Décès du frère Jacques Martin

Nous avons le regret de vous faire part du décès de notre frère Jacques Martin, le 15 mai 2021.

Il était né le 3 janvier 1933 à Montpellier,
avait fait profession dans l’Ordre des Prêcheurs le 12 novembre 1961
et avait reçu l’ordination presbytérale le 3 juillet 1966.

Il aura été une figure marquante de notre couvent, et plus largement de l’Église à Montpellier, pendant plusieurs décennies.

Une veillée de prière à son intention aura lieu vendredi 21 mai, de 17 h 30 à 18 h 30, dans notre église.

Ses obsèques seront célébrées samedi 22 mai 2021 à 9 h, dans notre église.
Les ornements liturgiques seront blancs. Merci aux prêtres de bien vouloir apporter leur étole.

Il sera inhumé au cimetière Saint-Lazare à Montpellier.

Nous le confions à votre prière pour que le Seigneur l’accueille auprès de lui.


22 mai 2021
Obsèques du frère Jacques Martin
en l’église conventuelle des Dominicains de Montpellier
– Rm 6,3-9 ; Ps 115 ; Lc 24,13-35 –
Homélie du frère Denis Bissuel

A Jacques, mon frère.

Nous étions assis par terre, un peu tassés les uns sur les autres, dans une chambre d’étudiants ou une salle de cours, ouverte à tous, et nous parlions… de Dieu ! Pas d’un Dieu lointain et désincarné, mais d’un Dieu vivant, le Dieu de Jésus-Christ mort et ressuscité, présent au milieu de nous. Ce n’était pas une évidence, il fallait réfléchir, cheminer, ouvrir notre intelligence et notre cœur, être à l’écoute. C’était à l’École d’Agro de Montpellier, pas très loin d’ici, au début des années 70 ; Jacques en était l’aumônier, un mot qu’il n’aimait pas et n’utilisait jamais. Jacques, le frère Jacques, nous accompagnait, il nous guidait dans l’élan de notre jeunesse. Nous étions passionnés quand il nous parlait, parfois même fascinés, ce qui n’était pas sans risque. Sa grande intelligence et sa culture nous impressionnaient. Il savait trouver les mots, il avait un langage accessible, contemporain, dépoussiéré, pour nous faire découvrir et aimer Jésus-Christ, et l’Évangile. Le ton nous était donné.
Nombreuses sont les personnes qui ont été marquées profondément par la prédication et l’amitié de notre frère Jacques, par son art de nous écouter et de nous parler et de nous faire parler, ici et ailleurs. Beaucoup ont pu retrouver la foi, un certain nombre sont devenus croyants et pratiquants – c’était sa plus grande joie-, et certains même dominicains.
Pendant des années Jacques s’est impliqué à fond dans la vie de ce couvent, il en a été le prieur, il voulait une prédication communautaire de l’Évangile, dans une église ouverte qui rassemble un peuple avide d’explorer le Mystère chrétien, curieux d’en découvrir l’impact sur les événements et les situations, selon sa propre expression, avec le souci constant d’une liturgie qui y corresponde. Par sa forte personnalité et son charisme, Jacques a marqué de son empreinte, et pendant plusieurs décennies, l’histoire et le rayonnement du couvent de Montpellier, qu’il n’a jamais quitté. Il se livrait peu, il était entier, très exigeant pour lui et pour les autres ; il pouvait être dur, tranchant, clivant dirait-on aujourd’hui, sans guère de souplesse ni de concessions sur les orientations qui avaient été prises.
Le temps passant, le visage de la communauté changea, les aspirations et les sensibilités aussi, il y eut des incompréhensions, des remises en cause, des oppositions parfois violentes, frontales, bref la crise ! et notre frère se trouvait être un peu dans l’œil du cyclone. Il en fut bien sûr très éprouvé, comme d’autres d’ailleurs. C’est alors qu’il quitta les murs du couvent pour habiter un petit logement mis à sa disposition par des amis.
Jacques sut rester cependant d’une fidélité exemplaire, fidélité en amitié, et fidélité au Seigneur. Il priait, lisait beaucoup, travaillait sans relâche, continuant autant que faire se peut à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, car telle était bien sa vocation.
Il a lui-même choisi l’évangile que nous venons d’entendre, un choix qui ne m’étonne pas. Cet évangile nous parle du Christ ressuscité, vivant, qui se rend mystérieusement présent à ses disciples en les rejoignant sur la route. Ces disciples ressassent, comme nous, toute cette histoire qui les travaille, ce Jésus de Nazareth, prophète puissant, condamné à mort et crucifié, que quelques femmes affirment vivant. Jésus vient se faire leur compagnon de route, il ouvre leur cœur à l’intelligence des Écritures et se fait reconnaître à la fraction du pain, et disparaît à leur regard.

Quelle scène étonnante ! Jésus dit sa présence en se retirant, en nous laissant la place et en nous laissant un signe, fort, paradoxal : une brisure, une cassure, la fraction du pain partagé et donné en nourriture pour la Vie du monde. C’est là que se dévoile à nos yeux le mystère de l’Amour de Dieu pour nous.
On aurait peut-être aimé en savoir davantage, savoir ce que Jésus a dit quand il a interprété pour eux les Écritures. Mais l’évangéliste Luc n’a pas jugé nécessaire de nous rapporter cette exégèse magistrale, qui nous aurait pourtant bien rendu service ; c’est un travail qui revient à l’Église, c’est-à-dire à nous. Cet évangile nous dit qu’il revient à la communauté des chrétiens de se nourrir sans cesse de la Parole de Dieu, de chercher toujours et encore à la comprendre dans le souffle de l’Esprit, et de tirer inlassablement de la lettre des Écritures de quoi répondre aux attentes et aux désirs des hommes.
Notre frère Jacques y a consacré toute sa vie. Il nous a aidés à y voir un peu plus clair, à être des compagnons du Christ, porteurs de la Bonne Nouvelle.
Nous voulons aujourd’hui prier pour lui, le confier à la miséricorde de Dieu. La mort est une rupture définitive, une séparation brutale et douloureuse ; c’est un frère, un ami que nous perdons. Pourtant nous pouvons rendre grâce. Ce que nous célébrons dans la foi c’est la Pâque du Christ, sa mort et sa résurrection. Ressuscité d’entre les morts, le Christ est vivant à jamais. Et, rajoute encore l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains, si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Telle est notre espérance et telle est notre foi.
Amen.


Selon le désir du frère Jacques Martin, la messe d’obsèques s’est terminée au chant de l’Exultet. Ce chant fait partie de la liturgie de la fête de Pâques ; on le proclame au début de la Vigile pascale, au pied du cierge pascal qui vient d’être allumé au feu nouveau. L’Exultet manifeste avec force la joie de l’Église qui lui vient de sa foi en la Résurrection du Christ, promesse de la Résurrection de ceux qui croient en lui.


Hommage du frère Jean-Michel Maldamé

Cher Jacques,
Il y a soixante ans, nous étions ensemble au noviciat. Nous avons été ordonnés prêtres en même temps, voici plus de 50 ans.
Au moment où nous sommes entrés au noviciat, la mentalité commune dans le clergé faisait que dès qu’un prêtre voyait pointer chez un jeune le désir d’entrer dans les Ordres (religieux ou prêtre), il insistait pour ne pas attendre. Ainsi au noviciat la moyenne d’âge était de 20 ou 21 ans. Dans un tel groupe, celui qui entrait ayant fait un cycle complet d’études (université ou grande école) ou avait exercé une profession, avait déjà le statut d’ancien. Tu étais le plus âgé des 15 novices alors à Lille en 1960-1961. Non seulement tu avais un doctorat, mais tu rentrais du temps de service militaire qui durait alors plus de deux ans en raison de la « guerre d’Algérie ». Tu y avais participé et quand nous avons parlé de l’Algérie, tu m’as fait confidence de ce que tu as vécu, ayant participé aux combats et vu mourir des proches. Une grande maturité donc et en même temps une grande humilité. De ton éducation marquée par le scoutisme, tu avais gardé la générosité et l’esprit de service qui permet une vie communautaire sereine. De fait, le noviciat fut un temps de paix, nous permettant de découvrir, grâce à un père-maître exigeant et rayonnant, Albert Besnard, la beauté et les exigences de la vie à la suite de saint Dominique et centrer notre désir sur l’annonce de l’Évangile. Être des « frères prêcheurs » !
Nous étions ensemble pour les études à Toulouse. Là encore ton expérience universitaire était une force pour trier le bon grain et l’ivraie. Recevoir avec reconnaissance les richesses des maîtres et savoir patienter face aux insuffisances. Ta manière était toute de respect, de réserve et de discernement. Tu as su devenir un maître en matière de christologie, bien enracinée dans la Bible, pleine de ferveur, cette chaleur qui était présente chez Teilhard que tu nous faisais découvrir en ayant rassemblé des textes encore inédits. Merci de cette ouverture et de cette rigueur qui rayonnait lorsque tu prenais la parole. Tu n’étais pas un commentateur, mais un témoin.
Je te dois aussi un autre merci. Celui d’avoir été à Montpellier, l’aumônier d’étudiant qui a suscité des vocations et fait qu’un noviciat s’est ouvert après la triste parenthèse où il n’y avait plus d’entrée dans l’Ordre. Merci d’avoir ouvert la porte de l’espérance.
De mon expérience auprès des fraternités laïques, je dois te dire merci pour avoir réalisé ce dont rêvent tous les frères : susciter dans le rayonnement de nos communautés des fraternités laïques. Des chrétiens qui se rassemblent pour prier, étudier la parole, discuter, s’entraider dans leurs responsabilités sociales, familiales, professionnelles ou missionnaires. Des chrétiens comme celui que tu as animé et auquel j’ai eu la joie de participer dans un climat de fraternité et de fidélité.
Merci surtout de la prédication qui était toujours une porte ouverte sur le mystère d’une présence et sur la lumière : celle où tu es entré.

Montpellier, le 21 mai 2021
Fr. Jean-Michel Maldamé, o.p.

3 commentaires à propos de “Décès du frère Jacques Martin”

  1. Je suis très ému par l’annonce du décès de Jacques Martin. Il fut pour moi à une période, celle de mes études, un père, un exemple. Il restera pour moi une référence. Je garde en mémoire des souvenirs très forts, qui ont marqué ma jeunesse, comme les célébrations-débats qu’il animait avec panache dans la chapelle du couvent. Quelle force ! quelle intelligence ! quel prophète !
    Je lui dois, ainsi qu’à ses frères, les fondations de ma foi d’adulte. Les orientations profondes de ma vie datent de cette période.

  2. Nous sommes très affectés et en même temps dans l’action de grâce par le départ pour la Cité de Dieu d’un frère exceptionnel et très humain. Sa seule présence faisait autorité et nous poussait dans notre vie éprouvante à aller de l’avant, à toujours espérer. Il demeure pour nous un maître dans l’art de la Prédication et un spécialiste des partages d’Evangile. Il nous a fait grandir dans la foi au Christ mort et ressuscité. Il nous a ouvert les portes de l’espoir et de l’Espérance.

  3. Jacques, un grand orateur et avocat du Christ, un pilier de notre foi que nous aurions aimé avoir encore des années à nos côtés pour les générations futures.

    Tu as toujours été brillant, ouvert et disponible à tous, n’hésitant pas à remettre en question certaines conventions. Que ton engagement et ta façon de penser continuent à soulever et à bouleverser nos esprits.

    Intercède pour nous, pour tous ceux qui te sont chers et pour tous les projets de Dieu dans le Ciel

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