La paix soit avec vous !

Le deuxième dimanche de Pâques se situe dans le sillage immédiat de la liturgie du temps pascal, et la structure même de l’Evangile d’aujourd’hui est là pour nous le rappeler. Après la première apparition du Christ aux Douze, le soir même de la résurrection (Jn 20, 19), il leur apparaît de nouveau, « huit jours plus tard » (Jn 20, 26). C’est-à-dire que nous sommes mis comme en situation, c’est comme si aujourd’hui, dans cette église, en 2025 nous étions avec les Douze, le Christ ressuscité au milieu de nous.

La liturgie pascale avec l’événement et mystère de la résurrection de Jésus Christ met particulièrement l’accent sur le baptême, comme don de la vie, don d’une nouvelle vie qui vient transformer notre condition humaine pour la placer dans la perspective du ressuscité. C’est pour cela que, traditionnellement, le dimanche suivant Pâques est appelé dimanche de « Quasimodo », en référence à l’Introït traditionnel de la messe, de la Première Épître de Pierre, et s’adressant en premier lieu aux néophytes de la Vigile Pascale qui dans le baptême, sont renés par le don de la foi, en accueillant l’Évangile, comme le dit Jean : « Ceux-là [ces signes] ont été relatés [dans ce livre], pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20, 31). Ainsi cette nouvelle vie donnée par la foi, il nous la faut entretenir, et fortifier, comme le dit Pierre : « Comme des enfants nouveau-nés, désirez ardemment le lait spirituel » (1 P 2, 2).

Ce « lait spirituel » dont il est question chez Pierre, c’est celui qui va nous donner de ne pas défaillir sur le chemin de notre vie nouvelle d’enfants de Dieu, en nous donnant la force de suivre le ressuscité. Et c’est sur cela que Jean veut attirer notre attention : reconnaître, accueillir et suivre le Christ ressuscité. Toute la liturgie du Triduum avec ses rites, avait pour but de véritablement nous faire accompagner le Christ dans les derniers instants de sa vie terrestre : avec les apôtres nous étions là le Jeudi Saint à partager la dernière Cène, avec le Christ, nous l’avons suivi jusqu’au calvaire, nous l’avons comme vu crucifié, nous l’avons suivi jusque dans son tombeau, et là, nous l’avons laissé. Là nous n’avons pu aller plus loin. La pierre roulée nous signifiant qu’il était désormais du monde des morts, tandis que nous, nous étions toujours sur la terre des vivants… Il y a ce vide du Samedi saint, où du Vendredi après-midi au Samedi dans la nuit, notre cœur est en peine, séparés de Jésus Christ par une lourde pierre… Et dimanche : un tombeau vide. Un tombeau vide, et c’est tout ! Un tombeau vide, qui nous déstabilise. Qui doit même nous déstabiliser ! Que s’est-il passé ??? « On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20, 2) dit Marie-Madeleine ! Quel que soit l’Évangile nous sommes face à un tombeau vide ! Comment suivrions-nous le Christ !? Nos routes se sont-elles à jamais séparées ? Sa présence n’est-elle plus que de l’ordre du souvenir ? de la mémoire ? son enseignement comme legs, testament de Jésus à ses Apôtres…

Or là, que nous dit l’Évangile ? Le soir même de sa résurrection : « Jésus vint et se tint au milieu d’eux » (Jn 20, 19). « Eux », ce sont les disciples, eux c’est aussi nous au soir du Vendredi Saint. Si le Christ a subi tout ce qu’il a subi, qu’en sera-t-il de ses disciples ?! Essayez de revendiquer votre appartenance au Christ, de l’assumer publiquement ! Osez commettre ce crime de lèse-laïcité ! Non, toutes portes closes, au moins nous sommes en sécurité. Ils ont eu le Christ, mais nous, au moins nous sommes là. Les disciples sont dans l’angoisse, ils sont timorés, paralysés par la peur. Et pourtant, le Christ est là. Celui qui peu auparavant était dans le tombeau se tient au milieu d’eux. Il n’a pas pris la peine d’annoncer sa venue en toquant à la porte, il est là. Pour les accabler ? Pour les accuser de l’avoir abandonné ? Que leur dit-il ?

« La Paix soit avec vous » (Jn 20, 19). La peur, l’angoisse disparaissent comme à l’instant où le Christ prononce ces paroles. Ces paroles du Christ apparaissent non comme une banale salutation, elles sont performatives. Elles accomplissent ce que lui-même leur avait dit avant de rentrer dans sa Passion : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre » (Jn 14, 27). Cette crainte, ce désordre intérieur, accompagnait les disciples depuis ce moment-là, et les premières paroles du Christ ressuscité viennent la dissiper. La dissipant, c’est comme si leurs yeux s’étaient ouverts : « Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur » (Jn 20, 20). C’est la paix qu’il leur donna, la paix qu’il accueillirent, qu’ils reçurent, qui transforma leur cœur. C’est la paix que chacun qui a fait l’expérience de la rencontre du Christ a ressentie… Pourquoi avons-nous cru ? Est-ce à cause d’une démonstration complexe ? Non ! Et c’est cela que l’Évangéliste nous dit : que la foi dans la résurrection est un don de Dieu qui en Jésus nous apporte la paix, pas n’importe quelle paix, la paix entre nous et Dieu, la paix à l’intérieur de nous-même, et qui nous permet de rentrer dans une relation de confiance et d’amour personnelle avec le Christ.

Cette paix roule la pierre de notre tombeau intérieur. Elle ne nous fait pas rentrer dans le règne de la mort, mais elle met nos pas dans ceux de celui qui a vécu (si l’on peut le dire…) et vaincu la mort. Les traces de ses clous et de son côté transpercé sont comme des trophées sur l’ennemi du genre humain que le Christ a désormais vaincu, sur l’humanité de qui elle n’a plus aucune prise. Plus jamais. Et le don de l’Esprit Saint est le signe que tous ceux qui vivent de l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, ramènera aussi à la vie nos corps mortels.

Cette paix est l’événement majeur de cette apparition du Christ ressuscité. Pourquoi Thomas après, croira ? Parce qu’aujourd’hui, c’est-à-dire, huit jours après la résurrection du Christ, Jésus se tient de nouveau au milieu d’eux, au milieu de nous, et c’est la paix, c’est sa paix qu’il nous donne qui fera rouler la pierre de l’incrédulité de son cœur pour reconnaitre « son Seigneur et son Dieu ». La foi des Douze, la foi de Thomas, est foi au Christ, foi qui les fait rentrer dans une nouvelle relation avec Jésus, établi Fils de Dieu par la puissance de l’Esprit Saint par sa résurrection d’entre les morts, et qui est le fondement de la vie nouvelle dont nous parle l’évangéliste : « afin qu’en croyant, nous ayons la vie en son nom » (Jn 20, 31).

Et son aliment ? Ce qui la fortifie alors ? Ce lait spirituel ? C’est la paix, la paix qu’il nous donne, la paix qui n’est pas celle du monde, et qui ouvre nos cœurs à l’Esprit Saint, pour reconnaître au milieu de nous le Christ ressuscité, qui sur les chemins de notre vie, se tient là, auprès de chacun de nous, et nous conduit vers le Père.

AMEN

 

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