Pourquoi la Transfiguration ?


Quel privilège pour Pierre, Jacques et Jean de contempler ainsi le Christ rayonnant de gloire ! Mais une question se pose : pourquoi le Christ fut-il transfiguré ? Que veut-il nous enseigner par-là ? Retenons trois points. Premièrement, Jésus veut nous révéler quelque chose de son être, de son identité. Deuxièmement, sa Transfiguration nous renseigne sur la manière dont il s’y est pris pour nous sauver ; c’est ce que les théologiens nomment l’Economie du salut. Troisièmement, la Transfiguration est pour nous une promesse de résurrection.

D’abord, voyons ce que cet événement nous apprend sur l’être du Christ. Les trois apôtres sont montés sur la montagne en compagnie de Jésus, qu’ils commencent à bien connaître. Et voilà que cet homme resplendit de façon sur-naturelle. C’est bien lui, c’est bien le même ; mais il manifeste qu’il n’est pas seulement un homme. Décidément, cet éclat extraordinaire vient de Dieu, ce qui est confirmé par d’autres phénomènes étonnants, en particulier cette voix qui retentit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé ». Il est donc le Fils de Dieu ! A vrai dire, ce n’est pas tout à fait une découverte pour Pierre, Jacques et Jean. Déjà, quelques jours avant, Pierre lui-même avait déclaré à Jésus, en présence des autres disciples : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », et Jésus lui avait répondu que cette révélation lui était venue de son Père céleste. Aujourd’hui, la voix du Père lui-même se fait entendre, comme un écho spectaculaire de ce dialogue que Pierre avait conservé précieusement en mémoire. À cela s’ajoute la nuée, signe de la présence de l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint. C’est donc Dieu Trinité qui se manifeste tout en manifestant la divinité de Jésus : on appelle cela une théophanie, c’est-à-dire une manifestation de Dieu. Comprenons bien : Jésus n’est pas mi-homme, mi-Dieu, mais il a vraiment les deux natures ; comme Fils unique du Père, il est de nature divine, et en s’incarnant il a pris notre nature humaine ; il est vrai Dieu et vrai homme, comme nous le confessons dans le symbole de notre foi.

Deuxièmement, la Transfiguration est riche d’enseignements sur l’Economie divine, c’est-à-dire la manière que le Christ a choisie pour nous sauver. Quelques jours auparavant, aussitôt après le dialogue avec Pierre que je viens d’évoquer, Jésus a annoncé pour la première fois à ses apôtres qu’il devait souffrir et mourir, puis ressusciter. Par la suite, il l’annoncera encore deux fois, et l’Evangile insiste sur les difficultés rencontrées par ses apôtres pour admettre ce destin douloureux. L’événement d’aujourd’hui constitue pour les trois témoins privilégiés un puissant fortifiant de leur foi ; en effet, Jésus montre qu’il a le pouvoir de manifester sa gloire et le pouvoir de la cacher, ce qu’il a d’ailleurs fait la plupart du temps. Ainsi, lors de la Passion, Pierre, Jacques et Jean pourront comprendre que ce n’est pas à contrecœur que le Christ a subi des outrages ; au contraire, c’est librement qu’il est entré dans sa passion, comme le dit une prière eucharistique. De plus, la Transfiguration fournit à ces trois disciples un aperçu de la gloire vers laquelle le Christ se dirige, cette mystérieuse résurrection qu’il annonce depuis quelques jours comme devant succéder à sa mort. Tel est le chemin par lequel le Christ accomplit les Ecritures ; la présence de Moïse et d’Elie atteste de cet accomplissement, puisque Moïse représente la Loi, et Elie les prophètes. Telle est l’Economie mise en œuvre par Dieu pour nous sauver.

Enfin, la Transfiguration est pour nous-mêmes une promesse de Résurrection. Comment cela ? Si Jésus se montre dans sa gloire à trois de ses apôtres, si une nuée apparaît, manifestant la présence de l’Esprit saint, si la voix du Père lui-même se fait entendre, comment pourrions-nous imaginer que tout cela soit seulement l’affaire de ce court moment ? Pierre a bien compris que ce qu’il voit répond à son désir le plus intime : voir Dieu dans sa gloire ; c’est pourquoi il veut que cette situation se prolonge, et c’est le sens de sa proposition de dresser des tentes pour que Jésus, Moïse et Elie puissent y demeurer. Telle est l’aspiration profonde de Pierre ; n’est-ce pas au fond l’aspiration de tout être humain, même de ceux qui n’en tiennent pas compte ? Le Christ nous montre aujourd’hui qu’il veut et qu’il peut combler ce désir inscrit dans tous les cœurs. Oui, chacun de nous a reçu la vocation sainte de revêtir le vêtement blanc des noces éternelles ; chacun de nous est fait pour contempler Dieu lui-même face à face, dans sa gloire. Que chacun de nos pas nous rapproche de cette béatitude éternelle !

 

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