Le Crucifié, roc, source et terme de la foi

10 avril 2022
Dimanche des Rameaux, année C
Lc 19,28-40 ; Is 50,4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2,6-11 ; Lc 22,14 – 23,56
Homélie du frère Joseph-Thomas Pini



La Crucifixion – Fra Angelico – Couvent San Marco, Florence

« Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait hasardeuse et même erronée. » Alors que nous venons de dérouler, dans une dramaturgie intense et unique dans l’Ecriture, où le temps réel et le temps raconté coïncident le plus souvent, le rappel traditionnel au générique des fictions, en cette journée électorale majeure, n’est peut-être pas inutile. Il y aurait, en effet, à tout le moins un grand malentendu. Certes, un grand tableau humain, dépassant celui des plus grands moralistes, philosophes ou romanciers, nous est donné dans le récit de la Passion : la collection et l’agrégation des envies, des peurs, des colères, de la versatilité humaine, et les aveuglements et méfaits qui les accompagnent trop souvent sont impressionnantes et atteignent leur sommet. Mais il y aurait malentendu à ne lire dans les évènements dont nous avons entendu le récit qu’une histoire humaine, celle d’une tragédie répétée de l’enchaînement du mal, de la souffrance des justes et de la mort de l’innocent, histoire sans but car histoire sans fin. Un malentendu, il s’en trouve visiblement un autre : celui de la royauté du Christ. Il est abondamment question de roi et de royauté dans nos lectures du jour, mais tous, des disciples enthousiastes au Sanhédrin calculateur et aux Romains méfiants, se méprennent.

C’est que, pour lire et comprendre le récit de la Passion et de la mort du Seigneur Jésus, comme pour reconnaître Sa royauté où le Maître et Seigneur est serviteur et règne par l’amour, qui est juchée sur un ânon, supputée, raillée et caricaturée dans les interrogatoires et tortures qu’Il subit, voilée sous les traits défigurés du condamné à mort agonisant sur une croix, il faut le regard et la lumière de la foi. Non la seule connaissance des paroles de l’Écriture : les pharisiens et les prêtres l’ont et, alors que s’accomplit le dessein de Dieu, ils ne Le reconnaissent pas dans le Christ et Son œuvre. Les disciples, eux, réjouis par les signes et prodiges accomplis, s’éloigneront vite, eux qui acclamaient en reprenant pour même le chant même des anges dans la nuit de Bethléem, et il ne restera finalement que la mère de Jésus et quelques femmes fidèles. Les Romains, eux, sont extérieurs à la foi et, devant le trouble à l’ordre public impérial et des interrogations sur la vérité qu’ils jugent sans objet, s’en tiennent à la procédure. Hérode, lui, est en quelque sorte sorti de la foi, et scelle, par ses choix, la destinée de la royauté historique et terrestre en Israël. Il reste alors quelques autres personnages de l’imposante galerie des portraits. L’un est un condamné à mort crucifié aux côtés de Jésus, et lui, ne le proclame pas comme le Messie imaginé ni le roi échafaudé ou fantasmé, mais il Le confesse comme son Rédempteur, dans son humilité de pécheur et du cœur de sa souffrance. Ce bon larron, c’est lui qui, le seul dans les Évangiles, entend du Christ même l’assurance sans retard de la vie éternelle bienheureuse. Un autre est un officier romain, saisi par la mort de Jésus, et qui Le nomme en vérité, déjà engagé sur un chemin de foi. Il y a aussi Joseph d’Arimathie, qui va au-delà de de l’amitié.

Aux uns revient, aux autres manque le saut de confiance aimante devant le don de Dieu. Ce don au-delà de toute mesure et tout calcul humain : celui de Son propre Fils pour le salut du monde, celui de l’amour parfait du Fils pour le Père dans Son offrande, celui de Dieu pour les hommes. C’est cela que toute l’Écriture annonçait et croire au Dieu fidèle et vrai préparait à croire à l’Incarnation, puis à la Résurrection à travers la Passion dès lors que tout menait à la Sagesse éternelle où s’unissent vérité et amour, jusqu’à l’abaissement même de Dieu, jusqu’à ce mystérieux Serviteur de la prophétie d’Isaïe. C’est cela que les pierres même crieraient si les voix se taisaient. C’est désormais le Crucifié, Dieu Lui-même qui a pris chair de notre chair, mais qui passe par la souffrance et le sacrifice, c’est Lui qui détermine la foi en Dieu, et c’est Lui qui en est le fondement et le terme. En ces jours très saints, nous célébrons non seulement le mystère au cœur de notre foi, mais à sa source, et c’est le Christ qui nous la donne en même temps que Sa force, Lui qui établit par la Croix la relation complète et personnelle avec chacun de nous. Retrouvons et reconnaissons le visage de Dieu sur la face du Messie souffrant et victorieux, adorons et suivons notre Seigneur et Sauveur.

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