ces mots de Jésus apparemment si durs demeurent un appel, comme une invitation. Finalement, ils ne révèlent leur joie profonde que lorsqu’on a fait le pas.
Avant tout rappelons-nous le contexte dans lequel Jésus nous parle :  Il est déjà depuis un certain temps sur la route qui le conduit à Jérusalem. Et sur cette route nous dit Saint-Luc, de grandes foules le suivent mais, dans l’euphorie des discours et des miracles savent-elles où mène la route ? Jésus qui marche devant, résolument, soudain se retourne comme pour arrêter cette promenade et mettre chacun devant les exigences de cette route.
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, son mari, ses enfants, ses frères, ses sœurs, ne peut être mon disciple ».
Au temps de Jésus, le disciple était autre chose qu’un élève. C’était un familier d’un Rabbi, d’un Maître, il partageait sa vie ordinairement calme, peut-être même dans la perspective d’être un jour honoré comme son Maître. Avec Jésus, il en est tout autrement. Parce que Jésus monte à Jérusalem, parce que Jésus monte en croix. Alors ceux qui veulent le suivre accepteront-ils de partager ce dénuement complet, qui exige l’abandon de tout avantage humain et le renoncement aux biens les plus chers ? Mais oui, ce n’est pas facile, ce n’est pas commode d’être disciple de Jésus. Que signifie donc aujourd’hui cette folle exigence de renoncer à tout pour lui ?
On ne peut répondre à une telle question que si on la place dans le registre de l’amour. Le choix du Christ n’est pas la conclusion d’une démarche rationnelle. Il n’est pas non plus le fait d’une crispation de la volonté. Il est amour et seulement amour. L’Évangile est clair là-dessus : « Celui qui aime un autre plus que moi n’est pas digne de moi ». Oui, c’est Jésus qui est à aimer avant tout et par-dessus tout. Ni père, ni mère, ni fils, ni fille, ni qui que ce soit ne saurait être aimé davantage que Jésus. Personne entre lui et nous, ou plutôt lui entre nous et les autres, mieux encore tous les autres désormais en lui. Tous tendrement aimés en lui. Tous merveilleusement aimés en lui. Ainsi, dans l’amour que nous avons pour Jésus, nos proches et nos moins proches sont découverts plus beaux que jamais. Comme illuminés par l’amour que nous avons pour Jésus.
     Préférer le Christ à son père, sa mère, ses enfants, c’est se rendre capable de les aimer autrement, d’un amour gratuit et désencombré des marques de possession ou d’égoïsme qui gouvernent -hélas !- trop souvent nos relations.
     Préférer le Christ à tout relève d’un choix qui ne peut se poser que dans la liberté et l’amour.
Eh bien voilà des exigences pour le moins teintées de folie !
Et comme si elles n’avaient pas encore compris, Jésus invite les foule – nous autres aussi parce que nous faisons partie de ces foules – à bien réfléchir avant de se décider pour lui.
Autrement dit, avant de s’engager à la suite de Jésus, il faut voir jusqu’où nous risquons d’aller. Au début, il peut y avoir un coup de foudre, une précipitation peut-être. Mais s’est-on assis pour faire le compte de ses possibilités ? A-t-on pris le temps de mesurer ses forces et ses faiblesses, comme celui qui bâtit une tour ou comme celui qui veut engager une armée ?
Lorsqu’il s’agit de suivre le Christ, il n’y a pas à concentrer des troupes, à sortir des trésors ou à gratter les fonds de tiroirs. Les conditions de l’engagement pour Jésus sont exactement à l’opposé. C’est se défaire, c’est laisser de côté ses avoirs, ses possessions, ses titres uniquement par amour. Suivre le Christ c’est finalement marcher à contre-courant. Quel risque prenons-nous à aimer le Christ par-dessus tout ? Celui d’être comblé ! L’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ le dit clairement : « Laisse le Christ entrer dans ta vie. Alors tu seras riche, il te suffira ».
Voici une nouvelle année scolaire qui commence…
Pour nous aussi chers frères et chères sœurs, l’essentiel c’est que chacun de nous prenne sa vie en main, son avenir, son destin pour les porter à leur achèvement, pour devenir ce à quoi il est appelé. Mais pour cela, il faut poser des fondations… Et si nous choisissions le Christ comme pierre angulaire de nos fondations !

Fr Denys SIBRE op.

Lien vers la liturgie florale du jour: Liberté

 

 

 

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