Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu

Sœurs et frères, l’évangile est, comme toujours, d’une densité telle qu’il faut, quand il faut en parler, s’accrocher à un ou deux éléments et les creuser autant que possible, et revenir peut-être sur tel ou tel autre élément ou aspect en une autre occasion. Arrêtons-nous alors sur le sort qui est ici fait à Thomas.

L’extrait que nous venons de proclamer charge visiblement Thomas des doutes que pouvaient éprouver les Apôtres face au constat du tombeau vide. Thomas se charge ici non seulement des doutes de ces derniers, mais encore de nos propres doutes de chrétiens d’hier et d’aujourd’hui. Les autres évangélistes, Matthieu, Marc et Luc ne précisent pas qui exactement parmi les apôtres a douté; ils ne personnalisent pas comme l’a fait Jean précisément parce que tous, en réalité, ont douté; tous ont été lents à croire. Faut-il évoquer à ce propos ce que rapporte Marc par exemple?

Le premier jour de la semaine, après le constat du tombeau vide, mission est donnée aux femmes (Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé) d’aller en parler aux apôtres, mais terrifiées, celles-ci n’en disent rien (Mc 16, 1-8). Suite à ce premier passage, on peut lire aussi : Jésus apparut d’abord à Marie-Madeleine, qui alla en parler aux apôtres qui ne la crurent pas (Mc 16, 9-11). Voilà qui contredit en quelque sorte le silence des femmes.

Mais l’évangéliste continue : plus tard dans la journée, Jésus se manifesta à deux qui partaient de Jérusalem : comprendre alors qu’il s’agit des disciples d’Emmaus. Ces derniers revinrent en parler aux Onze, qui ne les crurent pas non plus. Puis Jésus se manifesta aux Onze, alors qu’ils étaient à table, il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas croire (Mc 16, 12-14).

Il est intéressant de noter que Jésus les envoie quand même annoncer la bonne nouvelle : allez dans le monde entier, leur dit-il, proclamer la bonne nouvelle. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné (Mc 16, 15-16).

Sous la plume de Jean, la situation est présentée un peu différemment : le manque de foi des apôtres est pratiquement mis uniquement sur le compte de Thomas. Au groupe des Onze qui lui dit : « nous avons vu le Seigneur », Thomas réplique : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non je ne croirai pas ».

Il est aussi intéressant de noter que les apôtres ont littéralement dit à Thomas : « nous avons vu le Seigneur », exactement ce que leur disait déjà Marie Madeleine à la suite de ce qu’elle a vécu dans le Jardin après la vision des deux personnes de blanc vêtues et de l’homme qu’elle avait pris en un premier temps pour le jardinier, et donc le gardien du cimetière en quelque sorte (Jn 20, 18). C’est une façon d’inviter à voir, me semble-t-il, avec les yeux de la foi, et non simplement avec les yeux de la chair, ce qui explique d’ailleurs que certains voient quand d’autres, pas du tout.

On se souvient : Jésus est venu pour que ceux qui voient ne voient pas et que ceux qui ne voient pas voient (cf. Jn 9,39). C’est exactement face à cette situation que nous nous trouvons, me semble-t-il, quand il est dit, dans les évangiles comme dans les Actes des Apôtres par exemple, que Jésus apparaissait seulement à quelques personnes et pas à tout le monde. Car il s’agit, pour le voir, d’entrer dans une démarche de foi, d’aller au-delà de ce que les yeux de la chair peuvent voir, et avec Thomas, de reconnaître Jésus, qui n’est plus dans la tombe, comme étant notre Seigneur et notre Dieu.

Mais avant d’en venir à cette dimension, Thomas, lui, et peut-être comme beaucoup d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, est encore dans le « voir pour croire » (Jn 20, 8.18) alors que Jésus, lui, dissocie les deux actions que beaucoup pensent encore nécessaires comme si elles étaient complémentaires. Mais est-on encore dans la foi quand on a vu…?

L’épître de Pierre rappelle que c’est sans l’avoir vu que nous l’aimons (1 P 1, 8-9). Et Jésus, de son côté, de proclamer bienheureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20, 29).

 

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