Le Règne de Dieu est au milieu de vous

Jeudi 12 novembre 2020
Mémoire de St Josaphat, évêque et martyr (1580-1623)
Phm 7-20 ; Ps 145 ; Lc 17,20-25
Homélie du frère Joseph-Thomas Pini

Nous sommes aujourd’hui conviés à une nouvelle discussion entre Jésus et les pharisiens, sur l’un des points d’achoppement pour une partie des auditeurs du Christ : la venue du Règne de Dieu. Car il s’agit bien de savoir si, quand et comment le Messie royal attendu va venir, en tendant sans doute un nouveau piège au Seigneur : que prétend-Il être, et à quel titre ? Conviés, nous le sommes avec tout le peuple des fidèles du Christ depuis les origines, car la question de l’avènement du Royaume demeure constante et pressante depuis le début de l’enseignement du Christ et de la constitution de Son Église, et spécialement au milieu de l’adversité et des tribulations. Le désir de « voir un seul des jours du Fils de l’homme » ne s’est, heureusement, jamais éteint.

Et Jésus, la « pierre d’angle rejetée par les bâtisseurs », le Rocher qui fonde mais fait aussi chuter, apporte une réponse décisive pour eux et pour nous. L’avènement du Seigneur n’est ni question de lieu, ni de groupe. Et l’enseignement de Luc, dont l’Évangile distingue, de manière originale, cet avènement des signes et manifestations de la fin des temps, sous-entend aussi que cette fin et le Seigneur en Son avènement final, sont distincts et ne doivent pas être confondus, et que les évènements et l’avènement n’ont pas de rapport de cause à effet, et ne sont pas contenus l’un dans l’autre.

Christ en gloire – Mosaïque du baptistère saint Jean-Baptiste, Florence – Vers 1300 – © The Yorck Project

Puis à chacun, les pharisiens d’abord, les disciples ensuite, mais en vérité pour tous là encore (car nous savons bien être autant les uns que les autres), le Christ précise Son enseignement déroutant. Déroutant pour les pharisiens : la venue du Règne de Dieu n’est pas sujette à observation, comme l’on suivrait des traces ou l’on scruterait des faits et des signes. Le grec original, suivi par la Vulgate, est volontairement ambivalent, et vient toucher au point sensible Ses interlocuteurs juifs : l’observation est aussi observance, et, lorsque Jésus reprend l’affirmation du commencement de Sa prédication (« Le Royaume de Dieu est au milieu de vous »), Il redit aussi qu’Il est au-dedans de ceux qui entendent la Parole. Déroutant pour les disciples aussi : à eux qui entendent la Parole et s’efforcent de la recevoir, Il redit que le Règne est déjà là, et que Son avènement sera un grand éclair lumineux qui rendra visible ce qui ne se voit. Et pour eux, Il ajoute, comme un autre avertissement et un critère de discernement, que ce qu’ils verront dans Sa Passion et sur Sa Croix, rend aussi et déjà visible le Règne de Dieu, comment, pourquoi et à quelle fin le Seigneur règne sur l’univers et quelle est la vérité du Royaume.

Le Règne de Dieu et le Jour de Dieu : ni bouleversements d’un monde appelé à finir depuis sa création, que le poids du péché entraîne vers sa chute et que la sainteté de Dieu dissoudra pour qu’Il prenne toutes choses en Lui ; ni le triomphe d’un Messie restaurateur royal de l’Israël terrestre. Mais la manifestation visible et définitive de la Sagesse et de la Vie mêmes de Dieu, qui ne cessent irrésistiblement d’agir. Notre chemin de prière est alors tout tracé : demander que ne tiédisse, en nous et dans le cœur des fidèles du Christ et de tous les hommes de bonne volonté, le désir confiant et aimant du Jour de Dieu, sachant notre rôle d’ouvriers du Royaume et aussi notre si grande pauvreté. Demander aussi le regard vigilant sur toutes les manifestations déjà visibles du Royaume, pour les chérir, et en témoigner dans l’espérance.

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