7 décembre 2025 – 2e dimanche de l’Avent, année A
Is 11,1-10 ; Ps 71 (72) ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12
Homélie du frère Marie-Philippe Roussel
Imaginez quand, retournant votre feuille de messe, vous trouviez l’intitulé suivant : Attention message confidentiel ! Votre mission, si vous l’acceptez, est de préparer les chemins du Seigneur en appelant les hommes à se convertir. Lieu : le désert. Moyens alloués : prière et jeûne, et l’eau du Jourdain pour y plonger les foules en signe de pénitence. Attention, ce message s’autodétruira dans trois secondes… Et vous vous direz, désabusés ou à la manière de Tom Cruise : c’est vraiment une mission impossible.
Pourtant, c’est la mission à laquelle Jean a été destiné, pour laquelle Elisabeth et Zacharie l’ont préparé afin d’accomplir la prophétie de Malachie (3, 23-24) : J’enverrai Elie avant le grand jour du Seigneur. Il tournera le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères.
Vous me direz, Jésus est déjà venu. C’est vrai. Mais la mission de Jean se poursuit. D’abord parce que nous attendons la venue glorieuse de notre Seigneur. Ensuite, parce que nous avons déjà fait l’expérience : nous avons tous rencontré « Jean Baptiste » à savoir l’Eglise fondée pour nous tirer des ténèbres à la lumière. Rencontrée en des prêtres, des religieuses, des moines, des catéchistes, des proches. En eux, nous réalisons que l’Eglise entière a une mission prophétique : préparer les chemins du Seigneur en dénonçant le péché ; montrer l’Agneau qui les porte à la Croix et qui est notre Miséricorde et notre Roi.
A notre tour, nous sommes appelés à être des prophètes qui préparent la venue du Christ, celle où Il viendra juger les vivants et les morts.
Alors, nous disons au Seigneur à la manière de Marie : Comment cela peut-il se faire ? A la manière de Maïté, pour avoir la meilleure recette pour faire de nous des prophètes, regardons en Jean Baptiste quatre ingrédients majeurs.
Premier ingrédient : la prédication de Jean est équilibrée, elle repose sur deux piliers : « repens-toi ! » et il ajoute « car le Royaume de Dieu est proche ». Le prédicateur doit parler franchement du péché et tout aussi franchement de la grâce disponible pour le vaincre.
Or, nous manquons, prêtres, catéchistes, parents, souvent de cet équilibre. Pendant des années, certains disent que les homélies rappelaient sans cesse l’enfer, le péché mortel. Et depuis quelques dizaines d’années, nous entendons que « Dieu est amour » mais que notre conversion est facultative. Il ne faut pas s’étonner, dans un cas comme dans l’autre, que les églises se vident : ce n’est pas équilibré.
Sans connaitre la mauvaise nouvelle de cette maladie mortelle et spirituelle qu’est le péché, des voies de perdition dans lesquelles il nous place, la Bonne Nouvelle du Salut, de la grâce, de la miséricorde n’est pas une vraie nouvelle. Si quelqu’un vous propose un remède pour une maladie qui vous est inconnue, cela semblera bizarre. Au contraire, si vous la connaissez, que vous en souffriez ainsi que des proches alors tout remède provoque de la joie et du soulagement.
Si nous estimons que tout ce que nous accomplissons est parfait, pourquoi être transformé par la prière, les sacrements ou les Ecritures. Jean et Jésus n’édulcorent pas le jour qui sera synonyme de colère de jugement pour ceux qui sont sans repentir et sans miséricorde. Mais ils indiquent aussi la voie d’accès au Royaume.
Deuxième ingrédient : la prédication produit le repentir. Beaucoup se faisaient baptiser par Jean. Fruits que saint Paul désigne aux Romains, comme nous l’avons entendu : grâce à Dieu, nous avons l’Espérance, nous pouvons rendre gloire à Dieu d’un même cœur et d’une seule voix, être en accord les uns les autres, nous accueillir mutuellement comme un autre Christ. Comment savoir si nous écoutons bien la prédication ou si nous prêchons bien ? Si cela produit des fruits de conversion. Au père Lacordaire, prédicateur à Paris, certains disaient : la foule est immense, les gens se mettent sur les confessionnaux ; il répondait : je mets les gens sur les confessionnaux, le curé d’Ars, lui, les met à l’intérieur.
Troisième ingrédient : la prédication de Jean est pure. Elle ne cherche ni à attirer les riches, ni à plaire. Il était prêt à montrer le remède face au péché et à la mort qui est de s’attacher au Christ par la vie de la charité. Les chefs juifs ou Hérode ne lui ont pas fait peur et il en a payé le prix par sa vie. Nous avons facilement peur que quelqu’un lève les sourcils, nous nous excusons d’avoir une parole différente ou nous nous démarquons de l’Eglise. C’est dangereux : beaucoup restent silencieux alors qu’ils devraient parler. Or, seul ce qui est prêché peut être connu et donc cru.
Quatrième et dernier ingrédient : la prédication de Jean amène au Christ. Si nous voulons bien parler, il ne convient pas de parler de soi, de ce que nous pensons. Notre message doit d’abord porter sur le Christ. Il ne s’agit pas de gagner des disputes ou de devenir célèbre, influenceur. Non ! Comme dit Jean : « Jésus doit grandir en moi, et moi je dois diminuer ».
Voilà ce que fut la prédication de Jean Baptiste : une prédication équilibrée, appelant au repentir, une prédication pure, amenant à Jésus. Comme Isaïe, nous désirons son règne de véritable justice et de paix qui embrasse l’univers ; comme le psalmiste, nous réclamons que le règne de Dieu se fasse dans tous les cœurs.
Que ce temps de l’Avent soit un temps de parler de sa signification et de notre foi au Dieu fait homme. Que ce soit un temps d’action de grâce pour ceux qui nous ont amenés au Christ. Que nous puissions aussi être Jean Baptiste pour les autres et faire des disciples pour Jésus Christ. Mission impossible ? Avec Dieu, rien n’est impossible. AMEN.