Avec l’Ascension, le ciel devient l’horizon de la terre

« Je vous en conjure, frères, demeurez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui parlent d’espérances supra terrestres. Sciemment ou non, ce sont des empoisonneurs, des contempteurs de la vie, des intoxiqués dont la terre est lasse ! … Désormais le crime le plus affreux, c’est de blasphémer la terre et d’accorder plus de prix à l’insondable qu’au sens de la terre » …

Cette citation de Nietzsche reflète un lourd passif de notre histoire du christianisme occidental. Nous aurions pu en rapporter beaucoup d’autres, et de nombreux auteurs. Et il est bien vrai que la terre sans le ciel de notre culture occidentale contemporaine est pour une grande part une réaction à un ciel sans terre qu’un certain christianisme historique a trop longtemps cru devoir enseigner. Le ciel restait dans les nuages et la terre n’était rien d’autre qu’une vallée de larmes.

Mais la foi chrétienne, dans sa plus authentique tradition, n’a jamais fait dde l’Ascension de Jésus au ciel l’espace d’évasion des dures réalités terrestres. Pas plus qu’elle n’a considéré la terre comme ce lieu où ne sauraient jamais régner que désolation et perdition.

C’est bien tout le contraire de cette façon de voir que notre foi confesse. Le Verbe s’est fait chair et il a uni le ciel à la terre. Le Christ est ressuscité d’entre les morts et il a uni la terre au ciel. Aujourd’hui, Jésus monte au ciel, mais ce n’est pas pour abandonner la terre à elle-même. C’est pour envoyer l’Esprit qui restitue le Christ à cette terre, d’une manière qu’il ne lui était pas possible d’avoir auparavant. Son absence physique est au service de sa présence intime à ce monde. Si le Christ n’est plus dans ce monde comme il l’a été durant sa vie terrestre, c’est pour que ce monde soit en Lui désormais, un monde qui est dès lors tourné et attiré vers le ciel.

L’Ascension représente une prise en charge de la terre par le ciel, un ciel qui peut transformer cette terre. La terre fécondée par le ciel devient une terre purifiée, renouvelée de tous ces germes de mort qui la minent de l’intérieur depuis l’origine, ou presque. Et la terre libérée du péché et de ses puissances de mort, c’est déjà le ciel qui commence et qui s’annonce ici-bas.

Tout ce que l’homme peut vivre de vrai, de bon, de juste, de beau en ce monde est promesse et signe d’éternité. Et ceci trouvera dans le ciel son accomplissement le plus insoupçonné. Le ciel est l’horizon ultime de la terre. Aussi, loin d’opposer le ciel et la terre dans une désespérante vision manichéenne, la foi chrétienne manifeste le véritable sens de la terre en lui révélant son lien intrinsèque qui l’unit au ciel.

Et si notre bonne vieille terre occidentale perd aujourd’hui jusqu’à la saveur de ce qu’elle peut porter de plus beau, de plus juste, de plus vrai, c’est parce que l’ouverture vers le haut lui a été bouchée. Tout ce qui germe de la terre finit par s’épuiser en vaine tentative d’exister et d’espérer si le ciel ne la féconde, ne la fait grandir, ne lui fait signe, ne la révèle à elle-même. Bien plus, cette terre finit par se fourvoyer dans son propre néant si elle n’est plus irriguée par la vie de source qui vient du ciel. A ce propos, comment ne pas voir dans diverses lois mortifères le signe inquiétant d’une décomposition de notre monde occidental, un monde qui a évacué le ciel et qui, pour autant, peut finir par porter un coup mortel à cette terre.

Mais c’est l’espérance qui l’emporte ! Que de signes prophétiques nous sont donnés en effet aujourd’hui de nouvelles germinations du ciel sur cette terre. Le renouveau du catéchuménat n’en est pas le moindre. Ne laissons donc pas le ciel dans les nuages et n’abandonnons pas la terre à sa vanité. Rendons présent le ciel à notre terre et la terre trouvera sa voie, une voie qui monte au ciel, à la suite du Christ en son Ascension. Et que le souffle vivifiant de l’Esprit habite notre terre et lui ouvre dès à présent la porte du ciel, la porte de la vie véritable, de la vie éternelle.

 

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