Le défi de l’Évangile

22 août 2021
21è dimanche du Temps Ordinaire, année B
Js 24,1…18 ; Ps 33 (34) ; Ep 5,21…32 ; Jn 6,60-69
Homélie du frère Arnaud Blunat

Les textes de ce dimanche nous lancent un défi :
Qui voulons-nous servir ? Qui voulons-nous suivre ?
Autrement dit : pourquoi sommes-nous ici ? Qu’est-ce que nous sommes venus chercher ?
Dans la première lecture, les tribus d’Israël disent à Josué : « c’est le Seigneur que nous voulons servir. Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ».
Dans l’évangile, alors que les disciples partent les uns après les autres, Pierre, au nom des apôtres, s’écrie : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! ».
La question est loin d’être évidente, car elle nous amène à nous positionner, mais à regarder en face nos hésitations, nos doutes, à assumer nos contradictions.
Nous voulons servir le Christ, mais jusqu’où ?

Servir le Seigneur, c’est accepter de le suivre partout où il va, partout où il nous conduit.
Les tribus d’Israël ont vécu une vie d’errance dans le désert.
Au moment où elles vont s’installer, se fixer dans la terre promise jadis à Abraham, elles se confrontent à la présence d’autres tribus, d’autres nations. Celles-ci ont d’autres dieux plus attirants, qui donnent l’illusion d’être puissant.
Israël doit sa survie à la présence de Dieu à ses côtés. Un Dieu qui fait alliance de génération en génération, qui donne une loi, des commandements pour ne pas se perdre. Cette loi est gage de liberté. Car elle est esprit et vie. Elle permet de ne pas mourir.

Or Jésus se présente comme la loi nouvelle. Cette loi, c’est celle de l’amour. Un amour qui place Dieu en premier et qui passe par Jésus. S’attacher à la personne de Jésus, c’est cela le gage de la vraie liberté et de la vie.

Mais sa parole est dure. Ce que Jésus propose, ce n’est rien moins que de nous donner sa vie. Il veut s’offrir à nous, en nourriture. Il nous donne sa chair à manger, sa chair qui est notre vraie nourriture, le pain qui donne la vie éternelle.
Si l’on reste dans une perspective immanente, immédiate, une vision humaine, ce qu’il dit est absurde, incompréhensible.
Ce n’est que dans une perspective de salut, dans la perspective de la vie éternelle que ses paroles prennent sens.

En Jésus nous découvrons le seul et vrai Dieu qui déjà dans les psaumes se présente comme le Dieu proche des pauvres, le Seigneur qui regarde les justes, qui écoute, attentif à leurs cris, qui chaque foi les délivre.

Dans l’évangile, nous sommes invités à le suivre comme les disciples, à mettre nos pas dans ses pas, à lui faire entière confiance.

Aujourd’hui comme hier, beaucoup de personnes quittent l’Eglise. Le discours de l’évangile leur parait aberrant. Les exigences morales qu’elle défend sont intenables, d’autant plus qu’elles se heurtent à des contre exemples inadmissibles.

Et que dire des enseignements de Saint Paul ? Ce langage de soumission ne passe vraiment plus aujourd’hui. Comment peut-on encore lui donner du crédit ? Comment peut-on encore oser dire qu’il faut se soumettre les uns aux autres, que l’Eglise se soumet au Christ sous prétexte qu’il l’a aimé et s’est livré pour elle ?
Cette parole est dure. Elle nous choque ? Faudrait-il revoir la traduction ?
Que voulons-nous ? Une parole humainement audible, consensuelle, acceptable par tous, ou bien une parole de foi qui invite à chercher la vérité, à creuser plus profondément, qui met en œuvre les exigences de l’amour.
La soumission dont parle S. Paul, c’est d’abord l’acceptation de recevoir ce qui nous est donné, le recevoir dans l’amour, dans la confiance, et non pas d’abord dans la défiance, dans la méfiance.
L’Eglise se soumet au Christ, parce qu’elle reçoit sa parole dans sa totalité, parce qu’elle croit à la suite de Pierre qu’il a les paroles qui conduisent à la vie éternelle. La vie éternelle, ce n’est pas une œuvre d’homme, un arrangement, un bricolage intellectuel. C’est une réalité qui nous est donnée par Dieu. Mais pour la recevoir, cela suppose de se laisser saisir afin d’entrer dans ce mystère qui nous dépasse.
Il en est de même pour l’aventure de l’amour d’un homme et d’une femme. Tous deux sont appelés à se recevoir en totalité, à s’accueillir mutuellement dans ce mystère qu’ils sont l’un et l’autre, appelés à se découvrir, à s’attacher au travers et par delà les différences, les désaccords, les désagréments passagers.
Alors, il n’est sans doute pas évident pour une femme de se soumettre à son mari. Comme il n’est pas non plus évident à un mari d’aimer sa femme comme le Christ nous a aimés.
Se soumettre, s’accepter l’un l’autre demande des qualités qu’on n’a pas d’emblée et qu’il faut acquérir peu à peu, avec patience et humilité.
L’amour véritable se confronte à une réalité autrement plus difficile, celle que Dieu vient investir, habiter, dans la faiblesse de la chair.
C’est un acte de foi qui nous pousse à faire des choix en permanence, à renoncer à une vision univoque, individualiste, pour entrer dans le face à face de la rencontre, le défi de la présence à l’autre.
Que voulons-nous vraiment ? Suivre le Christ ou bien tracer notre chemin en solitaire ?
Le Christ ne nous a pas promis la paix. La foi ne nous laisse pas en repos, mais elle maintient dans l’espérance, et nous garde toujours en éveil, jusqu’au jour où il viendra.
En restant fidèles, nos cœurs seront fermement établis là où se trouvent les vraies joies (oraison du 21° dimanche).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*