2 mars 2025 – 8e Dimanche du Temps Ordinaire, année C
Si 27,4-7 ; Ps 91 (92) ; 1 Co 15,54-58 ; Lc 6,39-45
Homélie du frère Arnaud Blunat
Avec cet enseignement de Jésus, nous sommes assurément au cœur de l’évangile.
Voici donc un ensemble de propos et de paraboles utiles et précieux pour notre vie chrétienne. A écouter avec beaucoup d’attention.
Jésus reprend des enseignements des sages de son époque, comme nous l’avons entendu dans la première lecture. Mais aussi il s’appuie sur son expérience, son sens de l’observation.
Juste avant il invitait à aimer ses ennemis, à ne pas juger ni condamner.
Jésus attire notre attention sur cette habitude, cet empressement que nous avons de donner des conseils aux autres, notre prétention parfois à vouloir les guider.
Sans nous en rendre compte, nous pourrions être comme des aveugles, et avoir en nous comme le sentiment d’être un peu au-dessus d’eux, d’avoir compris ce qu’ils n’auraient pas bien compris. Mais que savons-nous véritablement ?
Nous sommes comme des aveugles parce que nous prétendons posséder la connaissance, avoir la solution.
Qu’est-ce donc que nous ne voyons pas ? En quoi nous ne voyons pas clair ?
Toute information est partiale, partielle. Elle est vue à travers le regard d’une personne, en un instant.
Jésus nous a dit de ne pas juger trop vite, car juger, c’est risquer de limiter la personne à un aspect d’elle-même, sans tenir compte de son évolution, de son cheminement progressif. Il en est de même pour une situation, un événement, concernant la vie du monde.
Bien connaître une situation ou une personne demande du temps et suppose de prendre une certaine distance, afin de mesurer le poids de notre parole.
La parole engage celui qui la dit. L’impact qu’elle peut avoir sur l’autre peut être beaucoup plus important qu’on ne le croit.
La parabole de la paille et de la poutre nous aide à le comprendre.
Combien de fois nous avons pu dire : tu devrais faire comme ceci… tu devrais changer cela…
Il est important de s’appliquer à soi-même ce qu’on est prompt à dire à l’autre.
Commencer par se regarder soi-même et se dire : comment je vis moi-même ce que je dis, ce que je conseille à l’autre ?
S’il faut oser une parole, ce ne peut être qu’avec prudence et humilité. Car ce qui est en cause, c’est un jugement qui part de nous-mêmes, mais qui ne passe pas par le détour d’une rencontre, d’un échange, d’un dialogue.
Or pour approcher la réalité, pour s’approcher de la vérité, c’est bel et bien une démarche commune. Une décision mûre se prend avec l’aide des autres.
La compréhension d’une situation demande de confronter divers avis, de s’appuyer sur diverses analyses.
Ensemble, il est bon d’avancer dans un dialogue d’égal à égal. Chercher ensemble dans une écoute l’un de l’autre.
La vérité se donne à ceux qui la cherchent avec humilité.
Rechercher ensemble ce qui va nous permettre de grandir.
Dans ce dialogue patient et respectueux, où chacun va engager sa parole, on pourra apporter des objections, demander des précisions, découvrir et comprendre ce que chacun pense, ce que chacun veut dire.
Dans une discussion, une négociation, il peut néanmoins se glisser des malentendus, des sous-entendus, mais aussi parfois des mensonges, des arguments de mauvaise foi. L’intérêt personnel, la vision partisane, peuvent prendre le dessus et se substituer à l’intérêt commun, au bien de tous.
Notre culture chrétienne, et plus particulièrement notre tradition dominicaine, a toujours favorisé l’échange, le dialogue, afin d’arriver à une forme d’unanimité qui intègre les différences, tient compte des expériences, respecte les sensibilités, suppose la justice, la loyauté, le respect des personnes.
C’est ainsi que l’on peut dire que l’arbre bon porte un bon fruit. Saint Paul énonce dans la lettre aux Galates (5,22) les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi.
Mais on peut reconnaître que parfois il y aussi des arbres qui donnent de mauvais fruits.
Car ne soyons pas naïfs. Nous savons bien que le malin peut agir au dedans de nous, qu’il est très habile pour brouiller les pistes. Il faut donc être bien conscient du jeu dont nous pouvons être parfois les dupes. Il faut aussi savoir le reconnaître en nous, et le dénoncer quand il vient polluer nos échanges avec les autres.
Voilà pourquoi c’est un vrai combat spirituel que nous avons à mener. Contre ce péché qui vient troubler nos consciences et qui conduit à la mort, il n’y a que le Christ. Lui seul a pu le vaincre par sa mort. C’est lui qui est la vérité qui nous conduit à la lumière. Ainsi Saint Paul nous invite-t-il donc à persévérer dans la foi. Car la mort a été engloutie dans la victoire du Christ.
« Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (1 Co 15,57).
C’est par lui, avec lui et en lui, que nous pouvons découvrir le chemin de la vérité et produire un fruit de vie.