La logique de ce monde : vous donnez (impôts …) et ce n’est pas sûr de recevoir en retour (services publics …). Ce n’est pas la logique de l’évangile : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! Valable pour les prêtres mais pour tout baptisé !
Quand avons-nous obéi à Jésus et prié d’envoyer des ouvriers à la moisson ? Car, en ce mois de juin, nous allons avoir les ordinations, les articles qui diront qu’ils ne sont pas assez nombreux et donneront un regard sociologique. Avons-nous déjà dit, je parle pour les jeunes, « Seigneur, donne-nous beaucoup de saints prêtres. » Des prêtres car c’est une vocation surnaturelle qui, contrairement au mariage, ne nait pas du cœur d’un homme et d’une femme mais du cœur de Dieu qui veut s’associer un de ses fils comme serviteurs de ses frères. Beaucoup car, comme le rappelle le deuxième concile du Vatican dans son décret sur les prêtres, il ne s’agit pas de s’occuper seulement des catholiques – le curé n’est le gourou des messalisants – mais au service de toutes les âmes de sa paroisse. Des saints car il y en a des mauvais, des médiocres soit. Mais surtout car ils sont là pour faire des saints.
Or, notre vision du sacerdoce est tronquée. La raison la plus superficielle est que nous confondons pouvoir et sacerdoce. Il est vrai que depuis deux siècles, devant les attaques politiques, scientifiques, religieuses contre l’Église, les lieutenants d’équipages ont dirigé plus fortement les matelots car le bateau est dans la tempête. Unité dans l’Esprit Saint, diversité des états de vie ont été réaffermies mais le pape François, en lançant le synode sur la synodalité, voulait que nous approfondissions la complémentarité et la réciprocité de nos états. Il a fallu des prêtres, des évêques, des papes ayant figure d’autorité en raison du contexte mais il ne faut pas que cela se prolonge et se dévoie. Se prolonge en pensant que c’est la norme. Se dévoie en idolâtrant le prêtre. Tout père biologique et tout prêtre n’ont le nom de père qu’en raison de la primauté de notre Père Céleste que Jésus révèle : Lui seul est source de toute vie.
Nous confondons aussi désir personnel et appel de l’Église. L’Église reçoit les instructions de son Seigneur, les applique. C’est elle qui choisit les hommes pour devenir ministres du Seigneur. Le désir ne crée pas le droit. Je voulais devenir carmélite à 12 ans car, après la lecture de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, je pensais qu’il est impossible de devenir saint hors du carmel. Après coup, je m’aperçois que cela a permis d’ancrer le désir de la sainteté et de la sainteté par une consécration. Aujourd’hui, de nombreux prophètes occidentaux proposent des solutions pour pallier le manque de prêtres. Il y a quelque chose de tragique à ce que ce soit une civilisation où les familles chrétiennes ne transmettent plus la foi, où les vocations sont peu nombreuses, qui prétend avoir une solution universelle pour l’Église. Ce n’est pas d’abord un manque de prudence mais un manque certain d’humilité.
Dernière confusion : depuis des années, nous entendons que par le baptême, « nous sommes devenus prêtres, prophètes et … rois ! » Et bien c’est faux. Vous relirez le rituel du baptême : nous participons à la dignité du Christ qui est prêtre, prophète et roi.
La seule lumière pour lever les confusions et approcher le mystère du sacerdoce est uniquement le Christ, notre grand prêtre éternel. Il n’est pas de sacerdoce où le prêtre offre une victime distincte de Lui. Son sacerdoce est préfiguré par le sang d’Abel, par l’offrande d’Abraham, par le pain et le vin offert par Melkisédek, dont les noms sont inscrits au canon romain, Lui le Fils dont le sacrifice sanglant nous est transmis dans la douceur du pain et du vin consacrés.
Que veut dire sacerdoce ? D’après le latin, sacer – dans : celui qui donne le sacré. Qui donne Dieu au peuple et le peuple à Dieu comme l’exprime l’épître aux Romains. Dans son humanité, Jésus donne Dieu au peuple de deux manières : – en nous arrachant au péché, il nous guérit – en nous donnant sa vie de Ressuscité, il nous élève, nous avons part à sa vie.
Mais ce serait incomplet si son sacerdoce ne nous permettait pas de nous offrir en hostie vivante, en sacrifice, sacrum facere, devenir sacré. Toute notre vie devient sacrée par l’union à notre grand prêtre. Là est notre participation. Par son Ascension, il donne le peuple à Dieu, nous associe à sa vie d’intercession et d’adoration et de communion au Père, comme nous le faisons par l’offertoire où nous nous offrons, à la consécration où nous adorons, à la communion où nous nous unissons. Parce que nous avons reçu, nous pouvons nous donner.
Le but est d’écouter sa voix, de garder son alliance, de devenir sa communauté (kahal en hébreu), un peuple saint, un sacerdoce royal comme le dira la préface.
Alors, nous comprenons le sens du ministère sacerdotal. Il est semblable à cette échelle de Jacob (cf. Gn 28) par laquelle est établie une communication entre le Ciel et la Terre, entre la Tête et son Corps mystique. L’efficacité spécialement sacramentelle ne provient que du grand prêtre qui veut s’unir à tous les hommes. D’ailleurs, toute l’efficacité du ministère du prêtre pour vivifier, éclairer, guider, consoler, protéger les brebis du troupeau dépend fondamentalement de sa communion avec le sommet. Le premier défaut des prêtres qui quittent le navire est le manque de foi.
Il est vrai qu’il est alors à part car il offre ce que le monde ne peut offrir. Il est vrai qu’il est un vase fragile qui porte un trésor céleste. Il est vrai qu’il est ce frère que Jésus amène devant son Père à l’ordination en disant : « Père, je veux que tu agrées mon ami comme un autre moi-même. Devant toi, il sera un autre moi-même pour le bien du peuple entier. »
Jeunes gens, entendez cet appel, voyez s’il résonne en votre cœur : donner la vie de Dieu vaut la peine d’y consacrer sa vie.
Tous, demandons d’avoir beaucoup de saints prêtres pour que nous soyons tous le peuple saint du Seigneur, la part choisie de notre Dieu, une nation qui lui plaise, qui s’offre sans cesse au Père en union à notre Grand Prêtre et qui lui est agréable en toute chose. Amen.