Jean le Baptiste donnait un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. Ceux qui venaient à lui se reconnaissaient pécheurs, autrement dit ils confessaient que leur vie accusait une distance plus ou moins grande avec la loi de Dieu que pourtant ils déclaraient vouloir suivre. Demander le baptême de Jean, c’était reconnaître avoir besoin du pardon de Dieu, de sa miséricorde. C’était accueillir avec joie son amour inconditionnel qui précède toujours le nôtre. C’est seulement en ouvrant nos cœurs à l’amour dont Dieu nous aime que nous devenons capables de l’aimer en retour et de nous aimer les uns les autres. C’est ce que dira un autre Jean, probablement l’apôtre, dans sa première épître : « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1 Jn 4,19). Déjà avant Jésus, les Israélites avaient conscience de la tendresse de Dieu, de sa délicatesse, de sa volonté ferme et indéfectible de nous sauver. Cependant, le Seigneur n’avait pas encore révélé toute l’ampleur de sa puissance de salut. Le baptême donné par Jean était une préparation, une préfiguration du baptême que Jésus allait instituer. Jean le disait lui-même, quand il annonçait la venue imminente du Messie : « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8).
L’Esprit Saint. L’Esprit de Dieu. Non pas seulement un cadeau que Dieu aurait créé pour nous en faire le don ; cela, c’est par exemple ce monde, cet univers dans lequel nous vivons et dont le Créateur nous confie la gestion mais qui est appelé à passer. Mais l’Esprit Saint est un don de Dieu qui dépasse infiniment tout bien créé ; l’Esprit Saint, ce n’est rien moins que Dieu lui-même, une personne qui est Dieu, avec le Père et le Fils qui sont Dieu. Pour bien comprendre que ce don surpasse tous les dons, rappelons-nous que cet Esprit a été assez puissant pour faire advenir l’homme Jésus dans le sein de la Vierge Marie. C’est par l’action de l’Esprit Saint que le Fils du Père a revêtu notre chair lors de l’Annonciation. Jésus, dès le premier instant de son existence, est totalement comblé de cet Esprit qui forme éternellement avec le Père et le Fils une unique substance divine. Quand cet Esprit se manifeste lors du baptême de Jésus sous l’aspect d’une colombe venue du ciel, il ne s’agit nullement du moment où Jésus aurait enfin reçu l’onction de l’Esprit Saint. Si Dieu a voulu se manifester de cette manière, si l’Esprit Saint est venu sous la forme d’une colombe sur l’homme Jésus, c’est, comme dira S. Cyrille d’Alexandrie, parce que l’humanité avait besoin de l’Esprit Saint. Au fond, c’est pour nous que Jésus a voulu que l’Esprit Saint se manifeste à ce moment-là.
De la même manière, si Jésus fait appel au baptême de Jean, ce n’est pas qu’il en aurait lui-même besoin, et Jean le sait bien, c’est ce qu’il lui dit, d’ailleurs ; Jean s’étonne que Jésus vienne demander le baptême destiné au pardon des péchés, et Jésus lui dit : si, il faut faire ainsi. Nous ne serions pas étonnés qu’il lui ait dit aussi : plus tard, tu comprendras, comme il l’a dit, à une autre occasion, à Pierre. Effectivement, Jésus veut se rendre solidaire des pécheurs que nous sommes. Plus tard, il dira aussi : je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli. Le véritable baptême que Jésus-Christ a inauguré, c’est sa mort sur la croix suivie de sa résurrection, et au fond c’est dans ce baptême que nous tous, nous avons été baptisés par le sacrement du baptême au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
La puissance de l’Esprit se manifeste aussi à chaque Eucharistie ; c’est l’Esprit Saint qui réalise le changement du pain et du vin dans le corps et le sang du Christ, pour que nous puissions en vivre. Le sacrement du baptême n’est que la porte d’entrée dans l’Église ; c’est un grand sacrement, bien sûr, mais qui est ordonné à un sacrement plus important, plus essentiel, qui est l’Eucharistie, ce pain vivant que nous recevons, ce sang vivant du Christ qui nous est donné pour que nous ayons la vie.
Le baptême de Jean, comme je le disais, préparait le baptême que Jésus allait mettre en place, et au fond, ce baptême que l’Église transmet et donne c’est cela qui nous ouvre à la grâce de Dieu. Et la grâce de Dieu, au fond, n’est rien d’autre que son Esprit qui nous est donné. CEC 2003
Que cette grâce habite nos cœurs, qu’elle envahisse nos vies comme un flot d’eau vive qui emporte sur son passage tout ce qui fait obstacle entre Dieu et nous ; que cette eau vive soit en nous une source d’eau jaillissant en vie éternelle.