Voici que la vierge est enceinte

Le livre du prophète Isaïe et les psaumes ont particulièrement influencé la rédaction de ce que nous appelons le Nouveau Testament parce qu’ils ont par le fait même été importants dans la lecture et relecture de la vie de Jésus et de sa mission au milieu de nous dans les premières communautés chrétiennes. Nous avons écouté la première lecture (Is 7, 10-16).

Nous sommes vers 732 av. J.C. Raçon, roi de Syrie et Péqah, roi d’Israël se liguent et s’apprêtent à attaquer Achaz, roi de Juda (2 R 16, 5). Ce dernier, tremblant de peur, réclame les secours de l’Assyrie, puissance émergente de la région. C’est alors qu’Isaïe se manifeste et exprime son désaccord avec cette initiative désespérée. Le prophète invite Achaz à se ressaisir et s’en remettre à Dieu. Achaz refuse, car sa confiance dans le Dieu de ses Pères s’est déjà ébranlée.

Revenant à la charge, Isaïe lui promet le signe que voici : la jeune mariée (almah) enfantera un fils qu’elle appellera Emmanuel, Dieu avec nous. La femme dont il s’agit, c’est probablement celle d’Achaz, qui tomba enceinte et qui donna naissance à Ézéchias, qui succéda d’ailleurs à son père (2 R 16, 20).
Achaz, lui, en politicien pragmatique, avait déjà écrit à Téglat-Phalasar, roi d’Assyrie : « je suis votre serviteur et je me soumets à toi ». Je te donnerai tout l’or du Temple et du Palais, mais « viens (vite) me délivrer du roi de Syrie et du roi d’Israël qui m’attaquent » (2 R 16, 7).

L’Assyrie s’abattit certes tant sur Israël que sur la Syrie ; mais aussi, quelques années plus tard, sur le royaume de Juda (2 R 18, 13-16). La désobéissance d’Achaz a valu la chute du royaume d’Israël et de la Syrie (722/721 cf. 2 R 17, 5-6), mais aussi la vassalisation de celui de Juda, tant du point de vue économique, politique que religieux. Achaz sacrifia aux dieux assyriens et passa son fils aux feux (2 R 16, 3-4). Tout cela n’a pas empêché la déportation en Assyrie (2 R 17, 2; 18, 13), et finalement la chute du royaume de Juda (598/586). L’élite du peuple est emmenée en exil à Babylone et ne reste sur place qu’un ramassis de pauvres et d’ignorants, le petit reste (2 R 24, 11-16; 2 R 25).

Quand il a fallu traduire le texte de l’hébreu au grec pour la bibliothèque d’Alexandrie, sous les Ptolémée, la Septante a converti le mot almah, qui signifie jeune mariée, jeune femme, en parthenos, vierge, alors qu’il existait tout à fait un autre terme, betullah, plus approprié en hébreu pour désigner une vierge. C’est cette version traduite en grec que lisaient les premiers chrétiens que nous retrouvons sous la plume de Matthieu. Ce glissement de sens fournit un cadre spirituel et historique à la mystérieuse annonce de la naissance virginale de Jésus.

Demandons à Dieu, pour chacun de nous qui nous préparons à la fête de la naissance de Jésus, une certaine virginité de cœur. Il peut nous donner cette grâce, puisqu’il veut nous sauver. Il est le Dieu de tous les possibles.





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