21 juin 2026 – 12e dimanche du T.O., année A
Jr 20,10-13 ; Ps 68 (69) ; Rm 5,12-15 ; Mt 10,26-33
Homélie du frère Damien Duprat
Les lectures de ce dimanche nous mettent dans une ambiance d’adversité, de confrontation. Jérémie, pour commencer, entend les calomnies de la foule et fait face à des personnes qui veulent, au fond, sa mort ; l’Écriture nous dit (Jr 20) que le prêtre Pashehur l’a frappé puis attaché à un pilori dont il ne l’a fait détacher que le lendemain. Une autre fois (Jr 38), on l’a jeté dans une citerne, au fond de laquelle il n’y avait pas d’eau mais de la vase ; un serviteur aura le courage d’intervenir auprès du roi Sédécias pour qu’on l’en sorte.
Dans l’Évangile, ensuite, Jésus nous prévient : ne craignez pas les hommes, même s’ils veulent vous enlever la vie ! « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ». Jésus sait bien qu’il est parfois difficile et risqué de nous prononcer pour lui devant les hommes ; cela peut parfois nous attirer des ennuis. Voilà qui fait écho à la prophétie de Siméon, au jour de la Présentation de Jésus dans le Temple : « Il sera un signe de contradiction » (Lc 2,34).
Tout cela, c’est à cause du péché ; S. Paul nous en parlait dans la seconde lecture. Le péché a envahi le monde, blessant profondément l’humanité. Heureusement, comme S. Paul nous l’a rappelé dans cette même lecture, la grâce que Dieu nous offre en Jésus-Christ s’est répandue en abondance sur la multitude. C’est pourquoi « le mal ne l’emportera pas », comme nous l’a dit le pape Léon le jour même de son élection.
Il n’empêche que la vie reste, par bien des aspects, un combat. Ce combat est d’abord celui que Jésus mène au profond de chacun de nos cœurs ; il lutte en chacun de nous, non pas contre nous, mais contre notre propre péché ; c’est le combat spirituel.
Sa grâce n’a pas pour effet de supprimer ce combat ; elle nous donne plutôt le courage et la force d’y entrer toujours plus avant avec lui. Quelles sont les armes dont nous disposons pour entrer dans ce combat ? En voici trois :
1/ la prière. C’est vital. Jésus lui-même avait besoin de prendre de longs moments de prière avec son Père ; serait-il possible que nous puissions nous en dispenser sans graves dommages ? Il s’agit de maintenir vive en nous la flamme de la vie divine, et pour cela nous avons besoin de fréquenter le Seigneur pour le connaître autant que possible, pour être vraiment proches de lui, pour être vraiment ses amis.
2/ les sacrements. Nous sommes à la messe et nous avons bien raison : c’est là que nous recevons la nourriture vitale pour nous, le pain de la parole de Dieu et le corps du Christ dans l’Eucharistie. Pensons aussi au sacrement du pardon, la confession où nous venons déposer nos péchés devant la montagne de la miséricorde de Dieu pour qu’il les pardonne et nous remette en route avec une force renouvelée.
3/ nous former dans la foi, par des lectures spirituelles. Il s’agit de lire la Bible, avec des guides de lecture, des commentaires, ou encore au sein d’un groupe. Nous pouvons lire aussi des vies de saints, qui nous montrent les merveilles que le Seigneur accomplit dans la vie de personnes comme vous et moi.
Rappelons-nous aussi que, si tous ces moyens nous sont donnés, ce n’est pas seulement pour nous, individuellement. C’est aussi pour les autres. Notre propre conversion, car c’est de cela qu’il s’agit, n’est pas seulement une affaire privée entre nous et Dieu ; toutes nos avancées dans la sainteté sont bénéfiques aussi pour nos proches, puisque nous les aimons de mieux en mieux, nous devenons capables de nous servir les uns les autres d’une façon de plus en plus pertinente. La plus grande aide que nous pouvons nous apporter mutuellement consiste à nous encourager à marcher ensemble sur le chemin de salut que Dieu nous ouvre chaque jour
Ce combat peut aussi prendre la forme d’une confrontation avec d’autres personnes, comme cela est évoqué par les lectures du jour. Jésus désire la paix, il est le prince de la paix ; et pourtant il fait lui-même ce douloureux constat, qui vient d’ailleurs aussitôt après le passage d’Évangile que nous avons écouté : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10,34). C’est dans la droite ligne du combat spirituel dont je viens de parler : le péché qui sévit dans les cœurs résiste à l’Évangile. Quiconque se fait porte-parole de la Bonne nouvelle du salut rencontre parfois un bon accueil, ne le nions pas ; mais il n’est pas rare non plus que le témoin du Christ se heurte mystérieusement à de l’hostilité, et cela parfois de manière inattendue. Le livre des Actes des apôtres relate tout autant la spectaculaire croissance de l’Église naissante que les persécutions violentes auxquelles elle a été confrontée. « Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi », nous a prévenus Jésus (cf. Jn 15,20). Voilà qui pourrait nous pousser à baisser les bras. Écoutons plutôt ce que nous dit l’épître aux Hébreux au sujet du Christ (He 12,3-4) : « Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché ». Le Seigneur confie à son Église une mission prophétique : il s’agit de faire retentir des paroles de vérité et d’inscrire dans l’histoire des actes qui témoignent de l’amour de Dieu.
Ce combat pour l’amour authentique entre nous prend aujourd’hui dans notre pays une forme particulièrement grave. Demain lundi, à l’Assemblée nationale doivent reprendre les débats concernant la proposition de loi qui voudrait introduire, sous l’euphémisme d’« aide à mourir », l’euthanasie et le suicide assisté. Les motivations de ce texte peuvent sembler louables au premier abord : on veut éviter aux personnes gravement malades de trop souffrir. Qui serait contre ? Et pourtant, si l’on réfléchit plus avant, et il faut avoir le courage de le faire, on se rend compte que le moyen proposé pose des problèmes insurmontables. Quand bien même on cherche à lutter contre la douleur, provoquer la mort reste un homicide ; le fait que ce soit à la demande de la personne concernée ne change pas la nature profonde de ce geste. Si cette loi passait, nous devons nous attendre à un avenir bien pénible : le monde de la santé se trouverait contraint de s’organiser pour provoquer des décès selon les conditions prévues par la loi. Voilà qui devrait suffire à motiver un rejet. Mentionnons aussi quelques-uns des nombreux « dommages collatéraux » que cela occasionnerait : des tensions et des démissions au sein d’équipes soignantes déjà souvent à bout de souffle ; des rencontres familiales et amicales où nous pourrons nous demander qui, parmi nous, est « éligible à l’aide à mourir » (ambiance…) ; dans nos familles aussi, de graves discordes et de lourds secrets ; des incitations plus ou moins explicites à recourir à ce « droit » (« tu sais, papy, tu pourrais demander… ») ; les questions de bon sens posées par les enfants, à qui nous devrons expliquer que la société préconise (encore) un soutien psychologique en faveur d’un collégien qui a des pensées suicidaires, tandis qu’elle est prête à se débarrasser de leur grand-mère malade… Qui ose prétendre que ces mesures ne changeraient rien pour les personnes qui ne souhaitent pas y recourir ? Comment ne pas voir qu’elles entraîneront au contraire des souffrances inédites ?
Nos évêques nous appellent à agir, comme ils le font déjà depuis des mois ; ils nous confient à partir d’aujourd’hui une neuvaine de prière ; la première intention de cette neuvaine sera dite à la fin de la prière universelle. Comme en toutes choses, la prière doit être la première action, et aussi l’action qui doit soutenir toutes les autres. Nous pouvons aussi signer une pétition, interpeller nos députés, ou encore participer à l’une des manifestations organisées prochainement, par exemple dès demain soir à Nîmes. Vous trouverez au fond de l’église et sur vos feuilles les renseignements nécessaires.
Il ne s’agit pas d’imposer indûment à la société des règles qui n’auraient de pertinence que pour nous, fidèles du Christ. C’est plutôt l’inverse : nous avons, me semble-t-il, la responsabilité de ne pas nous taire quand certains voudraient imposer à tous cet insidieux désastre social. Osons regarder en face la gravité de ces enjeux et levons-nous pour éviter à la France de sombrer pour longtemps dans un tel malheur. Ce sera notre fierté, quoiqu’il arrive.