5 juillet 2026 – 14e dimanche du T.O., année A
Za 9,9-10 ; Ps 144 (145) ; Rm 8,9.11-13 ; Mt 11,25-30
Homélie du frère Arnaud Blunat
Ce qui était prévisible s’est bien réalisé. Le 1er juillet dernier, une partie des catholiques a décidé de quitter l’Église. Le sacre de nouveaux évêques sans l’accord du pape a signé la rupture définitive des intégristes avec la communion ecclésiale.
Ce qui est à la base de cette rupture, c’est le refus de reconnaître le concile Vatican II et par là-même, l’enfermement dans une conception figée de la tradition de l’Église.
À entendre les textes de ce jour, je me dis que nous ne lisons pas la Parole de Dieu de la même façon. Jésus ne s’est pas présenté comme un Messie triomphant, un roi tout puissant, drapé de dorures, brandissant le sabre pour chasser ses ennemis.
Il s’est au contraire manifesté toujours proche des plus petits, ami des pauvres, pauvre parmi les pauvres.
Lorsqu’il est monté à Jérusalem, Jésus a accompli les prophéties de l’ancienne alliance, en particulier celle de Zacharie que nous avons entendue en 1re lecture :
« Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune ».
Mais en quoi est-il victorieux ? Ce n’est pas par les armes qu’il a vaincu ses ennemis mais par son allure simple et modeste, son obéissance au Père, sa parole à la fois douce et forte. Les évangiles citent ce passage de Zacharie lorsqu’ils évoquent l’arrivée de Jésus à Jérusalem à l’approche de la Pâque. C’est l’évangile que nous lisons lors de la fête des Rameaux. Les foules de Jérusalem ne s’y sont pas trompées. Elles ont ainsi reconnu que Jésus ne pouvait être que le vrai messie d’Israël. Mais il a fallu la jalousie des autorités religieuses, la perversité des notables, pour retourner la foule et faire condamner le juste.
L’évangile de S. Matthieu que nous lisons aujourd’hui confirme en tout point ce portrait de Jésus.
Jésus commence par rendre grâce à son Père :
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits. Oui, Père tu l’as voulu ainsi dans ta bonté ».
Jésus nous révèle ainsi que Dieu est Amour, qu’il porte une attention particulière aux petits et aux faibles. Les petits, ce sont ceux qu’on laisse de côté, qu’on oublie trop souvent encore aujourd’hui.
Il est intéressant de voir combien notre société d’aujourd’hui a pu être marquée par ces paroles. Pendant des siècles, l’Église a réalisé une œuvre de soin, d’attention, de prise en charge des malades, des pauvres, des handicapés, des prisonniers. La société civile a voulu prendre le relais, mais l’Église continue de son côté ce qu’elle a toujours su faire avec sa riche expérience.
On ne pourra pas oublier l’héritage dont notre monde moderne est redevable.
Jésus poursuit en apportant à ses auditeurs un éclairage sur son propre mystère, le mystère qui l’unit au Père :
« Tout m’a été confié par mon Père. Personne ne connaît le Fils sinon le Père et personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler »
Nous comprenons par là que Jésus est bien plus qu’un sage, un homme inspiré, ou même un prophète. Il manifeste vraiment qu’il est Dieu en personne.
S’il agit pour l’amour de l’humanité, c’est pour la sauver de la mort et pour la conduire jusqu’auprès de son Père.
Or ce sont les plus pauvres qui en sont les premiers bénéficiaires, parce qu’ils sont les préférés de Dieu, et cela, reconnaissons-le, défie la raison, l’entendement des savants et des intelligents.
La suite du texte est tout aussi intéressante.
Jésus s’adresse à ceux qui souffrent et n’en peuvent plus. Il leur propose non pas de porter leur souffrance à leur place, mais de la porter avec eux. Il les associe même à la souffrance qu’il est venu porter pour le salut du monde.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples ».
Ce joug fait penser à la pièce de bois que l’on plaçait entre deux bœufs pour qu’ils tirent ensemble une lourde charrette en répartissant la charge.
Pour un juif, le joug, c’est la Torah, les commandements et les préceptes que Dieu donne pour faire sa volonté et trouver le bonheur.
Pour Jésus, ce joug, c’est sa mission que lui a confiée son Père. C’est l’annonce du Salut, de cette libération que Dieu veut pour tout homme et à laquelle il nous associe.
En faisant route avec nous, Jésus nous montre que ce salut ne peut être obtenu qu’en nous engageant à sa suite, en devenant ses disciples.
Mais ce joug n’est pas comme celui des pharisiens, des gens raides, rigides, attachés aux règles strictes, aux préceptes tatillons. Ce joug, c’est la loi d’amour que Jésus nous a montrée par l’ouverture de son cœur, par sa capacité à s’ajuster à chaque personne, à chaque situation, prenant le temps d’écouter, d’accueillir, de consoler.
Porter ce joug est alors facile, ce fardeau est léger comme il le dit, car il est profondément libérateur. Quand on a Jésus en soi, alors nous pouvons déjà, au milieu des difficultés et des épreuves, trouver le repos.
Hélas trop souvent, nous entendons nous débrouiller par nous-mêmes. Au lieu de nous appuyer sur le Christ Jésus, nous cherchons des moyens et des solutions mais nous nous épuisons. Cela rejoint les propos de S. Paul qui reproche aux chrétiens de Rome de vivre sous l’emprise de la chair et non pas sous l’emprise de l’Esprit.
Vivre sous l’emprise de la chair, cela ne veut pas dire, vivre de manière désordonnée dans la débauche, la luxure. Vivre dans la chair, pour Paul, c’est vivre sans Dieu, concevoir notre vie comme si Dieu n’existait pas. C’est dès lors ouvrir la porte à toutes sortes de comportements qui nous éloignent bel et bien de Dieu.
Vivre selon l’Esprit, c’est vivre avec Dieu, en le laissant habiter en nous, en nous laissant conduire par lui, en nous mettant sans cesse sous son joug. Paul lui-même en a fait l’expérience à un point tel qu’il a confié dans sa lettre aux Galates : « ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi ». (Ga 2, 20)
Ainsi, en nous appuyant résolument sur le Christ, en vivant non plus selon la chair mais selon l’esprit, nous ne craindrons pas les désordres du monde.
Nous pourrons nous joindre à la louange de Jésus, vivre en communion avec Dieu, et sans fin lui rendre grâce !