En route pour la vie éternelle!

1er novembre 2021
Solennité de la Toussaint
Ap 7,2…14 ; Ps 23 (24) ; 1 Jn 3,1-3 ; Mt 5,1-12a
Homélie du frère Arnaud Blunat

Le Christ glorifié dans l’assemblée des Bienheureux – Probabl. Fra Angelico, tempera sur bois, v. 1423-4 – Londres, National Gallery – https://www.nationalgallery.org.uk/paintings/NG663.1

Dans le climat de grande confusion que nous vivons, disons-le clairement:
La Toussaint est la fête de tous ceux que le Christ a sauvés.
Alors que certains craignent la mort, d’autres la vénèrent et que d’autres la célèbrent, nous, nous croyons qu’elle a été définitivement vaincue par le Christ.
Le livre de l’Apocalypse est précisément centré sur la célébration de cette victoire de Jésus sur le mal et sur la mort.
Or la victoire du Christ passe par deux étapes :
Tout d’abord, l’anéantissement du mal et la destruction de la création qui a été abîmée, contaminée par le mal.
Mais pour cela, il faut l’étape nécessaire de la rédemption, c’est-à-dire le rachat de tous ceux qui ont été livrés à la mort.
La destruction de la création est en train de se produire, il est difficile de ne pas le constater aujourd’hui. Elle n’est pas que le fait de l’homme, encore qu’il y a participe depuis bien longtemps par sa folie prométhéenne. Malgré tous les efforts qu’il pourra faire pour sauver cette création, il faut admettre dans la foi que cette création est appelée à passer, à disparaitre, au profit d’une création entièrement renouvelée.
La sauvegarde de la création ne peut pas, en effet, passer par-dessus le souci fondamental des êtres humains qui vivent sur notre terre. Il ne peut y avoir de véritable écologie sans un combat pour le bien des personnes et des peuples.
Aussi, il est inacceptable de voir des États sacrifier tant d’hommes et de femmes pour des raisons de rendement économique. L’exploitation des enfants pour extraire des matières premières qui serviront à fabriquer nos batteries électriques ou les vêtements que nous porterons est un procédé inhumain qui participe de cette destruction de la planète. Le maintien de millions de personnes dans des conditions de vie indigne reste un scandale permanent.
Une grande partie de l’évolution de notre monde repose sur les transformations des rapports humains. Le concile Vatican II l’a parfaitement analysé ainsi que toute la pensée sociale de l’Église. Tant que la logique de marché et de profit laisse autant de personnes sur le bord de la route en les plongeant dans la misère, le désespoir, le monde continuera sa lente mais inexorable destruction.
Certes, on peut toujours atténuer les effets de celle-ci, mais cela ne doit pas nous faire oublier que c’est d’abord le sort des hommes, la promotion de leur dignité, la lutte pour la justice, l’attention portée aux plus pauvres et aux plus faibles, qui doivent être les axes prioritaires de tout le système économique.
La rédemption des hommes commence par la reconnaissance de leur existence personnelle, de leurs droits inaliénables. C’est bien ce que fait Jésus lorsqu’il ouvre sa mission par la proclamation des Béatitudes. Ces huit promesses de vie se déclinent à partir de dix paroles qui commencent par : heureux ! et qu’il faut entendre comme des invitations à aller de l’avant, à se lever pour entrer dans la dynamique du Royaume des Cieux. Jésus envisage tout changement humain dans la perspective du Royaume où les hommes seront rassemblés en Dieu, formant un peuple immense célébrant la victoire de l’Agneau.
C’est bien vers cet horizon que nous devons tendre, frères et sœurs, dès maintenant. Il ne faut donc pas se dire : ce que nous dit Jésus est une belle utopie, pour donner de l’espoir et apporter un peu de consolation. Ce que nous présente l’Apocalypse, c’est un langage imagé, une parabole, au mieux destinée à soutenir le courage des croyants. C’est bien plus que cela. Tant les Béatitudes que les visions de l’Apocalypse nous éclairent sur ce qui se passe véritablement aujourd’hui, à savoir cette tension permanente entre les forces qui continuent à détruire notre monde, et les ressources considérables de bien, de justice et d’amour, que le Christ ne cesse de déployer dans le cœur des hommes justes, en vue du Royaume qui vient.

La fête de la Toussaint est destinée à consolider notre foi en Dieu qui a vaincu la mort par la victoire du Christ. Elle est destinée à nous faire avancer dans l’espérance du bonheur véritable qui dépasse totalement ce que nous pouvons concevoir, mais qui nous est déjà donné en prémices.
La fête de la Toussaint nous donne de nous réjouir, car nous savons qu’une foule innombrable partage déjà la victoire du Christ, dans l’attente du Jugement final et de la Résurrection définitive.
C’est donc pour nous un moment privilégié pour réaffirmer le fondement de notre foi dans le mystère pascal. Demain, nous prierons pour nos défunts dont nous ne connaissons pas le sort, mais dont nous désirons la libération totale, pour qu’ils soient eux aussi au nombre des bienheureux.
En invoquant la vie, la mort n’est pas éludée ni évacuée, car elle reste pour tout un chacun une épreuve redoutable qui signe la fin d’une existence terrestre, épreuve qui nous affecte à travers nos proches, épreuve à laquelle nous devons consentir en nous remettant toujours plus entre les mains de Dieu. Elle est un événement tragique et en même temps la condition pour parvenir à la plénitude de notre vie personnelle.
En acceptant les épreuves de cette existence, fût-ce la persécution, nous pourrons envisager la joie promise à ceux qui persévèrent : « réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Mais quelle ne doit être notre responsabilité les uns vis-à-vis des autres, quand nous entendons ce programme des Béatitudes ! Celui-ci nous renvoie à tant de situations que nous avons à expérimenter, en nous efforçant d’être au plus près des pauvres, des affligés, des persécutés, tout en étant du côté des doux, de ceux qui pratiquent la miséricorde et la justice, et aspirent à la pureté du cœur. Seuls les cœurs purs verront Dieu tel qu’il est, car nous lui serons semblables, comme le dit S. Jean (1 Jn 3,2).
Quelle joie doit nous habiter en ce jour ! Car, sans nous départir de la réalité qui nous entoure et qui parfois nous pèse et nous accable, nous vivons en espérance ce que tant de nos frères et sœurs vivent déjà dans la pleine lumière !
Alors courage ! Heureux êtes-vous d’entendre la Parole de Dieu qui est du côté de la vie et non du côté de la mort. Heureux êtes-vous car vous avez déjà part au bonheur du ciel en fixant votre regard sur le Christ mort et ressuscité, vainqueur de la mort ! Heureux êtes-vous car si vous avez part aux souffrances du Christ, l’esprit de gloire repose sur vous, et déjà vos noms sont inscrits dans les cieux !

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