La lumière de la vérité

HOMELIE DU 4e DIMANCHE DE CARÊME
Par le frère Damien Duprat le 30 mars 2025.
Textes : Premier livre de Samuel 16,1.6-7.10-13 ; Ephésiens 5,8-14 : Jn 9,1-41

Un miracle ; l’un des innombrables miracles accomplis par Jésus ; et comme chaque fois, l’heureux bénéficiaire autant que les témoins du prodige sont convoqués à reconnaître que l’homme qui fait preuve d’un tel pouvoir bienfaisant est à tout le moins un ami de Dieu.

Mais voilà que cette question fait débat et que les pharisiens se montrent hostiles à Jésus ; pour quel motif ? Parce qu’en faisant un peu de boue et plus encore en donnant la vue à un homme qui en était jusque là privé, Jésus aurait enfreint le repos du sabbat. Telle est la raison alléguée pour désapprouver ce qu’il fait. Cela se produit plus d’une fois dans les Évangiles ; dans Mc par exemple, dès le début de son ministère public, le Seigneur Jésus est confronté à une telle situation, déjà de la part des pharisiens ; et l’évangéliste précise que Jésus cherche alors à les faire réfléchir en les interrogeant : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » (Mc 3,4). Devant leur silence, il les a regardés avec colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, avant d’accomplir la guérison, suscitant déjà chez ses adversaires la décision de le faire périr.

L’endurcissement : voilà bel et bien le mal qui ronge le cœur de ces hommes. S’ils s’opposent à Jésus, c’est moins en raison de leur zèle affiché pour l’observance du sabbat que par une jalousie haineuse envers lui ; les Évangiles attestent d’ailleurs que Pilate lui-même s’en est rendu compte. Siméon l’avait bien prédit : Jésus est un signe de contradiction, qui dévoile les pensées des cœurs. Plus d’une fois, il a aidé ses auditeurs à prendre conscience de leurs compromissions avec le mal, quand celles-ci étaient cachées à leurs propres yeux. Ainsi quand il dira, toujours aux Pharisiens : « Malheureux êtes-vous, […] parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. […] Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau ! » (Mt 23,23-24). Bien sûr, c’est un peu raide d’entendre cela, et pourtant ce sont bel et bien des paroles bienfaisantes, des paroles de salut, parce qu’elles ont donné aux auditeurs de Jésus l’occasion de constater qu’ils étaient aveugles sur leurs propres travers, l’occasion de comprendre avec davantage de profondeur la loi de Dieu, et ainsi de rectifier leur conduite. Il semble que beaucoup d’entre eux ont malheureusement refusé cette lumière que Jésus projetait sur leur âme ; ils ont préféré prétendre qu’ils étaient plus clairvoyants que Jésus, et du même coup, ils sont restés dans leurs péchés. Voilà, me semble-t-il, ce que l’on peut entendre dans cette parole : « du moment que vous dites : « Nous voyons ! », votre péché demeure » (Jn 9,41). Espérons pour eux que, par la suite, peut-être après la Résurrection de Jésus, ils ont choisi l’attitude de cœur évoquée dans 1 Jn (1,9) : « si nous reconnaissons nos péchés, [le Seigneur] qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice ».

Car bien sûr, quand Dieu met en lumière nos péchés, c’est toujours pour nous les pardonner. C’est lui-même qui nous le dit, à travers la patiente Révélation qu’il a faite de lui-même, comme en témoigne l’Écriture sainte. En effet, Dieu ne se contente pas d’amener au jour la réalité parfois mystérieuse et compliquée de nos cœurs. Ce que sa lumière éclaire en premier lieu, c’est lui-même. Il nous révèle qu’il existe, et bien plus que cela : il nous montre qui il est et ce qu’il fait. Le miracle que Jésus accomplit aujourd’hui, en plus d’être un événement majeur dans la vie de cet homme qui souffrait de cécité depuis toujours, ce miracle est porteur d’une signification symbolique. En ouvrant les yeux d’un homme aveugle de naissance, Jésus permet à celui-ci de connaître la réalité d’une façon profondément renouvelée ; de même, quand le Seigneur ouvre les yeux de nos cœurs, il nous donne accès à une connaissance nouvelle de la réalité, une connaissance beaucoup plus profonde, beaucoup plus juste, beaucoup plus vraie. Le champ immense de la réalité est offert à nos capacités de perception et de connaissance ; nous portons tous en nous le désir de connaître ce qui existe. La science scrute les choses d’une façon toujours plus poussée, accumulant chaque jour de nouvelles données sur le monde, proche ou lointain. Nous tenons aussi à nous informer sur les événements qui surviennent, en fuyant autant que possible les fake news. Notre intelligence a soif de connaître le vrai. Eh bien, la vérité au sujet de Dieu nous est donnée en Jésus-Christ. Cette lumière nouvelle est celle de la foi.

Un regard extérieur porté sur les fidèles du Christ peut identifier ceux-ci à des croyants parmi d’autres, dénommés chrétiens à côté de ceux qui se déclarent musulmans, juifs, ou hindouistes… L’Église prône d’ailleurs la liberté religieuse, c’est-à-dire le fait que les pouvoirs humains ne contraignent personne à professer ou à ne pas professer telle ou telle croyance, quelle qu’elle soit, et même de façon publique, dans les justes limites de la vie sociale. Mais cela ne signifie nullement que les diverses religions seraient équivalentes. Jésus-Christ et lui seul est LA vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ; comme le dira S. Pierre face au grand conseil : « En nul autre que [Jésus], il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4,12). La foi transmise par les apôtres est donc une lumière unique et irremplaçable sur la réalité de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, créateur et sauveur du monde. Jésus a pris le temps d’enseigner les foules, il s’est fatigué sur les routes de Palestine, plus encore, il s’est avancé au-devant de sa Passion et de sa mort sur la croix ; qui oserait dire qu’il ne serait qu’un sauveur parmi d’autres, rendant superflue toute cette peine qu’il s’est donnée ? Si des personnes qui ne professent pas la foi de l’Église parviennent au salut éternel, c’est toujours aussi, mystérieusement mais réellement, par la grâce du Fils éternel qui s’est fait homme en Jésus-Christ, et par l’Église qui est son corps.

Cela ne doit pas, bien sûr, nous rendre arrogants par rapport à ceux qui n’ont pas découvert ce trésor. Nous avons plutôt à rendre grâces au Seigneur de nous permettre de le connaître par la foi, cette foi dont il nous appelle à témoigner. Cela peut nous attirer des ennuis, voire des persécutions, et sans doute plusieurs d’entre nous en ont-ils déjà fait l’expérience. Demandons au Seigneur le même courage dont fit preuve face aux pharisiens cet homme qui voit désormais grâce à Jésus. Rappelons-nous ce que Jésus nous dit : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10,32-33). Demeurons donc fermes dans la foi jusqu’au bout : c’est à cette condition que nous serons un jour admis à voir Dieu, non plus par les yeux de la foi, mais face à face, dans une communion éternelle. Telle est notre plus grande espérance !

 

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