Je suis le destinataire de l’évangile… de Fr Arnaud Blunat.

Jésus remédie aux handicaps de l’humanité.

Jesus et le sourd muet

Mc 7, 31-37

« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »

 

Homélie dominicale de Fr Arnaud Blunat: Le premier destinataire de l’évangile, c’est moi.

Version phonique:

Version écrite:

  Je suis le destinataire de l’évangile.

   Jésus est connu des foules pour être un guérisseur. Les évangiles rapportent plusieurs scènes où Jésus intervient directement pour faire entendre les sourds et parler les muets. Ici même, nous en avons un exemple caractéristique. L’homme dont il est question est présenté à Jésus par un groupe de personnes, sans doute les gens de son village ou de sa famille. Il ne peut pas communiquer avec eux mais pour autant il ne semble pas exclu du groupe. Face à son handicap il n’y a pas de solution. Alors, profitant du passage de Jésus, ces personnes n’hésitent pas à le lui présenter.

   N’y a-t-il pas quelque chose de bouleversant en voyant cet homme bloqué, emprisonné, empêché de s’exprimer ? Cet homme, qui est probablement ainsi depuis sa naissance, assiste impuissant au spectacle de la vie de ses proches, mais il est coupé d’eux malgré lui, sans qu’il y ait d’explication. Son handicap serait-il la conséquence d’un péché de ses parents, comme cela est évoqué dans le récit de l’aveugle né dans l’évangile de saint Jean ? Jésus n’en dit rien.

   Comment ne pas être étonné par la manière d’agir de Jésus ? Le voilà en effet qui décide de prendre à l’écart l’homme sourd et muet. Pour le guérir, il associe un geste et une parole : il touche les organes malades, les oreilles et langue, puis, tout en soupirant, il prononce un seul mot : « Effata ! Ouvre-toi ! »

   Son intervention en faveur de cet homme n’est pas sans rappeler ce que Dieu a accompli à l’aube de l’humanité. Le récit symbolique de la Création évoque l’homme façonné à partir de la glaise du sol et à qui Dieu communique son souffle de vie.

   Jésus ne veut-il pas nous indiquer que cet homme représente l’humanité elle-même, enfermée dans sa surdité, incapable de communiquer ? L’homme que nous voyons nous renvoie à nous-mêmes, dans cette forme d’isolement, d’enfermement et d’inaptitude à établir de vraies relations avec les autres.

   Il n’est guère évident, ni pour vous ni pour moi, de reconnaître que cet homme, ce peut être chacun de nous. Celui qui est sourd, handicapé, ce n’est pas d’abord l’autre, les autres, mais c’est bien moi. Accepter d’entendre pour moi cette parole : « ouvre-toi ! » suppose que je prenne enfin conscience que le premier destinataire de l’évangile, c’est moi. Enfermé que je suis dans mon fonctionnement quotidien, dans mes habitudes si bien enracinées, dans mes certitudes tellement ancrées dans ma personnalité, je ne suis plus en mesure d’accueillir ce qui vient de l’extérieur. Je n’arrive plus à entendre ce que les autres ont à me dire et qui parfois va à l’encontre de ce que je pense ou ce que je vis. Le plus difficile est de chercher à comprendre pourquoi je peux rester sourd, mais aussi en quoi je peux déranger, pourquoi je peux me rendre si déplaisant, si désagréable, si insupportable.

   Notre vie change réellement quand de telles prises de conscience produisent de réels effets. Il faut autant de courage que d’humilité pour accepter ainsi d’être déplacé. Une vie de couple peut être ainsi renouvelée, transformée. Une vie communautaire aussi. Mais cela ne suffit sans doute pas.

   Le changement que Jésus est venu opérer en nous va au-delà de cette évolution de comportement. Jésus n’est pas seulement venu pour que nos comportements soient plus humains, plus respectables, plus honorables. Il est venu pour retisser les fils qui s’étaient défaits, pour rétablir la relation interrompue entre Dieu et nous. L’image de Dieu en l’homme était déformée, obscurcie par le péché d’orgueil. Jésus est venu la recréer en nous montrant l’exemple de l’obéissance. Il nous invite ainsi à nous ouvrir aux hommes en nous ouvrant à Dieu. Il nous apprend à vivre pour Dieu, à l’écouter, à le laisser agir en nous, en toute confiance.

   Nos efforts pour être meilleurs seront vains si nous ne laissons pas Jésus habiter notre existence, atteindre le plus profond de notre être, toucher le profond de notre cœur. Notre plus grand défi, c’est de laisser la grâce de Dieu nous toucher, sans opposer d’obstacle. Sans l’action de cette grâce, nous resterons avec nos réflexes humains, notre manière de penser qui nous pousse sans cesse à nous justifier, à nous protéger, à nous cacher.

   Saint Jacques – comme nous l’avons entendu dans la 2ème lecture – prend l’exemple de deux personnes qui entrent au milieu d’une assemblée, l’une riche et bien habillée, l’autre pauvre et mal vêtue. Comme il est difficile de ne pas être d’abord attiré par la première plutôt que la deuxième ? Et pourtant les deux sont des hommes, mais il semble que Dieu préfère se faire reconnaître dans le second. Il reconnaît d’abord celui qui se reconnaît pauvre.

   Il y a toujours un plus pauvre que soi. Tout homme est toujours riche de quelque chose et trouvera sur son chemin quelqu’un de plus démuni qui devra passer avant lui. Voilà bien le défi qui est proposé à chacun : « ouvre-toi ! Effata ! » A travers le pauvre, ouvre-toi, reconnais la pauvreté de ton cœur.

   Mais attention à ne pas rester du côté de la foule, des gens qui se contentent de s’émerveiller : « il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets ». Ceux-là ne réalisent pas que la parole de Jésus s’adresse aussi à chacun d’eux. Encore une fois, il est toujours dangereux de penser que ce sont les autres qui ont besoin de s’ouvrir, de sortir de leur enfermement. Derrière cet homme que Jésus guérit, c’est bien chacun de nous que Jésus vient guérir.

   Alors, que chacun de nous écoute résonner cette parole pour lui-même, sans lui opposer le moindre obstacle : « Ouvre-toi ! » pour que l’Esprit du Seigneur puisse enfin se frayer un chemin !

   Fr Arnaud Blunat op.

Lien vers la décoration florale du jour: Ouvre-toi !