Disciple, fais attention !

12 septembre 2021
24è dimanche du Temps Ordinaire, année B
Is 50,5-9a ; Ps 114 (116A) ; Jc 2,14-18 ; Mc 8,27-35
Homélie du frère Marie-Philippe Roussel


Faites attention ! Faites très attention ! En effet, notre attention disparaît ! Les études expliquent que les jeunes, habitués à zapper sur les écrans, à combler leur ennui par des informations multiples et passagères, perdent l’attention. Huit secondes disent certains ! Sachant que le poisson rouge en a neuf secondes, nous avons une bonne indication du niveau. Quel cauchemar pour les éducateurs ! Mais cauchemar aussi pour toute personne qui veut prier. Car l’attention, qui n’est pas la concentration studieuse, rugueuse, est cette qualité de l’orientation de l’intelligence. Celle-ci complète la chaleur du cœur dans son désir de communier à quelque chose d’extérieur à elle-même. Et la prière, faite d’attention, ne nous fait pas communier à quelque chose d’extérieur à nous-même, mais bien à quelqu’un, vivant et demeurant au plus intime de nous-mêmes. Et la voix de Dieu est si douce qu’elle semble éteinte tant que l’oreille écoute des milliers d’autres voix. Car elle n’est pas une voix qui s’impose. Mais c’est à elle que prête attention le disciple du Christ.

En effet, c’est l’attention qui nous permet de devenir disciples, des êtres de foi, c’est l’attention qui nous permet d’espérer.
En effet, il n’y a pas de profession de foi de Pierre, sans attention à la voix du Père, comme dit l’évangile de Matthieu. La volonté du Père est que nous croyions à son Fils ! L’Écriture le répète : Écoute, Israël ! Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! Dieu le rappelle sans cesse. Mettez-vous à mon école, apprenez-moi de moi. Comment apprendre de Jésus sans écouter ? Comment comprendre Jésus sans que cela nous soit révéler ? C’est la prière de toute l’Église qui, au début du premier office du matin, s’adresse à la création entière : Aujourd’hui, puissiez-vous écouter sa voix ! Mais que dit la voix du Père à Pierre, en nous ? Jésus est le Christ. Christos en grec. Messiar, Messie en hébreu. Celui qui était annoncé et attendu. Mais c’est un messie souffrant. Isaïe avait prédit sa naissance d’une vierge, il annonce qu’il vient descendre au cœur de la souffrance des hommes, de notre souffrance ! Il a présenté son dos à ceux qui le frappaient, ses joues, il a souffert insultes et crachats. Il n’est pas révolté, il ne s’est pas dérobé. Pour une raison : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. Oui, ceci est mon corps livré pour vous, mon sang versé pour vous et pour la multitude. Et dès que Jésus prépare ses disciples à la Passion, Pierre oublie d’écouter, il a oublié Isaïe. Il a oublié de renouveler sa profession de foi : tu es le Christ. Passe derrière moi Satan c’est-à-dire l’adversaire. Comme l’écrira saint Augustin. Devant moi, tu es un adversaire, derrière moi, tu es un disciple. Car si tu passes devant moi, tu cherches à modeler Dieu à ta façon, selon tes combines, et tu ne veux pas aimer de la façon dont je veux m’y prendre. Et à chaque fois que nous faisons la leçon à Dieu, c’est ce reproche amoureux qu’il nous fait : passe derrière, deviens mon disciple, ne cherche pas à être mon adversaire. Ainsi, le disciple n’est pas seulement celui qui professe que le Christ est le Messie, mais également qu’il a souffert pour nous, qu’il est ressuscité pour nous, qui envoie son Esprit en nous. Le disciple entend progressivement la voix du Père lui dire : celui-ci est le Messie, à la Transfiguration, celui-ci est mon Fils bien-aimé. Et Jésus avant la passion : je vous appelle mes amis. Jésus Ressuscité : je monte vers mon Père et votre Père. Et nous entendons, comme au moment de notre baptême : tu es ma fille, tu es mon fils bien-aimé. Faisons-nous attention à ce que Dieu nous dit par l’Évangile ? Prêtons-nous l’oreille à ce que Dieu dit dans l’Évangile de notre vie ?

© Jean-François Kieffer – 1000 images d’Évangile

Car l’attention n’est pas seulement condition de notre foi mais aussi elle nous découvre des motifs d’espérance. En effet, Jésus, tout en annonçant sa Passion, proclame sa résurrection future. A son Ascension, il annonce son retour. Jamais le Christ, dans la lumière de la foi par laquelle nous avançons dans un monde bien ténébreux, ne nous prive aussi de motif d’espérer. Et le fondement essentiel reste sa parole : je suis avec vous, tous les jours de votre vie. Car le Christ n’annonce pas seulement sa Passion mais aussi la nôtre. Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Il indique d’abord qu’il est présent, qu’il n’est pas un Dieu, comme le dit l’épître aux Hébreux, qui ne puisse compatir à nos souffrances. Et il nous révèle deux grandes indications qui structurent notre vie de disciple.

D’abord, que notre cœur habité par l’Esprit Saint n’a pas à suivre les modes, les circonstances, les personnes de ce temps. Si le Christ a rendu dur comme pierre son visage, c’est que l’extérieur n’as pas influencé son cœur divin qui offre l’humanité à son Père. De même, le cœur de disciple apprend à suivre le Christ dans le monde tel qu’il est, en appréciant ses qualités, en ne suivant pas ses erreurs. Que notre passion à la suite de Jésus est le lieu pour donner notre vie. Car ni nos angoisses, ni nos souffrances, ni nos péchés ne sont obstacles entre Dieu et nous mais un pont par lequel Dieu vient nous rejoindre.

Ensuite, nous nous rendons compte qu’être disciple fait de nous des Christ pour le monde. Que notre foi, comme l’exprime saint Jacques, nous conduit à aimer en actes et en vérité, en donnant pour apprendre à nous donner, que ce soit du temps, de l’attention, de l’argent, des paroles. Suivant ainsi l’exemple de saint François : là où il y a le doute, que je mette la foi. Là où il y a la ténèbre, que je mette l’espérance. Là où il y a la haine, que je mette l’amour. En saint Matthieu, Jésus ne reconnait pas comme disciples ceux qui n’agirent pas envers les autres comme leurs frères. Nous n’avons que cette vie, cette année peut-être, pour aimer, être généreux, pardonner, nous donner. Puisque Dieu nous aime, nous devons nous aimer les uns les autres. Puisque Dieu a donné sa vie pour nous, nous devons nous aussi donner notre vie pour nos frères. Prêtons attention à nos frères, à nos sœurs, plutôt qu’aux informations et au téléphone.
Mes frères, mes sœurs, puisque nous croyons que Jésus est Christ, redisons sans cesse dans notre cœur, dans notre prière : Jésus, tu es mon Seigneur, mon Sauveur, mon Dieu, mon amour. Une messe sans cette prière continuelle nous voit recevoir Jésus Ressuscité mais sans entrer dans son intimité. De même, il convient que notre vie parle et qu’à travers nos actes, nous exprimions : oui, je suis enfant de Dieu, oui, tu es mon frère, tu es ma sœur. Et que ce que nous voulons que les autres fassent pour nous, nous le fassions pour eux. Sans cela, nous ne rentrerons pas dans l’intimité de l’amour fraternel. Soyons cette année de meilleurs disciples du Seigneur, comme si tout en dépendait. En Lui seul, mettons notre foi et notre espérance, écoutons sa parole et mettons-la en pratique. Vous comme moi, n’ayons pas le Seigneur sur les lèvres et le monde dans le cœur, mais qu’en toute notre vie, que dans tous les aspects de notre vie, Il soit roi car il règne par l’amour, le Seigneur de l’Univers. Amen.

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