Et oui, frères et sœurs, cette parabole est bien une parole de Dieu que nous avons acclamée. Pourtant elle est plutôt rude et sa fin est plutôt abrupte.
Il s’agit d’une de ces nombreuses paraboles qui évoquent en termes symboliques les noces de Dieu avec l’humanité.
Déjà le prophète Isaïe, huit siècles avant l’avènement de Jésus, avait entrevu cette révélation :
« Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. »
Derrière ce bonheur qui pourrait nous faire penser à nos fêtes humaines, il faut bien entendre la suite qui est essentielle et décisive :
« Le Seigneur fera disparaître la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages. »
C’est bien là le projet de Dieu depuis les origines de l’humanité : détruire la mort qui ne fait pas partie de son plan, mais qui a surgi par la jalousie du démon, du diable, celui qui s’est opposé à lui.
Nous le savons : dans le récit de la Genèse, un mystérieux personnage est venu pour semer la confusion, la division entre l’homme et Dieu.
Ce combat se poursuit tout au long de l’histoire des hommes mais sa fin est déjà annoncée.
La parabole évoque de manière symbolique l’histoire du peuple que Dieu a choisi entre tous les peuples. À Abraham il avait fait cette promesse : « en toi seront bénies toutes les familles de la terre ».
La première partie de la parabole évoque donc l’appel, la convocation des invités.
Mais ceux-ci refusent l’invitation. Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux pharisiens. Sans les nommer c’est eux, d’une certaine manière, qui ont refusé cette invitation.
Comme dans la parabole des vignerons homicides que nous avons entendue dimanche dernier, les serviteurs – qui sont les prophètes – sont maltraités et mis à mort.
Et puis d’autres serviteurs sont appelés pour aller chercher tous ceux qu’on trouvera sur les chemins. La multitude des hommes est ainsi invitée, sans distinction, bons et méchants, préfigurant le peuple immense, cette humanité qui sera rassemblée par Jésus lui-même.
La deuxième partie de la parabole nous apprend qu’à l’entrée de la salle des noces, il est remis à chacun un vêtement de noce. Chaque invité est ainsi considéré à la hauteur de l’événement.
Pourtant l’un des convives ne porte pas ce vêtement de noce.
Qui donc est cet homme ? Et pourquoi donc n’a-t-il pas revêtu ce vêtement ?
Se serait-il introduit subrepticement ? Aurait-il refusé de porter le vêtement ?
La condamnation est sans appel.
Le voilà rejeté dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
La maxime qui conclut la parabole a de quoi nous interroger.
« La multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. »
Il semble donc que cet homme qui n’a pas revêtu la robe nuptiale ne soit pas le seul.
Ils sont même fort nombreux.
Bien des commentateurs de la Bible ont reconnu en cet homme Satan lui-même, le diabolos, le diviseur, celui qui sépare, qui s’oppose à Dieu dès l’origine et qui entraîne à sa suite beaucoup de monde.
Satan a refusé que Dieu soit son Seigneur, il a refusé sciemment l’amour gratuit, la grâce que Dieu offre à tout homme.
Ce vêtement de noce, c’est donc le don gratuit que Dieu nous fait de son amour, et qui doit dès lors susciter notre reconnaissance, notre action de grâce, notre joie.
Cette confrontation, frères et sœurs, entre le diabolos et Dieu lui-même, va se produire lorsque nous parviendrons au terme de notre vie. Lorsque nous franchirons le seuil de la mort, nous serons invités à revêtir ce vêtement de noce.
La grâce que Dieu nous fera, ce sera de pouvoir le choisir, le rechoisir librement, quel que soit notre état, notre condition.
Pour autant, nous ne pourrons pas avancer des arguments tels que : Seigneur, Seigneur, tu te souviens, j’étais avec toi, lorsque je venais à la messe, quand j’entendais la prédication dimanche après dimanche. Le Seigneur pourra nous reprocher de ne pas avoir fait le bien que nous aurions dû faire et d’avoir fait le mal que nous aurions pu éviter.
Quoi qu’il en soit, il nous invitera librement à le choisir, et même si notre vie n’aura pas été parfaite, la seule chose qui comptera c’est d’accepter de revêtir ce vêtement de noces pour avoir part au banquet des noces de l’Agneau.
La dernière chose que Dieu respectera, en effet, c’est notre liberté personnelle, notre libre arbitre mais qui suppose une attitude d’humilité, de savoir reconnaître le péché qui nous aura marqué, blessé. C’est sans doute cela que cet homme n’avait jamais voulu reconnaître.
Dernière remarque : la dernière parole de Jésus semble bel et bien contredire le projet de Dieu pour l’humanité et la promesse faite à Abraham : En toi seront bénies toutes les familles de la terre.
Comment Dieu peut-il célébrer ses noces avec l’humanité, alors que, en définitive, si peu d’humains seront élus ?
Faut-il désespérer de l’humanité, ou bien de Dieu lui-même ?
La seule réponse valable me semble-t-il est une mise en garde pédagogique.
Les anciens en avaient conscience. Et si l’on a pu faire peur avec ces menaces pendant des générations, il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, on est plutôt tombé dans l’excès inverse : on ira tous au paradis !
Alors sachons prendre au sérieux l’invitation, l’appel qui nous est adressé.
Et allons, courons aux noces de l’Agneau, d’un cœur libre et joyeux.
Réjouissons-nous, car nous avons déjà part à ce bonheur, nous qui croyons de tout notre cœur, car nous croyons que la mort a été vaincue par la Résurrection de Jésus.
Les portes du Royaume s’ouvrent pour que les hommes puissent avoir part au banquet éternel.
Alors puissions-nous dire en entrant dans la salle des noces, et même dès maintenant, disons-le à chaque fois, et comme la Vierge Marie a pu le dire à l’Annonciation :
« Me voici Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole ! »