D’hier à aujourd’hui, un parcours humain et spirituel

Ce dimanche 7 juin 2026, le frère Hervé Ponsot a célébré un jubilé, autrement dit le 50e anniversaire de sa vie religieuse dominicaine. A cette occasion, il a livré un beau et émouvant témoignage, accompagné de nombreux remerciements.

Frères et sœurs, lequel d’entre les frères dominicains n’a pas entendu cinquante fois ou plus cette question : « faut-il vous appeler frère ou père ? » ? Chacun comprend qu’il s’agit de distinguer les prêtres de ceux qui ne le sont pas. Mais ce qui nous attache à notre vie religieuse n’est pas l’engagement sacerdotal, qui n’est d’ailleurs pas le fait de tous, le frère Fabien-Joseph ici présent peut en témoigner, mais l’engagement religieux, marqué par la première profession, un engagement qui est le fait de tous, frères, sœurs, laïcs. Cet engagement nous appelle à former une famille spirituelle ! La tradition dominicaine rapporte que saint Dominique n’a jamais voulu d’autre appellation que frère Dominique, et, lors du commencement du noviciat, le prieur provincial nous dit : « Tu t’appelais X, tu t’appelleras désormais frère X ». Je suis donc toujours et à jamais frère Hervé quoi qu’il en soit de mon sacerdoce.

Ce rappel vise à justifier l’importance de notre profession religieuse. A quelques jours près pour moi aujourd’hui, cet engagement a été prononcé il y a 50 ans. Nous étions trois, le 10 juin 1976, nous nous sommes suivis pendant quelques années. Mais le 1er janvier 2022, le frère Denis Foucher a rejoint le ciel, suivi par le frère Nicolas-Jean Séd le 8 octobre de cette même année. Année douloureuse, puisque j’ai failli moi aussi, en mai de cette même année 2022, passer l’arme à gauche pour cause d’anévrisme de l’aorte abdominale, détecté et soigné juste à temps : en étant avec vous ce soir, je me fais un peu l’effet d’un survivant ! Mais nous fûmes trois et le sommes encore, de manière différente bien sûr, pour cet anniversaire.

L’engagement dans la vie religieuse est d’abord le fruit d’un appel reçu du Seigneur Jésus sous des formes très variées. Pour ce qui me concerne, beaucoup dans cette assemblée le savent, je l’ai reçu le 8 décembre 1974, fête de l’Immaculée Conception, en entendant une voix qui m’a dit : « Entre chez les Dominicains ». Ce que j’ai fait trois semaines plus tard, pour retrouver les deux frères dont j’ai parlé, arrivés par d’autres chemins.

Je voudrais remercier tous ceux qui ont balisé ce chemin pour me conduire jusqu’à ce soir, au risque d’en oublier beaucoup : j’espère qu’ils me pardonneront. Ceux que je vais remercier en premier, ce sont mes parents, décédés il y a plus de vingt ans, et mes 4 frères et sœurs, dont deux sont ici ce soir, Marie-Dominique et Edith, mes deux frères n’ayant pu se libérer. Après eux, pour mes études secondaires, je ne peux oublier la marque des Oratoriens de St Erembert à St Germain en Laye, puis pour mes études supérieures les camarades de l’Ecole HEC, dont un représentant est là aussi ce soir.

Après eux, il m’est hélas ! impossible de mentionner tous les frères et sœurs dominicains qui ont jalonné ces cinquante ans. Ils m’ont offert la chance et la joie de remplir de très nombreuses et diverses responsabilités, et de voyager dans le monde lointain ou proche. Je pense aux dominicains des provinces de Toulouse et de France, à ceux de Jérusalem ou d’Haïti, aux sœurs contemplatives ou actives de nombreuses communautés, aux membres des fraternités laïques ou sacerdotales, et à tant d’autres.

Je voudrais encore mentionner et remercier tous les amis laïcs rencontrés du fait de mes apostolats : autrefois ceux des Equipes Notre Dame à Toulouse, des Conversations essentielles à Lille, des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens à Montpellier, aujourd’hui ceux de la maison Lazare, des résidences Hespérides ou Flaugergues ou de l’hôpital psychiatrique la Colombière. Je voudrais aussi évoquer ceux que l’on dit parfois fragiles, et qui n’ont jamais cessé de me toucher et de m’étonner. Je pense aux rencontres de porteurs de trisomie 21, dans des communications à distance, chez eux ou lors de la session des Bien-Aimés de Dieu à la Sainte Baume : Christian, Guillaume, Marie, Vianney, Antoine, j’arrête là une liste qui pourrait être bien plus longue.

Il me reste encore à faire un aveu parce qu’on ne le dit pas assez alors que saint Dominique en aurait lui-même témoigné pour sa propre vie : les amitiés féminines peuvent jouer un grand rôle spirituel dans une vie religieuse masculine. Merci donc à Evelyne, Elisabeth, Claire, Blandine, Servane, et beaucoup d’autres.

Avant de vous retrouver pour un buffet apéritif dans le jardin après la messe, je vous laisse en reprenant la phrase célèbre d’un de mes glorieux ancêtres de l’Ordre des Prêcheurs, le bienheureux Réginald d’Orléans : « Je n’ai aucun mérite à vivre dans cet Ordre car j’y ai toujours trouvé trop de joie ».

Grâces soient rendues à Jésus qui nous a rassemblés ce soir, et merci à tous pour votre venue et votre amitié.

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