La victoire du Ressuscité

Un combat a eu lieu. Deux adversaires, deux ennemis même, se sont battus à mort lors du Vendredi Saint. Qui étaient ces combattants ? D’un côté, Jésus, le Fils éternel de Dieu, le roi de l’univers, sans qui rien n’existe, qui a pris notre chair dans le temps. Face à lui, le Diable et ses anges, créés par Dieu et aimés de lui, destinés à partager sa gloire, mais qui ont préféré se révolter contre la souveraineté divine, quand bien même cela revenait à se couper de la source de leur vie. Comme le chante la séquence pascale : mors et vita duello conflixere mirando ; « la mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux ».

Qui est sorti vainqueur de ce combat ? Sur la croix, Jésus est mort. Ceux qui, par jalousie, ont obtenu sa condamnation par Pilate, sont parvenus à leurs fins. Rappelez-vous leur raisonnement, après la résurrection de Lazare par Jésus : « Qu’allons-nous faire ? Cet homme accomplit un grand nombre de signes. Si nous le laissons faire, tout le monde va croire en lui, et les Romains viendront détruire notre Lieu saint et notre nation » (Jn 11,47-48). Derrière la lourde pierre du tombeau où on l’a déposé, Jésus semble désormais hors d’état de susciter la foi des foules.

De fait, les foules ne le verront plus. Il ne se montrera plus à tous, comme il l’a fait durant quelques années, sur les routes, dans les villes et les villages. C’est pourquoi il est facile de croire que Jésus est mort, comme tout le monde, et que son histoire se serait arrêtée là.

Pourtant, ce n’est pas ce qu’affirme l’Évangile que nous venons d’entendre. Les deux disciples d’Emmaüs font partie des nombreux témoins qui nous affirment que Jésus est vivant. Dans l’explication biblique qu’il leur a donnée, peut-être a-t-il cité, comme le fera S. Pierre le jour de la Pentecôte, la prophétie du psaume 15 : « tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption ». Si Jésus est passé par la mort, ce n’est pas pour y rester, mais au contraire pour en faire revenir tous ceux qui étaient sous le pouvoir de la mort, non seulement corporelle mais spirituelle. La mort spirituelle, c’est l’état d’opposition à Dieu, la désobéissance à notre Créateur et Père, en un mot le péché. Comme le dira S. Paul (Rm 6,23) : « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

Le don gratuit de la vie éternelle ; demandons au Seigneur la grâce de prendre autant que possible la mesure de ce don, et de comprendre ce qu’il en a coûté au Christ Jésus de nous l’accorder. Pour nous donner la vie, il a offert la sienne. Malgré son apparente défaite au Golgotha, en réalité c’est lui le grand vainqueur de cette terrible bataille, car il est resté jusqu’au bout fidèle à son Père, « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2,8). Sa victoire est celle de l’amour, c’est la victoire du OUI à Dieu au lieu de la révolte contre lui, la victoire du bien sur le mal. Oui, malgré certaines apparences, le bien est plus fort que le mal (cf. Rm 12,21) ; cette parole de foi est l’une des premières que le pape Léon a prononcées face au monde après son élection : « le mal ne l’emportera pas ». Ce qui l’emportera, c’est le Royaume de Dieu ; bien qu’il ne soit pas de ce monde, ce Royaume est bel et bien réel, tellement réel qu’il demeurera alors même que tous les royaumes créés auront disparu. Dans l’accomplissement de toutes choses, au moment que le Seigneur a fixé par son autorité souveraine, tout genou fléchira au nom de Jésus, au ciel, sur terre et aux enfers, et toute langue proclamera : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. (cf. Ph 2,10-11).

Oui, un jour viendra où il ne sera plus possible à personne de nier la souveraineté du Christ sur toutes choses ; cependant, cela ne signifie nullement que l’entrée dans son Royaume serait automatique. Par le sacrifice de sa vie, Jésus nous a ouvert la porte du Ciel ; il nous reste à y entrer ; attention : cette porte est étroite ! C’est Jésus lui-même qui nous le dit aussi (cf. Mt 7,13-14 ; Lc 13,23-24). Il ne suffit donc pas de l’appeler en lui disant « Seigneur ! Seigneur ! » : il est aussi nécessaire de mener notre existence selon sa volonté, de suivre son exemple (cf. Mt 7,21). Il s’agit d’abord de reconnaître que nous avons besoin de cet amour qu’il nous donne sans condition et qui porte le beau nom de charité ; il s’agit aussi de lui rendre amour pour amour, et également de nous aimer les uns les autres comme lui-même nous a aimés, même si cela est exigeant. C’est ainsi que nous accomplissons la mission exaltante de faire reculer l’empire du mal, avec la grâce de Dieu.

Cette mission serait impossible si Jésus lui-même ne venait renouveler notre être. Ce renouvellement est réalisé par le sacrement du baptême, dont Jésus a parlé au sage Nicodème en ces termes : « Il vous faut naître d’en haut » (cf. Jn 3,5s). Le baptême que nous avons reçu nous a fait naître à une vie nouvelle qui n’est rien moins que la vie surnaturelle du Ressuscité. La date de notre baptême est encore plus importante à connaître que celle de notre naissance en ce monde. Rendons grâces au Seigneur pour ce don inestimable ; puissions-nous vivre de sa vie jour après jour et marcher ainsi vers son Royaume !

 

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