Lazare, sors du tombeau

Homélie du frère Marie-Philippe Roussel le dimanche 22 mars 2026.
5e dimanche de Carême, année A, résurrection de Lazare.

Péché et mort ! Deux mots peu employés, deux mots cachés, un peu secrets, comme si ne pas les évoquer en faisait disparaître la réalité. Ces deux sœurs pourtant s’instillent dans ce monde, dans les cœurs, épouvantent les uns et provoquent une certaine fascination chez les autres. Caïphe, le grand-prêtre qui condamnera Jésus au matin du Vendredi Saint n’est-il pas soumis à cette fascination lorsque, juste après la résurrection de Lazare, il sort cette formule prophétique : « il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que celui-ci périsse. » Meurtrier dans l’âme avant de l’être en acte, à l’exemple de nos assassins modernes en costard-cravate ou en turban : ne faut-il pas que ceux-ci, que ceux-là meurent plutôt que de nous accommoder de leurs existences ? Aujourd’hui s’incarne de manière prononcée cette vérité écrite par saint Paul : « la mort est le salaire du péché. »


La mort et le péché participent à la même filiation en trois héritages qui viennent du démon, père du mensonge.
Tout d’abord, ils ne sont pas voulus initialement. L’homme n’est pas fait pour la mort, ressentie comme une profonde injustice par tout notre être. La mort ne provoque pas seulement de la tristesse mais aussi de la colère. Lorsque Jésus est troublé, c’est qu’il est rempli de colère devant le tombeau de Lazare. La liberté humaine n’est pas faite non plus pour le péché mais pour se diriger par elle-même vers ce qui est véritablement bon et meilleur. La liberté n’est pas le choix entre faire le bien ou le mal comme si une capacité pouvait se définir par son imperfection, comme si la vue se définissait par cette faculté de voir ou de ne pas voir. La liberté n’est pas faite pour le péché comme notre ouïe n’est pas faite pour les acouphènes.


Ensuite, la mort et le péché produisent un effet similaire : la séparation. Par la mort, l’âme se sépare violemment du corps, elle se retrouve mutilée sans elle, elle réclame son corps qui est le sien. Par le péché, l’âme se sépare de Dieu, elle se retrouve sans vie véritable sans Lui, elle réclame sa miséricorde et la communion qui en résulte.


Enfin, les deux produisent des conséquences désastreuses : tristesse, découragement. L’homme peut être entrainé dans la folie du péché, s’y donner sans relâche, le péché appelant le péché, comme dans une folie meurtrière où le sang appelle le sang.
Voilà une dynamique de ce monde sans laquelle l’histoire est incomplète car elle est d’abord une histoire spirituelle, dynamique qui semble vaincre encore et encore.
Dans ces ténèbres, la lumière a surgi, un sauveur nous est né. Il a vaincu le démon et les tentations pour nous, il détruit les péchés dans les cœurs contrits et il s’avance vers la mort qui semble désormais chanceler. Avec Lui, le péché et la mort perdront encore et encore. Par son Esprit, notre âme passe de la mort à la vie, du péché à la grâce, du doute à la foi, du désespoir à l’espérance, de la violence à la charité.

En cet évangile, Jésus nous montre son amour, sa puissance et ce qu’est la vraie vie.
Son amour. Son déplacement aurait pu lui coûter la vie, ce que Thomas assume totalement : mourons avec Lui. Sa démarche exprime ce qu’il vivra au Calvaire : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Lazare est son ami, celui qu’il aime. Ses pleurs en témoignent, son âme est bouleversée. A chaque chute, à chaque souffrance, le Christ est bouleversé : nous sommes son ami qu’il veut faire sortir du tombeau, son ami qu’il veut arracher au pouvoir du néant, son ami qui crie des profondeurs, demandant la grâce et le rachat que nul autre que Dieu ne peut donner.


Sa puissance. Le Christ aurait pu sauver Lazare de loin. En faisant sienne la volonté du Père qui accède à la demande de son Fils de redonner vie à Lazare, il manifeste que sa puissance de vie vient chercher personnellement toux ceux qui sont au pouvoir de la mort, Lazare, les justes et les âmes des hommes depuis le début de l’humanité. Pas de loin mais personnellement. Quatre jours, quatre siècles, qu’importe le temps pour Lui. Sa puissance est éternelle.


Sa vie. La vraie vie est une personne, est être avec une personne, Jésus Christ, le Fils unique du Père. Ce n’est pas une idée, un concept, un rêve. Sa présence nous révèle la vérité des choses, comme l’écrit André Frossard en décrivant sa conversion devant le Christ eucharistique :
« Son irruption déferlante, plénière, s’accompagne d’une joie qui n’est autre que l’exultation du sauvé, la joie du naufragé recueilli à temps, avec cette différence toutefois que c’est au moment où je suis hissé vers le salut que je prends conscience de la boue dans laquelle j’étais sans le savoir englouti, et je me demande, me voyant par elle encore saisi à mi-corps, comment j’ai pu y vivre, et y respirer (…).”

A nous de faire l’expérience du Christ, de nous laisser guider par ses sacrements, le baptême pour les catéchumènes, la confession « second baptême » pour tous les baptisés, par l’eucharistie sans laquelle nous ne pouvons avoir la vie éternelle et par laquelle nous avons un avant-goût du Ciel, de cette communion plénière avec la Vie parfaite, la Sagesse parfaite, l’Amour parfait, de cette communion avec Dieu, Père, Fils et saint Esprit. Que le péché et la mort disparaissent de nos cœurs, que nous répondions par la grâce et l’amour. Amen.

 

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