S’il y a une constante dans le cœur de l’homme défiguré par le péché, c’est de toujours chercher à se passer de Dieu, d’être pour lui-même sa propre loi, de vivre dans un état d’autonomie totale, mais illusoire, de ne dépendre de rien ni de personne. Un peu comme un enfant capricieux qui pense arriver à attraper une chose trop élevée pour lui et qui persisterait dans le refus de toute aide extérieure pour l’unique satisfaction de l’avoir réussi tout seul à n’importe quel prix. Ainsi en est-il de l’homme. Bien qu’il se soit heurté tant de fois à sa propre incapacité à changer le cours du monde ou de sa vie tout seul pour le mieux, voire même en corrompant les choses bonnes, même face à un champ de ruines, de guerres, d’injustice, il persiste toujours dans le refus du soutien de Dieu et de l’Evangile. « Malheur à l’homme qui met sa confiance en l’homme » disait justement le prophète Jérémie…
Alors donc la venue au monde du Christ que nous célébrons aujourd’hui n’aurait rien changé ? Aurait-elle été finalement vaine, face au théâtre de la misère du monde ? Certes non. Et ce n’est pas optimisme béat que de le constater, car bien que nous soyons bel et bien plongés un monde où les ténèbres du péché sont omniprésentes, « la lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu l’atteindre » (Jn 1, 5). En effet, Jean nous présente le mystère de l’Incarnation dans son Evangile comme celui de la fin du règne des ténèbres du mal, de tout ce qui en nous est force d’annihilation, de destruction de mort. « Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme », c’est-à-dire nous aussi, « il venait dans le monde et le monde et le monde fut par lui et le monde ne l’a pas connu, il est venu chez lui… » c’est-à-dire non seulement les juifs, mais tous les hommes, toute l’humanité, « et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1, 9-11). Ainsi, les ténèbres, ce sont ceux qui refusent le Christ, qui le rejettent, qui s’élèvent contre lui, persistant dans l’illusion de s’en passer, les ténèbres, c’est aussi cette partie de notre cœur que nous fermons à la lumière du Seigneur.
Jésus Christ vient dans un monde où l’homme n’a plus rien de solide sur quoi il peut s’appuyer. Il vient « demeurer parmi nous » comme la roche qui ne se brise pas, comme celui qui ne trahit jamais, qui nous aime d’un amour infini, comme le dit le prophète Isaïe dans la première lecture : « Eclatez en cris de joie, vous ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! » (Is 52, 9).
Le jour de Noël est pour nous la célébration d’une nouvelle espérance, la visite de Dieu en ce monde, et son union à notre humanité est cette lumière qui luit dans les ténèbres du péché, du péché dont nous souffrons, du péché que nous commettons. Ouvrons notre cœur à cette lumière qui était « auprès de Dieu, et qui était Dieu ». Ainsi, avec Noël, ce n’est plus seulement Dieu qui naît dans la chair en Jésus Christ, mais nous qui renaissons à une vie nouvelle par le changement radical qu’il vient apporter à notre nature humaine, comme une nouvelle génération : de même que Jésus devient fils d’homme ainsi nous, parce que nous l’avons accueilli dans la foi, nous devenons fils de Dieu, car « A tous ceux qui l’ont reçu il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. A ceux qui croient en son nom, lui que ni sang, ni vouloir de chair, ni vouloir d’homme, mais Dieu a engendré » (Jn 1, 12-14).
Que la joie de Noël remplisse donc nos cœurs afin que nous formions une famille unie en Dieu et que nous portions au monde la lumière de l’Evangile, la seule que les ténèbres ne peuvent vaincre.
AMEN
Merci Frère Reginald
Ce message de lumière apaise déjà mon cœur car Noël sans ma maman cette année reste très très triste …
Claire fille de Marie Françoise