C’est dans le Christ que le salut s’accomplit pour tous

30 novembre 2025
1er dimanche de l’Avent, année A
Is 2,1-5 ; Ps 121 (122) ; Rm 13,11-14a ; Mt 24,37-44
Homélie du frère Silvère Ametonou


Chers frères et sœurs, l’Avent, qui veut dire « Il vient », exprime pour nous deux réalités. La première, c’est l’attente de la venue de Jésus à Noël. La deuxième, c’est l’attente du retour du Christ : retour qui sera particulier pour chacun, et retour glorieux du Fils de Dieu à la fin des temps. Cette double attente, centrée sur la réalité du salut, le prophète Isaïe l’inscrit dans une perspective universelle qui sera couronnée par la paix que Dieu donnera à toutes les nations. Le salut promis par Dieu n’est pas seulement pour Israël, mais pour toutes les nations et tous les hommes qui l’accueillent. Toutefois, les auteurs sacrés de l’Ancienne Alliance mettent toujours Israël au centre du projet de salut de Dieu.
Pourquoi cette attention à Israël ? Pour mieux comprendre ce discours d’universalité du salut qui met Israël au centre, il faut saisir d’abord ce qui a amené le Seigneur à élire un peuple.

Au chapitre 6 du livre de la Genèse (6,5-8), l’auteur sacré nous dit que le Seigneur a fait un constat amer et décevant : « la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et […] son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée ». Dieu, qui a créé l’homme à son image, par amour et pour le bonheur, est en quelque sorte en train de constater un « échec ». La conséquence de ce constat, c’est le déluge.

Mais après le déluge, quand Dieu a vu les dégâts, il a pris la résolution suivante : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme, parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait » (Gn 8,21). Ainsi, dans sa quête de procurer sans réserve le salut à l’homme, à tous les hommes, Dieu se donne une nouvelle orientation : choisir un peuple qu’il formerait lui-même par sa sollicitude, pour en faire un peuple modèle qui incarnerait le bonheur tel que voulu par Dieu. Ce bonheur serait le fruit mûr de l’adhésion du peuple élu à la volonté de Dieu.

La vie heureuse de ce peuple aura un effet d’attraction. Les peuples environnants chercheront à découvrir le secret du peuple élu. En le découvrant, ils chercheront aussi à adhérer au Dieu d’Israël et à sa volonté afin de connaître, comme Israël, une vie heureuse. Et ainsi de suite, le bonheur atteindra tous les hommes et toutes les nations par effet de contagion positive, le bien ayant pour nature de se diffuser de soi. Pour réaliser cela, Dieu a choisi Abraham et a fait du peuple formé par sa descendance le peuple qu’il a élu. Ceux qui croyaient à cette conception de foi commençaient à faire des objections pour plusieurs raisons. C’est pour cela que le prophète Isaïe rassure le peuple en ces termes : il arrivera, dans les derniers jours, que toutes les nations et tous les peuples afflueront vers la montagne du Seigneur à Sion.

Frères et sœurs, cette promesse du Seigneur ne s’accomplit pas en une nation, mais en une personne : Jésus Christ, lorsqu’il a été élevé sur la croix au mont Golgotha, en accomplissement de sa propre parole : « Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32). C’est lui qui a acquis le salut pour nous ; c’est en lui que le salut s’accomplit pour nous et pour tous les hommes. Il est la vérité, la vérité du salut. Il est à la fois Vérité de Dieu et Vérité de l’homme, c’est-à-dire celui qui révèle à l’homme tout ce qu’il peut connaître de Dieu et tout ce qu’il peut connaître de l’homme.

Il nous révèle que Dieu est Amour, et il ne veut pour nous rien d’autre que le bonheur. Sur le mont Calvaire, il nous révèle jusqu’où l’homme peut aller dans le mal et dans son refus du projet de salut que Dieu réalise pour lui. Mais en même temps, il nous révèle jusqu’où l’homme peut aussi aller au nom de l’amour, pour son salut et celui de ses frères et sœurs en humanité. Frères et sœurs, par le baptême qui nous configure au Christ et fait de nous le nouveau peuple de Dieu, nous sommes invités à travailler pour notre salut et celui de tous, même de ceux qui n’ont jamais entendu la Bonne Nouvelle du Christ.

Le temps de l’Avent nous met dans la dynamique de l’attente du jour du Seigneur. Il nous rappelle que notre vie sur terre prendra fin. Le monde dans lequel nous sommes prendra fin un jour, quand le Seigneur reviendra pour le jugement et pour l’accomplissement de toute chose. Dieu ne détruira plus jamais toute la terre parce qu’il en aurait assez des méchants. Notre sort éternel, le sort de chacun, dépendra de l’état dans lequel le Seigneur le trouvera.

La fin de toute chose adviendra à coup sûr un jour. Mais avant cela, chacun connaîtra sa propre fin quand le Seigneur viendra le chercher. Et Jésus nous dit : personne ne connaît ni le jour ni l’heure. La venue du Seigneur nous surprendra comme un voleur. C’est dans le quotidien de notre vie que le Seigneur viendra nous chercher. Nous avons tous vécu au moins une fois le décès inattendu et insoupçonné d’un proche. Le mien aussi pourrait arriver ainsi. Aucun de nous ne maîtrise quoi que ce soit. Dans quel état le Seigneur me trouvera-t-il quand il viendra me chercher ? Il me semble que c’est la question que l’Évangile de ce jour soulève.

Frères et sœurs, pour terminer cette méditation, je voudrais redonner la parole à Jésus : « L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé. À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. Les gens ne se sont doutés de rien jusqu’au déluge […] : tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. » (Mt 24,37-39)

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