D’un oui évasif à un oui effectif

Prédication du frère Jean-Marc Gayraud le dimanche 27 septembre (Mt 21,28-32)

Il est deux ou trois « oui » ou « non » qui décident de toute une vie. Considérant le poids de ces engagements personnels, il est bon de les préparer, et puis de les entretenir, par ces mille petits « oui » ou « non » qui traversent toute la vie. Dire « oui » à quelque chose, c’est en même temps dire « non » à autre chose. Choisir, c’est, pour une part, renoncer. Et à l’heure du choix, un combat peut se livrer en nous. Des tensions contraires, voire contradictoires, nous traversent.

Le premier fils de notre évangile qui dit « non » à son père pour finalement se raviser, a livré ce combat intérieur. A la différence du second qui prononce un oui à la légère, mais non suivi d’effet. Ce fils prend la vie avec désinvolture et ne prend pas au sérieux l’appel de son père. Il ne rentre pas dans l’arène de sa vie, il reste sur les gradins, ou peut-être même est-il dehors, en train d’acheter des popcorns. Tout le contraire du premier fils qui revient sur son refus initial et prend conscience de ce que pouvait représenter cet appel de son père. Il en a même été bouleversé, considérant son refus initial. Il nous est émouvant de sincérité. Pour ce fils, le souci du père est passé avant le sien. Voilà un critère déterminant dans nos choix de vie, petits ou grands, devant Dieu et devant les hommes : est-ce qu’ils satisfont seulement mon petit ego ou bien est ce qu’ils me permettent d’aller au-delà de moi-même, vers les autres et vers Dieu ?

A propos du fils inconséquent, il est d’ailleurs significatif que le mot grec ici utilisé, et habituellement traduit par « oui », c’est : « ego ». Maitre-mot de notre culture narcissique ! Une culture qui ne nous aide pas beaucoup pour les engagements de la vie. Ce « oui » du fils qui ne passe pas à l’acte, qui se donne juste une belle apparence, a son équivalent contemporain sous la forme du : « smile and be happy ». Voilà l’incantation magique. Culture de l’image pour l’image.

Ce n’est pas pour rien que Jésus cite en exemple parmi ceux qui nous devancent dans le Royaume de Dieu, deux catégories sociales dont le déficit d’image est abyssal : les publicains et les prostituées. Au moins pour eux, ce n’est pas l’image narcissique qui sera un obstacle à l’accueil du Royaume de Dieu.

Comme souvent dans l’évangile de Matthieu, l’accent porte ici sur le faire. Ce qui compte pour ces deux fils, ce n’est pas ce qu’ils disent ou ce qu’ils montrent, c’est ce qu’ils font. Ce qui compte, ce n’est pas l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes, c’est la crédibilité de leur vie.

Crédibilité. Au dernier jour, il ne nous sera pas demandé si nous avons été comme ceci ou comme cela, croyants ou non, mais si nous avons été crédibles. Et le croyant porte une responsabilité encore plus grande devant Dieu et devant les hommes en fait de crédibilité. Tout homme est appelé à accorder dans sa vie parole et acte, image et vérité. Le croyant est appelé à conformer sa vie à sa foi. Et c’est toujours maintenant le moment de s’y mettre, en ce temps de la vie avant la mort.

Jésus reproche justement à ses interlocuteurs de ne même pas se repentir, je cite : « au dernier moment ». Il y a donc de la marge. Tout comme il y a urgence. Si vous avez quelque doute en ce moment sur la crédibilité de votre vie, Dieu vous donne la grâce d’entendre cet évangile et, apparemment, ce n’est pas encore pour vous le dernier moment. Il est encore temps de conformer sa vie à sa foi, à la raison pour laquelle vous êtes dans cette église. Il est temps de passer d’un « oui » évasif à un « oui » effectif. Qui d’ailleurs ne se sentirait pas concerné personnellement par cet avertissement, par cet appel pressant de l’évangile de ce jour ? Je laisse donc chacun avec cette seule question : que fais-tu concrètement pour répondre à l’appel de Seigneur sur ta vie, en dehors du cosmétique et du verbiage habituels ? Oui, que fais-tu ?

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