La purification du Temple

7 mars 2021
Troisième dimanche de Carême, année B
Ex 20,1-17 ; Ps 18B (19) ; 1 Co 1,22-25 ; Jn 2,13-25
Homélie du frère Jorel François

La purification du Temple – Attribué à Pieter Brueghel l’Ancien, huile sur bois, après 1570 – Statens Museum for Kunst, Copenhague

Sœurs et frères, Jésus est au tout début de sa vie publique puisque, selon la version johannique d’où est extraite cette portion d’évangile, il venait d’accomplir son premier signe à Cana. De Cana, où furent inaugurées les noces de l’Agneau, le voilà à Jérusalem, cité de Paix – au moins de nom –, siège du trône de David, ville qui abrite l’unique lieu de culte où il était alors permis aux Juifs d’offrir des sacrifices. Disséminés dans l’empire romain, ces derniers pouvaient arriver de toute part. Jérusalem, le Temple, était leur lieu de convergence, lieu de rendez-vous, de rassemblement dans la foi de toute cette nation soumise au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et qui, selon leur espérance, devait rétablir le trône de David.

Depuis la centralisation du culte à Jérusalem, tout un système fut progressivement mis en place au service du Temple, une casuistique bien rodée pour aider à l’accomplissement des rites sacrificiels. Le code de pureté rituelle dont nous pouvons avoir un aperçu au livre du Lévitique fonctionne à plein régime. Conformément à la Loi, les bêtes à offrir en sacrifice devaient être fraiches, sans défaut et sans tache. Aussi par souci de commodité et peut-être aussi pour être sûr d’être dans les normes, était-il possible d’en acheter sur place. L’argent de l’Occupant romain interdit dans le service rituel, il fallait alors des changeurs pour le convertir en monnaie autorisée. Tout cela donnait lieu à un méga-business où chacun y trouvait son compte. C’était donc entendu que ce devait en être ainsi, et personne ne trouvait rien à en redire. Mais c’était sans compter avec les Esséniens, Jean le Baptiste, et Jésus et tant d’autres sans doute.

Selon les esséniens qui avaient déserté le temple, et possiblement selon Jésus aussi, les choses auraient dû se faire autrement. D’ailleurs ces prêtres, collaborateurs de l’Occupant, et qui n’étaient pas nécessairement de la lignée d’Aaron, se décrédibilisaient par le fait même. Ce qui donc était normal pour plus d’un paraissait anormal et scandaleux pour d’autres.

Selon l’extrait de la version johannique que nous venons de proclamer, dès la toute première visite de Jésus à Jérusalem, il s’attaque au système. Il renverse les tables, jette par terre la monnaie des changeurs qu’il chassa du Temple (balo ek tou hierou) et demande que la maison de son Père soit autre chose qu’une foire, qu’un repaire de brigands.

De tous les temps, il a toujours été dangereux de s’en prendre à un système. Pareille bravade signe alors l’arrêt de mort de Jésus. Et si pour l’instant on se contente de lui demander de justifier son audace, à sa troisième montée à Jérusalem, toujours d’après le récit selon Jean, c’est sa personne qui en fit les frais. Quand on se fut saisi de lui, on le rappela volontiers au Sanhédrin : cet homme avait dit qu’il détruirait le Temple (ton naon)!

Ses accusateurs déloyaux, ayant trafiqué sa parole, avaient restitué l’impératif hypothétique en une forme résolument affirmative.

Vouloir mettre de l’ordre dans le système sacrificiel, souhaiter que le mystère ne soit pas sous contrôle, que la religion soit au service de la vie et non de la mort, travailler pour que le temple soit un lieu de culte et non de transaction mercantile, voilà qui signifiait œuvrer à sa ruine. Et cette logique, cette façon de penser propre aux fossoyeurs du vrai culte continue encore, faut-il le rappeler, de faire son chemin dans les religions, le christianisme inclus.

Sœurs et frères, prions pour que toutes les religions du monde soient au service du Dieu qui est Esprit et Vie, et donc au service de la vie de l’homme, de la justice, de la paix et de la fraternité. Prions le Dieu que Jésus veut, vous vous rappelez, que l’on adore ni sur le mont Garizim ni à Jérusalem mais d’abord et avant tout dans le secret de sa chambre, c’est-à-dire au fond de son cœur, à travers les bonnes actions que l’on pose à longueur de journée. Amen.

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