La grâce donnée à tous

12 juillet 2026 – 15e dimanche du T.O., année A
Is 55,10-11 ; Ps 64 (65) ; Rm 8,18-23 ; Mt 13,1-23
Homélie du frère Jorel François


Je sais que « tu es un homme dur, qui moissonnes là où tu n’as pas semé, qui ramasses là où tu n’as pas répandu le grain… » (Mt 25, 24-25).
Nous avons tous en mémoire, je pense, ces mots évoqués par l’homme qui avait caché le talent qu’il avait reçu pour s’excuser de l’avoir enfoui, de ne pas l’avoir fait travailler, et donc d’avoir été paresseux. Nous sommes d’ailleurs, dans l’évangile selon Saint Matthieu à deux doigts de la parabole du « jugement dernier » (Mt 25, 31-46), qui insiste non sur les actes de piété religieuse en tant que tels, mais sur la charité dont chacun aura fait preuve pour son prochain pendant son existence. Et la parabole du semeur, qui vient bien avant (cf. Mt 13), montre la fausseté du jugement porté par cet homme sur le Maître de toute chose, lui qui distribue les talents comme il sème le grain.
Contrairement à la parabole du semeur, la première d’une séquence de sept paraboles qui composent ce chapitre treizième, celle des talents et du jugement dernier sont propres à Matthieu, elles ne sont pas rapportées par les deux autres synoptiques ni par Jean.
Il y aurait sans doute beaucoup à commenter à propos de cette parabole, fût-ce commenter les interprétations faites par Jésus, mais puisqu’on ne peut pas tout dire, et surtout puisqu’il faut faire court (il fait chaud!), soulignons tout simplement la générosité de ce jardinier qui sème sans discriminer les terrains. Il sème à tout vent, sans calcul, sans mesquinerie. Chaque terrain en reçoit en fonction de sa situation, conserve la semence, la fait pousser, et porter du fruit ou pas, non en fonction de la semence, qui est nécessairement bonne, mais en fonction de l’état même du terrain qui la reçoit, et qui la porte.
Les dons de Dieu, et donc comprenons la grâce, sont donnés à tout le monde, pareillement, sans distinction. À chacun il incombe de les recevoir ou pas, de les faire fructifier ou pas. Dieu est tel qu’il respecte l’homme. Il sollicite, mais ne bouscule pas, ne violente pas. Il mise sur l’homme et attend que celui-ci s’ouvre à son invitation ou pas, pour collaborer à son œuvre de rédemption ou pas.
Il y a pourtant une peur bleue chez beaucoup de théologiens dogmatiques et moralistes d’insister sur la collaboration de l’homme au bien qui est réalisé dans le monde, dans la vie même de l’homme et des autres… Ils se plaisent à soutenir que tout le bien vient de Dieu et tout le mal, de l’homme – comme si l’homme n’était libre que dans le mal et enchaîné, quand il s’agit de faire le bien. Tout cela parce qu’un courant appelé pélagianisme a été décrété non conforme à la doctrine de l’Église autour du 5e siècle en raison de l’expérience personnelle de saint Augustin. L’évangile ne se donne vraisemblablement pas autant de précaution. Il y va droit. Ce qui, pour lui, importe avant tout, c’est l’homme, le salut de l’homme et non les formules et les anathèmes.
Dieu sème à tout vent. Il est le Dieu de l’Incarnation, le Dieu de la médiation, le Dieu qui fait confiance à l’homme, pour que l’homme s’ouvre à la semence de charité, au Verbe, le fasse fructifier et porter des fruits de justice, de miséricorde, de bonté, de salut… (cf. Ga 5, 22).
Certes Dieu est le dispensateur de tous les biens, il en est la source. Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu? mais en même temps, l’homme ne peut-il pas faire obstinément obstacle au bien que Dieu veut réaliser en lui, dans le monde et dans les autres, tout comme ne peut-il pas tout à fait y collaborer?
La grâce est donnée à tous, et c’est chaque homme qui est prédestiné au royaume. À chacun de collaborer à ce salut gratuit donné par Dieu.

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