Beaucoup de gens s’imaginent qu’il doit y avoir un lien entre faute et châtiment alors que beaucoup d’exemples dans le monde laissent comprendre que ce n’est pas nécessairement le cas. Déjà le livre de Job plaidait contre cette vision naïve et facile qui consiste à trouver un ou plusieurs coupables face aux malheurs qui nous accablent. Les amis de Job venus pour le consoler sont persuadés qu’il doit y avoir une faute cachée à l’origine de sa souffrance. Job se rebiffe, s’insurge, se révolte, mais rien n’est fait. Cette théologie, qui a la dent dure, reste encore bien vivante au temps de Jésus, et continue aujourd’hui encore de faire son chemin dans le monde.
Et ceux qui la véhiculent, la promeuvent, et la perpétuent n’ont pas complètement tort. Ne lit-on pas, dans le livre de l’Exode: je suis un Dieu jaloux qui punit la faute des pères sur leurs fils jusqu’à trois ou quatre générations pour ceux qui me haïssent, mais qui fait grâce à des milliers pour ceux qui m’aiment et qui observent mes commandements (Ex 20, 5-6) ? ou encore en Ézéchiel: les parents ont mangé des raisins verts et les fils en ont les dents agacés (Ez 18, 2; cf. Jr 31, 29)? n’était-il pas possible de faire mourir le père pour le fils ou le fils pour le père avant d’en venir à la responsabilité individuelle, personnelle (Dt 24, 16; cf. Lm 5, 7; Jb 21, 19) ? Dès lors si tel enfant naissait avec une affliction, s’il souffrait de quelque déficience, n’était-il pas légitime se demander si c’est lui qui a péché ou quelqu’un de sa race?
Aucune empathie, aucun effort de la part de ceux qui sont barricadés derrière leur bonne conscience, aucune main tendue pour essayer de voir comment aider l’autre à se tirer de cette mauvaise passe. C’est donc bien fait pour lui, il a ce qu’il mérite, c’est la faute d’un des siens qu’il expie, ou peut-être même sa propre faute.
Jésus s’inscrit en faux contre cette vision réductrice et affirme qu’il n’y a pas nécessairement un lien entre châtiment et faute, entre malheur et péché. Des méchants peuvent tout à fait mener une vie heureuse alors que des innocents souffrent injustement.
Les personnes tuées par l’effondrement de la tour de Siloé étaient-elles plus coupables que les rescapés (Lc 13, 4) ? qu’est-ce qui fait qu’on est touché par la catastrophe, qu’on en est victime, alors que d’autres en sortent tout à fait indemnes?
Alors que certains ergotent sur l’origine de la souffrance et du mal, Jésus, lui, s’engage à nos côtés, prend sur lui nos souffrances et nos maux. Renouant avec les gestes fondateurs de la genèse, il fait de la boue, oint les yeux de l’aveugle et le guérit. Il lui rend sa dignité de fils de Dieu, qui mérite en tant que tel une certaine qualité de vie.
N’est-ce donc pas pour cela même que Jésus est venu : faire découvrir un Dieu proche et ami du genre humain, démasquer les obscurités et les ténèbres du monde, faire en sorte que les aveugles voient, à moins qu’ils refusent de s’ouvrir à la bonne nouvelle, et s’enferment obstinément dans leur aveuglement de cœur ?
[Lien pour l’image du santon : https://www.santonsmayans.fr/personnages-9-cm-/1238-l-aveugle-et-son-fils.html]