L’annonce de l’évangile au XXIe siècle

Notre belle ville de Montpellier porte la trace discrète du passage de Dominique de Guzman, autrement dit Saint Dominique, un peu comme ce parfum très suave qui se dégagea de son tombeau le 24 mai 1233.
27 ans plus tôt, Dominique entrait pour la première fois à Montpellier venant de Rome, accompagnant son évêque Diegue de Osma.
Les deux hommes venaient d’accomplir une mission diplomatique pour le royaume de Castille.

Ce voyage à travers l’Europe avait aiguisé en eux la soif de porter l’évangile aux nations païennes des régions lointaines. Mais il leur fallait pour cela le mandat du Pape pour quitter leurs fonctions et partir en mission vers ces terres inconnues.
Le Pape Innocent III eut raison de les envoyer vers la région de Toulouse pour prêter main forte aux abbés cisterciens qu’il avait envoyés pour ramener les croyants dissidents dans le sein de l’Église, ceux qu’on appellerait bien plus tard les cathares.

Imaginons nos deux voyageurs gravissant la colline de Montpellieret et arrivant à la résidence de l’évêque de Maguelone. Le lieu est attesté par une plaque visible dans la bien nommée rue salle l’évêque, au chevet de l’église ND des Tables.
Diègue et Dominique arrivent au moment où les évêques de la région tenaient concile avec les abbés cisterciens mandatés par le Pape, quelque peu découragés par l’échec de leur mission en Lauragais. Et pour cause : leur train fastueux apparaissait comme un contre témoignage face aux dits cathares qui donnaient l’exemple d’une pauvreté radicale.

Diègue comprit aussitôt qu’il fallait revoir totalement la méthode. Il décida lui-même de commencer par renvoyer en Espagne tout son équipage, les gens qui l’accompagnaient pour ne garder que Dominique, son sous prieur.
Si l’on voulait convaincre les dissidents, c’était par l’exemple de la pauvreté mendiante et d’une prédication exigeante.
Quelques années plus tard, Dominique, demeuré seul, put continuer la mission avec l’aide de quelques compagnons. L’Ordre des Prêcheurs allait naître de cette expérience vécue sur le terrain, nourrie par la contemplation, portée par le goût de la parole méditée et partagée, vivifiée par les rencontres dans les villes et sur les routes.

Dans le contexte si troublé engendré par les conflits armés, Dominique eut l’intuition de disperser ses frères aux quatre coins de l’Europe, pour fonder des saintes prédications, ainsi que l’on appelait ces communautés qui allaient se répandre dans toute l’Europe.
Cette réalité de la sainte prédication reprenait le propos de la première communauté chrétienne, si bien résumé dans les Actes des apôtres :
une vie commune dans l’unanimité, dans la simplicité, le partage, la prière et l’étude de la Parole.
Les éléments de cette vie fraternelle communautaire sont toujours les mêmes. Ils constituent la base de notre mission apostolique. Voyez comment des hommes de provenances, d’histoires, de tempéraments si différents peuvent vivre ensemble pour suivre le Christ à la manière de Dominique.

C’est le même intérêt pour ce que vivent nos contemporains, le souci de comprendre leurs attentes, leurs besoins, de partager leurs joies et leurs épreuves, qui nous poussent ainsi à continuer nos missions respectives, dans la perspective du Royaume des cieux.
Les moyens matériels ont évidemment bien évolué, mais la soif de rencontre, de connaissances, le désir d’annoncer l’évangile dans la réalité du 21e siècle, sont animés de la même vitalité, du moins devons-nous en avoir le souci constant.
Le Maître de l’Ordre des Prêcheurs avec le dernier chapitre général de Cracovie, nous invite à considérer les différents publics que nous rencontrons aujourd’hui : ceux qui n’ont pas encore connu Jésus, les croyants dont il faut soutenir et approfondir la foi, ceux qui se sont éloignés et sont en marge de l’Église, et enfin les jeunes.

Ce ne sont plus des idées à défendre, des slogans à proclamer, mais bien des personnes à rencontrer, des frères et sœurs à accompagner, des hommes et des femmes à rejoindre, à écouter, à accueillir, avec qui réfléchir, partager, cheminer. C’est bien l’évangile du Christ qu’il nous faut annoncer, la personne de Jésus qu’il faut faire connaître et aimer.
Pour que nos couvents demeurent de saintes prédications, nous avons besoin de vous, frères et sœurs membres des fraternités laïques, amis, qui partagez le même amour du Christ.
Riches de nos formations, de nos expériences et de nos charismes, ayons à cœur de prier les uns pour les autres, de nous entraider, de coopérer pour la mission, en communion avec toute l’Église.
Les questions que se posait Dominique ne sont-elles pas au fond les mêmes :
Comment répondre aux attentes de nos contemporains ?
Que vont devenir ceux qui ne croient pas en Dieu, qui ignorent le Christ ?
De quelle espérance pouvons-nous témoigner dans le monde d’aujourd’hui ?

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